Avec le temps, le saxophoniste montréalais d’origine ukrainienne Bogdan Gumenyuk se révèle un musicien et créateur doué d’une très belle personnalité et surtout d’originalité. Côté jazz, Gumenyuk pratique un style contemporain accessible et mélodique, école hard bop classique mais avec des actualités sonores héritées des meilleures pratiques contemporaines. Mais c’est surtout dans ses explorations des sonorités du folk ukrainien, soit dans son jeu harmonique ou dans l’utilisation d’instruments traditionnels (trembita, tylynka, double sopilka, etc.) que l’artiste produit les expériences musicales les plus étonnantes et excitantes. Par exemple, dans A Dream Passes, il transforme une compo jazz de style attendu en ferveur presque extatique, portée par les instruments traditionnels. L’évolution de la musique de l’un vers l’autre se fait dans une transition bellement naturelle et organique, témoignant d’un savoir-faire solide autant dans un style que dans l’autre, en plus d’une large maîtrise technique.
Ailleurs, Gumenyuk nous transporte dans une ambiance de spoken word (The Church of the Holy Spirit) ou dans du folk pop-pastoral (Bird Talk), animé par l’une des flûtes de son arsenal (je ne saurais dire laquelle). Le timbre boisé, égayé par le jeu de l’artiste qui entonne un thème réjoui, partage l’espace avec des élans beaucoup plus ardents, où une guitare électrique insuffle un caractère rock à l’ensemble. Parfois ça s’envole vers des lieues libertaires, électro contemporaines, comme dans The Silent Names of Busy Streets, qui pourrait trahir une ambiance frénétique et nocturne un vendredi soir au centre-ville de Montréal.
Et ça se poursuit comme ça tout au long de dix partitions (des compositions originales et des arrangements de chansons folk du répertoire ukrainien) riches en détails, en atmosphères et en dialogues éveillés entre les membres du groupe.
Stream of Hope est un album qui stimule l’écoute musicophile avec des sonorités exclusives, et bellement encadrées par un jazz raffiné et communicatif. On souhaite longue vie à Bogdan Gumenyuk et son style très personnel.
Bogdan Gumenyuk sera au Belmont, le dimanche 8 novembre pour le lancement de l’album (une partie des profits de l’album sera versée à la Fondation Ptakhi, un organisme qui vient en aide aux Ukrainiens victimes de la guerre).
Autre concert de Gumenyuk : 29 novembre, The Rex, Toronto
Bogdan Gumenyuk — saxophone ténor, trembita, tylynka, double sopilka, corne de vache, spoken word
Paul Shrofel — piano, claviers
Steve Raegele — guitare (3, 4)
Mike de Masi — basse (2, 8, 10)
Sandy Eldred — basse (3 – 5)
Rich Irwin — batterie, tambourine (1, 2, 7, 8, 10)
Jacob Wutzke — batterie(3 – 5)






















