Dimanche soir , le Festival de jazz de Montréal a accueilli Hiromi Uehara, la pianiste japonaise prodige. Elle est montée sur scène accompagnée de son groupe, Sonicwonder – un nom tout à fait approprié compte tenu de l’énergie électrique et de l’esprit d’exploration qui caractérisaient leur jeu. Le trompettiste Adam O’Farrill, le bassiste Hadrien Féraud et le batteur Gene Coye se sont joints à Hiromi pour une soirée musicale qui n’a laissé aucune piste inexplorée.
Après deux morceaux d’ouverture, Hiromi a laissé le public reprendre son souffle avant de présenter son groupe, annonçant qu’ils allaient interpréter d’une traite, sans interruption, sa suite en quatre parties intitulée « Out There ». On aurait toutefois pu vous pardonner d’avoir perdu le fil du nombre de mouvements, car chacun d’entre eux subissait plusieurs changements de tempo, de mesure ou de groove, donnant l’impression de former une suite à part entière. L’effet était tel que la reprise du thème de chaque mouvement donnait l’impression de rentrer chez soi après un long voyage, dans une maison qui semble différente au retour.

Les talents musicaux d’Hiromi et des membres de Sonicwonder sont indéniables. Le son de piano d’Hiromi est imprégné de nombreuses influences, et sa capacité à laisser entrevoir ses racines bebop ou stride au cœur d’une épopée de fusion jazz/rock est tout simplement remarquable. Chaque membre du groupe s’est illustré par des solos alliant des mélodies raffinées à des idées rythmiques et harmoniques complexes. En tant qu’ensemble, ils ont joué avec une grande complicité, naviguant avec une aisance apparente entre des grooves maximalistes et des transitions déconcertantes.
S’il y a un point faible dans ce spectacle, c’est sans doute la profusion même d’idées présentées. Chaque moment musical du concert valait le détour et, ensemble, ces moments ont emmené le public dans un voyage exaltant, mais le set aurait peut-être pu comporter des moments de légèreté, un calme entre deux tempêtes. Si la nature maximaliste du set pouvait parfois sembler écrasante, c’est aussi un plaisir d’entendre un groupe qui tient véritablement l’auditeur en haleine tout au long de la prestation. L’aventure Sonicwonder vaut assurément le détour.
Photos by Benoit Rousseau




















