FMC Saguenay | Ensemble Éclat – « Broken Spaces »: après Montréal, Chicoutimi, bientôt Paris

Entrevue réalisée par Michel Rondeau

Jeudi 14 mai, l’Ensemble Éclat proposera aux mélomanes avertis Broken Spaces, une expérience sensorielle et immersive alliant instruments acoustiques, musique électronique et visuels numériques dans un dispositif scénique novateur. À quelques jours de son passage à Saguenay, PAN M 360 s’est entretenu avec son directeur artistique et musical, Charles-Éric Fontaine. 

INFOS ET BILLETS ICI

PAN M 360 : Bonjour Charles-Éric.

Charles-Éric Fontaine : Salut Michel.

PAN M 360 : Pour commencer, quel a été ton parcours avant de devenir directeur artistique et musical de l’Ensemble Éclat ?

Charles-Éric Fontaine : Je suis hautboïste de formation. J’ai donc fait mon bac à McGill en hautbois. En fait, je savais déjà depuis que je suis jeune, depuis le secondaire, que c’était la direction qui m’intéressait. Donc, évidemment, j’ai fait mon bac en hautbois pour, par la suite, avoir les prérequis pour étudier en direction. 

J’ai ensuite été accepté à McGill en direction. Là-bas, j’ai étudié avec Alain Cazes, un excellent pédagogue. Puis, durant ma formation la-bas, j’ai beaucoup collaboré avec mes collègues étudiants en composition, soit dans le contexte académique avec l’ensemble de musique contemporaine de l’université ou l’Ensemble à Vents, que je dirigeais souvent, soit dans des contextes plus informels où je travaillais les pièces qu’ils m’avaient créées et les dirigeais ensuite en concert. C’est comme ça que j’ai commencé petit à petit à me faire un nom en musique contemporaine.

Après, quand j’ai gradué de l’école, ç’a été la pandémie et il n’y avait pas grand-chose qui se passait. La nécessité a donc fait en sorte que j’ai créé mon propre ensemble, qui est maintenant un ensemble de 15 musiciens, l’Ensemble Éclat, qui se spécialise en musiques de création, de jeunes compositeurs surtout. On veut développer une expertise en musique mixte, l’alliage de sons électroniques et de techniques instrumentales, et aussi élaborer des collaborations interdisciplinaires entre la musique et d’autres formes d’art, comme la danse ou les arts numériques. On a aussi fait une collaboration avec de la poésie. Voilà. 

PAN M 360 : Comment as-tu constitué l’orchestre? Comment as-tu recruté ses membres, d’autant qu’ils sont assez nombreux? 

Charles-Éric Fontaine :  Je dirais que ça été du cas par cas pour chacun des musiciens. Évidemment, chacun et chacune des membres, je les ai choisis avec grand soin parmi des collègues avec qui j’avais fait de la création durant mes études ou juste un peu après. Pour d’autres, ça été à partir des références de collègues. Donc, j’ai fait une étude approfondie des interprètes montréalais qui s’intéressaient à la musique contemporaine et qui étaient de haut niveau. 

La musique contemporaine, on va se le dire, surtout la musique dirigée contemporaine, la musique de concert, c’est de la musique qui requiert beaucoup d’attention aux détails et qui est très difficile. Il faut donc répéter beaucoup. On commence en amont. On fait des ateliers avec les compositeurs. On essaie de donner le plus de temps possible aux compositeurs pour connaître l’ensemble, mais aussi le plus de temps possible aux musiciens pour approfondir la connaissance du langage unique de chacun des compositeurs qu’on aborde. 

Malgré ça, il faut avoir des chops, comme on dit. Donc, chacun des musiciens a une excellente maîtrise de son instrument.

PAN M 360 : Oui, j’imagine bien que tu n’as pas choisi des manchots. Comment s’est fait le choix du nom de votre ensemble ?

Charles-Éric Fontaine :  Tout le monde y est allé de ses suggestions. C’est moi qui ai proposé le nom Éclat.

La première chose qui nous vient lorsqu’on pense à éclat, c’est quelque chose de dynamique, d’éclatant. Le pathos qui vient avec le mot, ça m’interpelle. Je trouve que ça exprime très bien ce que l’ensemble est capable de faire. L’aspect dynamique, mais aussi donner du relief, donner de l’éclat à la musique qu’on fait. 

Je pense que c’est le rôle de l’interprète de faire ça. Pas juste en musique contemporaine, dans tous les styles musicaux. Éclat, c’est aussi le titre d’une œuvre assez emblématique de Pierre Boulez, qui est comme le grand-père de la musique contemporaine. Ça nous ancre aussi dans une tradition, dans quelque chose qui a commencé bien avant notre naissance, chacun d’entre nous dans l’ensemble.

PAN M 360 : En même temps, ça résume un peu votre philosophie si je puis dire.

Charles-Éric Fontaine :  Tout à fait. La première chose qui m’importe avec Éclat, c’est de défendre la musique qu’on fait. Comment ? La jouer et la diffuser, bien sûr, mais avant tout, bien la jouer. Pour lui donner son éclat, il faut suivre à la lettre tous les détails dans l’annotation de la partition. Mais en même temps, avoir un œil de lynx, d’avoir un discernement pour faire des choix qui vont plus loin que ce que la partition ne peut pas tout le temps dire.

Être ouvert aussi avec les collaborateurs, les compositeurs et les musiciens et à ce qu’ils ont à proposer. Chacun a son rôle à jouer et on travaille tous ensemble pour que chacune des pièces soit un petit bijou. Pour l’apporter ensuite de manière éclatante au public. 

C’est quelque chose qui se fait aussi dans d’autres ensembles. Je pense aux Violons du Roy, par exemple, qui ont exactement la même – c’est mon interprétation – la même vision artistique que moi à ce niveau-là, de savoir faire un artisanat du son. 

PAN M 360 : Comment choisissez-vous les oeuvres que vous interprétez et leurs compositeurs ? Puisque vous êtes un ensemble assez jeune, j’imagine que vous avez commencé à vous constituer une sorte de petit vivier, comment procédez-vous dans vos choix ? 

Charles-Éric Fontaine :  Comme je suis le directeur artistique, c’est un peu moi qui prend ces décisions-là, mais je le fais de manière très collaborative en tenant compte du souhait des musiciens de faire tel ou tel répertoire et des suggestions qu’on me donne.

Par ailleurs, je suis aussi quelqu’un qui écoute beaucoup de musique, toujours à. l’affût des choses qui se font en musique contemporaine, autant ici au Québec, au Canada, qu’à l’étranger.

Après ça, il y a plein de manières de programmer un concert, mais ça peut partir d’une pièce que j’ai entendue et adorée, je parle avec le compositeur et je me rends compte qu’une collaboration est possible, en commandant une pièce et en reprenant une ancienne, par exemple.

Ou bien, ce que j’ai fait tout récemment pour notre concert Échos de poussière, j’ai suivi la compositrice Émilie Girard-Charest pendant un petit bout pour ensuite parler d’élaborer une nouvelle pièce de 20 minutes pour 15 musiciens. Le concert, on l’a bâti autour de ses influences à elle.

PAN M 360 : Il faut que tu aies un coup de cœur pour le travail du compositeur, en fin de compte.

Charles-Éric Fontaine :  Ça part d’un coup de cœur, ça part d’un intérêt de travailler avec quelqu’un, d’atomes crochus esthétiques, puis après, le reste foisonne de sons. 

PAN M 360 :  Parle-moi maintenant des pièces qui sont au programme.

Charles-Éric Fontaine :  Broken Spaces est un programme continu de cinq pièces qui sont connectées. Il n’y a aucune pause entre les pièces.

On ouvre le concert avec Gone du compositeur français Jérôme Combier. C’est une pièce de 20 minutes écrite depuis un bon moment déjà. Il l’a créée à l’IRCAM. C’est une pièce pour clarinette, piano, violon, alto, violoncelle et électronique. Elle vient donner sa première couleur au concert. Une pièce résolument française, contemporaine, mixte, IRCAMienne, je pourrais même dire, avec le son instrumental électronique français propre à ce que Pierre Boulez faisait à l’IRCAM.

On continue avec Interpolation d’Audréanne Filion, la violoncelliste de l’ensemble, qui est aussi compositrice en musique numérique et électronique. 

On enchaîne avec Ephphata, une pièce pour violon et électronique de Quentin Lauvray, un compositeur avec qui on a collaboré plusieurs fois. Il s’agit d’une pièce qui demande à l’interprète de jouer de son violon, évidemment, mais aussi de faire des bruits, de chanter. Le tout accompagné d’un travail de lumière et de sons électroniques assez sophistiqué et vraiment intéressant. 

On poursuit avec Gone for Eggs de Philippe Macnab-Séguin, une autre pièce électronique pour sons fixés, et on termine avec Plier l’horizon en son milieu, une commande au compositeur Omer Barash avec la même instrumentation mixte que la pièce d’ouverture. Celle-là n’est IRCAMienne mais plutôt solidement ancrée dans le 21e siècle, et bourrée de références à tout plein de choses.

C’est une musique très riche, parfois drôle. Il y a aussi un travail sur l’espace, sur la spatialisation de l’électronique. Une musique très captivante qui pose des questions et nous fait réfléchir. Vraiment.

PAN M 360 :  Comment s’inscrit le travail de Myriam Bleau dans tout ça ? 

Charles-Éric Fontaine :  Le travail de Myriam, c’est le fil rouge de la soirée. C’est elle qui vient uniformiser l’ensemble des cinq pièces de manière continue avec ses projections. Elle nous suit depuis janvier 2025 sur cette production. Elle est venue à nos répétitions, a écouté les pièces, a même collaboré avec les compositeurs-compositrices à qui on a fait les commandes.

Elle a créé un support visuel avec cinq panneaux de tulle pour des rétroprojections. La dimension visuelle entre en dialogue avec les œuvres et en fait ressortir certains éléments tout en assurant une continuité dans une trame narrative. Son travail est fabuleux. Il constitue un aspect essentiel du programme.

PAN M 360 : Il y a donc une véritable osmose entre le visuel et la musique.

Charles-Éric Fontaine :  Tout à fait.

J’ai mentionné tout à l’heure que l’ensemble avait de l’intérêt pour des collaborations interdisciplinaires, mais dans une approche horizontale. C’est-à-dire qu’ici, que ce soit l’aspect visuel ou la musique, aucun n’est au service de l’autre. Il y a vraiment une osmose, une intégration complète. Autant la musique que le visuel sont utiles l’un à l’autre, aucun n’est dominant. Pour moi, c’est un aspect important dans nos collaborations avec des artistes pratiquant d’autres formes d’art.

PAN M 360 : Il faut que ça reste équilibré.

Charles-Éric Fontaine : Voilà.

PAN M 360 : Ce programme a déjà été présenté à la Semaine du Neuf en mars – j’y étais d’ailleurs – et vous êtes sur le point de le présenter au FMC. Allez-vous continuer à rouler avec un petit moment ou est-il sur le point de se terminer et vous vous apprêtez à entreprendre une autre production ? 

Charles-Éric Fontaine :  Il s’agit d’une série de trois concerts. Celui à Montréal durant la Semaine du neuf, celui au Festival de musiques de création à Chicoutimi, puis, en octobre, on ira le présenter à l’IRCAM.

PAN M 360 : Ah bon ! Super ! Donc, c’est vraiment une petite tournée, mais vous terminez de façon grandiose.

Charles-Éric Fontaine : C’est l’un des plus importants diffuseurs de la musique mixte contemporaine au monde.

PAN M 360 : Êtes-vous déjà en train de préparer une nouvelle production ?

Charles-Éric Fontaine :  Oui, on est en discussion pour différentes collaborations, avec des idées de commandes auprès de compositeurs. Je suis dans les premières réflexions pour d’autres programmes qui seront présentés en 2026-2027. 

PAN M 360 : En terminant, je ne peux que vous souhaiter le meilleur, et j’espère que les musicophiles seront nombreux au concert de Chicoutimi. 

Charles-Éric Fontaine :  Absolument. J’ai bien hâte de rencontrer le public de là-bas.

PAN M 360 : Porte-toi bien et longue vie à l’Ensemble Éclat !

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