chant choral / classique moderne / classique occidental / période romantique

Festival de Lanaudière | Magistrale ouverture

par Alexandre Villemaire

La 48ème édition du Festival de Lanaudière s’est ouverte avec un grand bang, aussi sonore que la première note de l’œuvre maîtresse de ce concert du 4 juillet qui inaugure un mois de musique dans la région lanaudoise. Menés par Rafael Payare, l’Orchestre symphonique de Montréal et le chœur de l’OSM ont livré une performance magistrale de l’œuvre phare de Carl Orff, la cantate profane Carmina Burana. Il s’agissait de la première fois en treize saisons que l’œuvre était interprétée au festival. Une excellente occasion pour les auditeurs et mélomanes de la découvrir ou de la redécouvrir. 

La première partie était composée de deux œuvres aux caractères imagés contrastant. En ouverture, nous avons entendu la création Icarus de la compositrice Lena Auerbach. Éminemment descriptive, l’œuvre fait bien sûr référence à la figure de la mythologie grecque qui, voulant s’approcher trop près du soleil, s’est brûlé les ailes pour finalement se noyer; exemple de la nature humaine qui cherche à repousser ces limites par vantardise et cupidité. L’œuvre oscille ainsi entre différentes atmosphères, tantôt tendues et tantôt lyriques. Une première section dresse un dialogue entre les cordes et les bois dans cet affect. Une deuxième section prend des accents plus dramatiques avec l’intervention des cuivres, suivis par un passage d’un grand lyrisme aux cordes qui évolue dans une anxiété harmonique qui culmine par une évocation de marche funèbre avec l’intervention des cloches tubulaires. Une troisième section, plus calme et apaisée, est introduite par la harpe qui dialogue avec les pizzicati des violons avant d’entendre une contre mélodie interprétée par le premier violon Andrew Wan qui progresse dans un suraigu évanescent et qui finit par se fondre dans le son aérien de verres musicaux. En sommes, une composition bien découpée à l’orchestration fine et aux effets orchestraux imagés.

Après cette pièce au style éthéré, on passe à un registre endiablé avec la Rhapsodie sur un thème de Paganini de Rachmaninov. Reprenant l’œuvre déjà virtuose du violoniste et compositeur italien Niccolo Paganini, le traitement tout aussi complexe de Rachmaninov était mené par le pianiste allemand Kirill Gerstein. Il a fait la démonstration d’une grande agilité pianistique dans l’expression des différents passages, soutenu par un Rafael Payare précis. Le seul inconfort que nous ayons ressenti était que l’orchestre, même dans son rôle de soutien instrumental, était un peu trop en retrait au niveau sonore.

Œuvre maîtresse, Carmina Burana est venu conclure cette soirée avec intensité. Dès le premier coup de timbale et la première note du chœur du chante « O Fortuna », nous sommes embarqués pour un solide voyage musical. Les paroles sont claires, la prononciation et l’articulation précises et les différentes dynamiques amenées par Payare sont exécutées rondement. Le chef de l’OSM a opé pour son interprétation sur un enchaînement de chacun des vingt-cinq mouvements en attaca, gardant ainsi l’attention et l’audience et en plus de conférer à l’œuvre une direction narrative claire à ses poèmes du Moyen-Âge abordant des thèmes comme la nature constante de la fortune et de la richesse, la joie et les plaisirs de l’alcool et de la chair. Parmi les très beaux moments, le neuvième mouvement « Reie » où s’insère un superbe passage intime entre les voix. L’entièreté de la séquence In Taberna littéralement « à la taverne » a donné lieu à une mise en scène juste et à propos entre le contre-ténor Lawrence Zazzo et le baryton Russell Braun. L’unique air de ténor « Olim lacus colueram » (Jadis, j’habitais sur un lac) qui est littéralement la complainte d’un cygne qui décrit les différentes étapes qui l’amènera à être mangé était à la fois comique et perturbant, mais d’une clarté sans ambiguïté. Sans ambiguïté également était le duo entre la soprano Sarah Dufresne et Russell Braun « Tempus est iocundum », (Le Temps est joyeux) où les inflexions de la ligne vocale et l’accélération ne font planer aucun doute sur la nature du texte qui décrit une scène d’amour engagé. Tant Dufresne que Braun ont livré dans leur air respectif une interprétation sentie et vocalement saisissante.

Avec une entrée en matière magistrale pour sa 48ème saison, nous ne pouvons que souhaiter une bonne fortune au Festival de Lanaudière pour le reste de sa programmation.

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