Disco punk italien, shoegaze supersonique et télévangéliste coké

par Max Seaton

Je n’avais pas de grandes attentes pour le concert de Warmduscher au Bar Le Ritz la semaine dernière, parce que c’était un mercredi soir et que la température n’était pas au beau fixe ce jour-là. Une pluie froide a commencé à tomber alors que je me dépêchais de retourner à la salle au crépuscule, me gelant jusqu’aux os et me faisant presque regretter de ne pas avoir quitté la chaleur confortable de mon appartement. Heureusement, je suis arrivé au Ritz, jusqu’ici à moitié plein, quelques instants avant le début de la musique, juste à temps pour m’acheter une bière hors de prix et me trouver une place à l’avant.

Groupe B, le projet solo de Stephen Baird, ex-membre de plusieurs groupes montréalais, dont Double Date With Death et Bland, a commencé la soirée de façon assez explosive, encadré par deux colonnes de lumières violettes qui clignotaient au rythme des chansons, tenant une guitare rose bonbon et portant de grosses lunettes de soleil Pit Viper. La musique se résume à des pistes préenregistrées de synthétiseurs et de boîtes à rythmes qui rappellent immédiatement les bandes originales des films d’horreur italiens Giallo, qui combinent souvent des rythmes disco funky avec des mélodies de synthétiseurs plus sinistres, ainsi que des riffs de guitare plus punk ou même heavy metal. L’éventail des chansons va de ballades épiques et romantiques à des morceaux plus hard rock, style « guitar hero », en passant par des morceaux plus électro-punk. Une chose est sûre, Groupe B a su nous tenir en haleine et j’ai hâte de les revoir en concert.

Après un court entracte durant lequel la salle s’est rapidement remplie, c’était au tour de Boar God de prendre d’assaut les tympans des auditeurs. Actif depuis 2017, ce groupe vétéran de la scène underground montréalaise, qui a toujours su plaire aux amateurs de shoegaze supersonique, n’a une fois de plus pas déçu la foule. Des lignes de guitares complexes, bourrées d’effets et extrêmement bruyantes (c’est probablement pour cette raison que le chanteur et guitariste du groupe, Eric Bent, porte toujours un casque anti-bruit lorsqu’il joue) sont soutenues par des lignes de basse très solides qui se démarquent et percutent l’immense mur de son. La batterie fait un excellent travail en étant tenace et persistante, ce qui permet de se laisser envoûter par les chansons. Le tout est couronné par une magnifique harmonie des voix d’Eric et de la bassiste Sabrina qui rappelle la formation My Bloody Valentine à son apogée. Si vous êtes un fan de Boar God, nouveau ou ancien, je vous recommande vivement le label néo-zélandais Flying Nun, qui, dans les années 1980 et 1990, a conquis le cœur des fans de post-punk avec des groupes comme The Clean, Tall Dwarfs et Bailter Space.

Un Ritz plein à craquer a accueilli avec enthousiasme la tête d’affiche, le groupe londonien Warmduscher, qui était en ville pour sa première tournée nord-américaine. Les membres du groupe sont arrivés sur scène sous une pluie d’applaudissements, tous vêtus de combinaisons bleu foncé arborant le logo « WD » au niveau du cœur. Après seulement quelques secondes de musique, la piste de danse s’enflamme et le reste jusqu’à la dernière note de la soirée. La section rythmique joue un mélange de disco et de funk complètement déjanté tandis que la guitare ajoute une touche énergique de sonorités plus garage. Le synthé, quant à lui, donne une ambiance de film porno des années 70 à petit budget sur lequel le chanteur, Clams Baker Jr, raconte des histoires souvent folles et sordides avec le débit et l’ardeur d’un télévangéliste cokéfié.

Pour le plus grand plaisir des spectateurs excités, le groupe a pu offrir une excellente sélection de son catalogue, dont plusieurs de ses singles, tels que  » Midnight Dipper « ,  » Disco Peanuts « ,  » Fatso « ,  » 1000 Whispers  » et  » Burner  » (qu’ils ont dédié au rappeur Kool Keith qui apparaît sur la version studio de cette chanson).

En somme, une très belle soirée qui m’a surpris et m’a rappelé pourquoi il vaut parfois la peine de sortir et de s’offrir une gueule de bois en plein milieu de la semaine pour prendre un bon bain chaud de culture.

Texte de : Max Seaton
Photos : Stephan Boissonneault

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