Nuits d’Afrique 2026 | Le peuple de Guinée représenté par son État pour un hommage au « Baobab de nuit »

Entrevue réalisée par Alain Brunet
Genres et styles : Afrique

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Ce samedi 11 juillet au MTELUS, Sia Tolno, Degg J, AK, Manamba Kanté, Soul Bang’s, Habib Fatako, fiers représentants de l’élite de la pop guinéenne, rendent hommage à Lamine Touré. 

On qualifie affectueusement notre homme de « baobab de nuit » , sans qui le Balattou, les Productions Nuits d’Afrique et le Festival international Nuits d’Afrique n’auraient pas vu le jour à Montréal. Quatre décennies plus tard, la grande famille des Nuits d’Afrique tient toujours le flambeau et Touré monte toujours la garde dans le portail du Balattou, à l’angle de Saint-Laurent et Marie-Anne. Clope au bec, il y exprime immanquablement sa verdeur et sa posture au sommet de l’organisation qu’il a fondée et fait évoluer avec sa complice Suzanne Rousseau.

Il est toujours là, notre « papa » de la culture africaine, pour reprendre une formule guinéenne destinée aux respectables aînés, il est  tellement là qu’on l’honore ce samedi, une initiative menée de concert avec le gouvernement guinéen. Mise de l’avant de concert avec le Ministère de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat de Guinée, et le Fonds de Développement des Arts et de la Culture (FODAC), cette soirée hommage réunit l’élite de la pop guinéenne. L’État de Guinée sera représenté par Thierno Hamidou Bah, chef de cabinet du du Ministre  Moussa Moise Sylla.

On sait que ce grand pays d’Afrique de l’Ouest est la patrie d’origine de Touré, devenu citoyen du monde alors qu’il était danseur et chorégraphe du Ballet National de Guinée. Établi  au Québec après un premier cycle migratoire en France, Lamine Touré est finalement devenu promoteur de concerts et festivals, tenancier de club, producteur d’enregistrements et plus encore.  

Quatre décennies après la fondation du festival, on salue son indéfectible fidélité à la culture musicale de la Guinée, parmi ses efforts de faire rayonner les cultures africaines et afro-descendantes du monde entier. 

Puisque qu’il s’agit ici d’un hommage officiel doublé d’un important plateau d’artistes réunis au MTELUS, PAN M 360 a réuni  avec Touré des professionnels de hautes fonctions en Guinée :  Malick Kébé, directeur général du Fond de Développement des Arts et de la Culture (FODAC), ainsi que  Moussa Mbaye, artiste et producteur qui gère un espace culturel important à Konakry, mais aussi très proche des Productions Nuits d’Afrique puisqu’il vit partiellement à Montréal.

Photo (Alain Brunet) de gauche à droite: Malick Kébé, Lamine Touré, Moussa Mbaye

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PAN M 360 : Je connais Lamine Touré depuis les années 80,  l’époque  du Café Créole. Mais j’ai vraiment fait sa rencontre lors d’une semaine africaine à la SRC que j’avais pilotée en tant que recherchiste  pour une émission de la regrettée Chantal Jolis, L’Oreille musclée.  Alors côté PAN M 360, vous comprendrez que nous connaissons le rôle essentiel de Touré dans la promotion de la culture afro en général  et nous connaissons sa fidélité par rapport à la culture guinéenne et c’est ce qui est intéressant avec cette soirée.  Nous  sommes heureux de réunir des gens de Guinée autour de Lamine Touré, dans le contexte de son hommage.

Malick Kébé: Je suis directeur général du Fonds de développement des arts et de la culture.  Je suis venu avec le chef de cabinet de notre département pour venir représenter la République de Guinée. Alors, déjà pour votre information, le Fonds de développement des arts et de la culture, que j’ai la haute responsabilité de gérer, existe depuis 2017. Et ce fonds a pour mission de financer des projets pour la promotion et le développement de tout le secteur culturel.

PAN M 360 : Et de quelle manière le Fonds a pu se garnir progressivement?  

Malick Kébé : Ça a commencé d’abord par la dotation  du budget national. Aujourd’hui, nous essayons également de mobiliser des institutions internationales dans nos opérations de financement. Et là, nous sommes en train de finaliser un accompagnement, dont le financement est réalisé avec l’Organisation internationale de la Francophonie. Ce projet concerne l’identification universelle de tous nos produits culturels afin d’en observer la circulation ou la valeur. Nous voulons aussi mettre en place une formation très structurante en ingénierie du son, en technique d’éclairage  ou en régie générale. Pourquoi ? Parce que nous avons au pays un manque criant à ce niveau de l’industrie culturelle. Et donc, c’est pour vous dire que le FODAC a un agenda chargé pour le développement et la valorisation de notre culture.

PAN M 360: On rapporte que votre gouvernement a manifesté récemment un intérêt renouvelé dans le financement de la culture, et ce pour les meilleures raisons.

Malick Kébé:  Et dans toute cette activité, nous sommes très heureux de nous retrouver ici au Balattou et au Festival International des Nuits d’Afrique.  Je vous remercie d’ailleurspour cette opportunité que vous nous offrez, c’est-à-dire pouvoir parler de monsieur Lamine Touré. Parce qu’il a consacré pratiquement toute sa vie à la valorisation de la culture africaine en général.Et, particulièrement, de la culture guinéenne. 

Lamine Touré est un pur produit des Ballets de Guinée qui l’a fait d’abord rayonner. Aujourd’hui, nous savons tous ce que le ballet, la percussion, la danse représentent pour la République de Guinée. Le tout premier ballet de l’Afrique francophone, de l’Afrique noire, je dirais ainsi, était guinéen. Créé par le Guinéen Keïta Fodéba, paix à son âme, le Ballet portait son nom au départ. Avant même l’avènement de notre indépendance, Keïta Fodéba avait offert son Ballet à la République de Guinée, l’appellation avait alors changé : Ballets africains de la République de Guinée.  C’était en 1954, je crois.

PAN M 360: Pur produit des Ballets de Guinée comme vous le dites, Lamine Touré a continué dans la musique, avec les résultats que l’on sait.

Malick Kébé:  Et donc il est extrêmement important aujourd’hui pour moi, d’être venu jusqu’ici à Montréal pour célébrer, honorer monsieur Touré, c’est parce qu’il a été pour nous l’un des plus grands ambassadeurs de notre culture. Et à ici faire en sorte que pendant 40 ans, un festival l’un des plus gros au monde, qui est le Festival Nuit d’Afrique, puisse s’imposer ici et donner un rayonnement sans précédent à la culture africaine. Donc 40 ans, ce n’est pas 40 jours, ni 40 semaines, ni 40 mois. C’est quand même 40 bâtons !

Alors pendant tout ce temps, il a tenu, contre vent et marée, avec toutes les difficultés possibles que vous pouvez imaginer, pour faire de ce festival, pour faire de la culture africaine une réalité. Sur les murs de ces bureaux des Nuits d’Afrique où nous sommes, vous voyez combien d’artistes y sont passés. Chaque édition, des dizaines d’artistes viennent de partout pour mettre de l’avant la culture africaine. Mettre de l’avant cette expression riche et diversifiée. 

PAN M 360:  Pour un pays comme la Guinée, cette aide est précieuse !

Malick Kébé: Aujourd’hui, nous sommes venus au nom du peuple de Guinée. Nous avons été mandatés par les plus hautes autorités de notre pays , en l’occurrence, monsieur  Moussa Moise Sylla, Ministre de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat, qui devait d’ailleurs être là, mais qui, compte tenu de son calendrier assez chargé, il n’a pas pu trouver un créneau horaire.

PAN M 360 : Vous êtes aussi installé à Conakry, j’imagine.

Malick Kébé :  Oui, absolument. 

PAN M 360 :  Vous y êtes déjà venu, j’imagine, parce que vous avez une longue relation. L’État guinéen, enfin sa branche culturelle, est  venu assister aux Nuits d’Afrique au fil du temps, j’imagine.

Malick Kébé : Oui, effectivement. Et même à travers cette participation des artistes guinéens, 2003 a pu aboutir à la création, à la rencontre, la résidence pour la création.

PAN M 360 : Et vous, Moussa Mbaye, vous faites aussi partie de la délégation guinéenne. En quel honneur ?

Moussa Mbaye :  Je suis artiste chanteur et je suis opérateur culturel. À un moment donné, j’ai vécu ici, j’ai de la famille  à Montréal.  J’ai aussi travaillé pour les Nuits d’Afrique, à la programmation. Et donc je suis là en tant qu’artiste pour cette soirée, et puisque je fais le va-et-vient entre Conakry et Montréal, je suis une sorte de pont entre les Nuits d’Afrique et l’État de Guinée.

PAN M 360 : Et donc, maintenant, Touré, racontez-nous des liens toujours fidèles à ta patrie d’origine.  

Lamine Touré : J’étais en France depuis un moment, après avoir voyagé dans les pays d’Europe. Un ami, Tony, m’a parlé d’un endroit en Amérique où on parlait français. Je suis allé m’informer à l’ambassade du Canada, et je suis venu d’abord un mois pour voir. J’ai pris un billet aller-retour, je suis venu ici pour voir comment ça se passe, regarder comment ça marche. J’ai  alors trouvé qu’il manquait quelque chose ici : la mode. J’ai alors appelé deux amis là-bas, on a démarré une petite entreprise de jeans, rue Mont-Royal, au troisième étage d’un building.

À cette époque, j’ai connu Alex Boicel, le fils de Doudou Boicel. J’étais danser avec lui un soir, et je souhaitais trouver  un bar tropical. Alex me dit qu’il n’y en avait pas, et c’est à ce moment que nous avions créé le Café Créole au début des années 80. Le Balattou vint plus tard, deux ans aprés avoir quitté le Café Créole qui était devenu selon moi un centre d’accueil plutôt qu’un espace cultruel. Deux ans plus tard, il y avait déjà  des lieux tropicaux à Montréal et nous avons alors lancé le Balattou pour aussi y faire émerger la relève.  Car nous avons toujours besoin de relève.   

PAN M 360 : De fil en aiguille, les choses ont progressé et voilà le monument que vous êtes devenu aujourd’hui, Lamine Touré! Et donc, ce samedi, ce sera une soirée où des artistes guinéens pourront commémorer cette formidable trajectoire .

Lamine Touré : Comme on dit, c’est une fois dans ta vie. Le bonheur que ça me procurera, je ne l’oublierai jamais.

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