Dès les premières minutes du Gala de la Terre, présenté samedi 4 juillet en ouverture du Festival de Lanaudière, une évidence nous frappe : ce concert n’a pas pour unique but d’illustrer la nature, mais à y replonger le public. Dans le décor exceptionnel de l’amphithéâtre Fernand-Lindsay, où la forêt prolonge naturellement la scène, Nicolas Ellis et l’Orchestre de l’Agora proposent un parcours musical où chaque œuvre conduit un dialogue entre l’humain et son environnement. Le programme réunit des œuvres inspirées par différents paysages et traditions, de la Gaspésie au Nunavik jusqu’à Paris où est né le Sacre du Printemps.
C’est la Symphonie gaspésienne de Claude Champagne qui ouvre la soirée avec une élégance tout en nuances. La respiration est privilégiée dans le phrasé plutôt que les effets démonstratifs, laissant émerger les couleurs de l’orchestre. Les interventions du hautbois et du violon solo se distinguent particulièrement, tandis que les trompettes s’intègrent au tissu orchestral sans jamais rompre la délicatesse du discours. Les oiseaux se sont joints aux cordes avant le point culminant de la pièce pour finir en velour dans le tableau final devant le coucher de soleil.
Dans Shéhérazade, Julie Fuchs séduit d’abord par une diction française d’une clarté singulière et par une maîtrise vocale impressionnante dans les sauts de tessitures. Sa voix est portée par un contrôle des lignes musicales, seulement interrompu par des tournures de pages. Si certains passages orchestraux couvrent momentanément la voix, on observe tout de même une complicité décontractée entre la soprano et les musiciens dans la poésie de Ravel.
Avec Chorus Nunavik de Katia Makdissi-Warren, l’atmosphère change complètement. Les chanteuses de gorge Lydia Etok et Nina Segalowitz se démarquent autant par leur maîtrise technique que par leur capacité à faire naître un univers sonore, supportée par les violoncelles et leur imitation de faune et de flore immersive. Les intensités se superposent et l’œuvre conduit vers une ovation pleinement méritée.
Si l’enchaînement vers Le Sacre du printemps s’inscrit logiquement dans le fil conducteur du programme, on aurait toutefois apprécié quelques instants supplémentaires de silence après Chorus Nunavik. L’émotion suscitée par les chanteuses de gorge a laissé le public dans un état de contemplation, qu’un temps de respiration aurait peut-être permis de prolonger cet engouement avant le monument attendu de Stravinsky.
La tension du Sacre s’installe dès l’entrée du basson, et ne sera lâchée qu’après être achevée. L’Orchestre répond avec précision à toutes les intentions du texte. Les cordes, d’une cohésion impressionnante, dialoguent avec les vents avec lisibilité, jamais dans la confusion. Les attaques des cuivres frappent par leur netteté, tandis que la progression dramatique conserve jusqu’au dernier accord une intensité physique.
Ce concert d’ouverture aura incarné avec on ne peut plus de cohérence sa volonté artistique. Plus qu’une succession d’œuvres consacrées à la nature, ce Gala de la Terre aura rappelé que la musique peut encore créer un espace où l’on écoute autrement le territoire qui nous entoure. Une entrée en matière inspirante pour cette nouvelle édition du Festival de Lanaudière.






















