Au départ, la série télévisée Heated Rivalry (en français Rivalité Passionnée) avait peu d’atouts en main pour cartonner à l’international: un petit budget, une thématique controversée, des comédiens inconnus. Mais voilà: l’improbable est survenu! Cette histoire d’amour homosexuel dans la Ligue Nationale de Hockey, réalisée par le montréalais Jacob Tierney, basée sur un roman de la Néo-Écossaise Rachel Reid, a connu un succès mondial. Et la bande sonore y joua un rôle non négligeable.
Dans un Théâtre Rialto plein à craquer, la célébration en musique de cet OVNI télévisuel s’est déroulée. De toute évidence, Heated Rivalry compte beaucoup de fans à Montréal. Et, à écouter les conversations autour de moi, on y trouve autant de francophones que d’anglophones, peut-être même davantage. Une foule métissée, queer, mais pas uniquement.
Le montréalais Peter Peter est le centre de cette bande sonore. C’est lui qui a construit les ponts instrumentaux, qui forment le squelette musical de la série. « Personne ne s’attendait à un tel succès, nous pensions que nous produisions une série nichée », déclare-t-il en entrevue devant la salle. Il a beaucoup apprécié la confiance « absolue » du réalisateur Jacob Tierney, qui lui a laissé une carte quasi-blanche.
Il avoue également avoir senti une connexion particulière avec cette histoire d’amour sur glace hors-norme. Maintenant que la série a été diffusée aux États-Unis, en Grande Bretagne et ailleurs et a connu du succès, il reconnaît le grand impact sur sa vie de musicien: voilà que, tout à coup, la planète anglo-saxonne s’intéresse à son travail. Lui qui visait davantage la France et le marché francophone.
« J’ai passé sept semaines à travailler sur cette bande son et, tout-à-coup, tout devient plus gros, c’est un peu inquiétant », dit Peter Peter, avec un brin d’humour. La deuxième saison de Heated Rivalry est actuellement en tournage, avec probablement beaucoup plus de moyens que la première. Notre québécois dit que « c’est un peu plus stressant » , de composer. Les attentes sont là….
Au-delà de Peter Peter, la musique est constituée d’extraits de chansons, majoritairement canadiennes, avec une importante partie francophone. Puisque la télésérie met en vedette un joueur fictif du Canadien de Montréal, Jacob Tierney et le superviseur musical, Scotty Taylor, souhaitaient que le caractère bilingue de la ville se ressente, à travers la musique. « Nous avons tous eu accès à une audience plus large », s’est exclamé Peter Peter, en faisant particulièrement allusion à Dumas, Alfa Rococo, La Bronze et Philippe B.
« Je ne jouais plus cette chanson, je l’avais presque oubliée », rigole Philippe B, armé de sa guitare acoustique, en parlant de Chelsea mon amour, qu’il a joué hier soir au Rialto. « Quand Jacob Tierney m’a contacté pour me dire qu’il voulait l’inclure dans Heated Rivalry, j’ai accepté en sachant qu’il avait une excellente réputation », dit-il au public. « Et bien, maintenant , je la joue à chaque concert, croyez-moi! ». La foule éclate de rire.
C’est ça l’effet Heated Rivalry. Le deuxième OVNI musical canado-québécois planétaire après Angine de Poitrine. En entrevue devant public, l’auteure de la série de romans Game Changers, a dit qu’elle ne s’attendait pas à ce que la musique ait un tel impact sur la version télévisuelle de son œuvre, mais qu’elle en est très satisfaite. Nous avons appris que l’autrice a déjà été musicienne. Elle s’est même produite à POP Mtl en 2006, avec un quatuor punk féminin de Halifax appelé Stolen Bases. « C’était cool, mais franchement, je suis plus douée comme écrivaine que musicienne », a-t-elle confié.
Il y aurait tellement de choses à dire sur cette série, sur son succès aux États-Unis au moment où l’administration de Donald Trump veut serrer l’étau sur la communauté LGBTQ, sur son impact dans la communauté sportive, bien qu’aucun joueur de la LNH n’ait encore fait son « coming out ».
La conversation se poursuivra quand la deuxième saison débarquera sur CRAVE. Au fait, ici, il faut saluer l’audace de cette plateforme qui appartient à Bell, d’avoir accepté de prendre un risque avec cette série. Aujourd’hui, bien sûr elle en récolte les dividendes.
Après les entrevues, nous avons eu droit a de courtes performances de La Bronze, du groupe anglo-montréalais Night Lunch, de Philippe B et de Dumas. La salle comble s’est un peu éclaircie, signe que, peut-être, certains anglos éprouvaient moins d’intérêt pour cette partie. Mais la grande majorité est restée et a semblé apprécier.
Pour moi, qui, en toute transparence, ai très peu écouté la série, tout en étant conscient du phénomène, cette soirée m’a appris plein de choses. Par contre, j’ai écouté toute la bande sonore et elle est franchement intéressante.
Cette histoire n’est pas terminée. Quels artistes seront de la saison 2? Mystère.






















