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Le vendredi 6 novembre à la salle Bourgie du Musée des Beaux-Arts de Montréal, le Masmoudi Quartette lance son nouvel album, intitulé Vibrations universelles. Le Montréalais d’origine tunisienne Mohamed Masmoudi, qui nous avait offert un très beau premier opus axé sur la géographie et l’humanisme en 2023 (Villes éternelles), propose cette fois une exploration des bienfaits des vibrations musicales, de natures et de traditions variées. Humaniste encore, notre interviewé est aussi un peu pythagoricien, en référence au célèbre mathématicien/philosophe grec ancien, pour qui tout l’Univers était uni par des vibrations transcendantes, identifiables grâce aux mathématiques, entre autres. Ainsi, avec son oud et ses partenaires musicaux, Masmoudi tisse une tapisserie éclectique : musiques arabes, classique européenne, jazz, et plus encore, ceci incluant deux compositions commandées spécialement par la salle Bourgie.
PAN M 360: Pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas encore votre parcours musical, il faut d’abord vous présenter ! Comment êtes-vous devenu musicien ?
Mohamed Masmoudi: Oh my ! Je vais essayer de résumer. Je viens d’avoir 55 ans, il y a deux jours. Je suis né en Tunisie. Quand j’avais 11 ans, j’ai décidé d’en apprendre le plus possible sur la musique. Vers 16-17 ans, pendant mon école secondaire, j’ai décidé de faire ça comme travail. Avant de finir le secondaire, je me suis retrouvé au conservatoire pour 5 ans. J’ai étudié la musique du Moyen-Orient et la théorie musicale en général. Arrivé au Canada, j’ai étudié la musique au Nouveau-Brunswick, à l’Université de Moncton.
PAN M 360: Votre parcours était déjà éclectique lorsque vous êtes venu au Canada.
Mohamed Masmoudi: Justement, je pense être devenu musicien parce que, quand j’étais adolescent, j’écoutais un peu de toutes sortes de musiques et j’étais fasciné par plusieurs musiques du monde. La Tunisie, c’est comme Afrique, Europe, Moyen-Orient, c’est tout en même temps, là. Dès 4 heures du matin, j’écoutais différentes radios du monde dont je ne connaissais pas la langue. Puis, j’ai joué la basse, surtout, la basse électrique. À l’âge de 11 ans, quand j’ai commencé, j’avais apporté ma guitare à mon premier prof qui m’a dit “te es bien talentueux, je te donne un oud, parce que ça, c’est le véritable instrument. C’était un terrible oud du lycée !
PAN M 360: Et vous êtes devenu professionnel.
Mohamed Masmoudi: En Tunisie, déjà, je jouais du jazz et autres musiques entres autres la pop mais aussi la musique du Moyen-Orient dans laquelle je baignais déjà. Je trouvais très intéressant d’apprendre le plus de musiques possible, en fait, pas juste la musique classique ou le jazz ou autres musiques occidentales, mais la musique indienne, la musique de l’Europe de l’Est, pour ne nommer que celles-la. Alors, qu’est-ce qui m’a amené à déménager à Montréal en 2002? C’était ça. En 1993, j’avais déménagé au Nouveau-Brunswick. En 2002, à Montréal. Depuis, j’ai participé à toutes sortes de projets.
PAN M 360: Entre autres, au Centre des musiciens du monde, où vous avez réalisé un bel album, Villes éternelles, qui est sorti au printemps 2023. Et là, vous avez ce quartette, avec oud, violon, contrebasse, piano, parfois, une clarinette. Le premier projet était avec la clarinette. Or ce deuxième projet, c’est avec la basse et sans violon. Pourquoi ?
Mohamed Masmoudi: Ça fait un an et demi qu’on travaille sur ce nouveau projet. Au début, je pensais travailler avec les mêmes personnes, mais vu que le pianiste Guillaume Martineau bougeait vers Toronto, ça prenait beaucoup d’organisation. En écrivant les pièces, je voulais trouver un autre instrumentiste soliste à mes côtés. Je cherchais un autre son, une suite de pièces qui se tiennent ensemble, qui s’écoutent l’une après l’autre. Parfois, les gens me disent que l’album est très dense. D’accord, mais en spectacle, ça s’écoute très bien si on reste attentif.
PAN M 360: Oui, mais ce n’est quand même pas de la musique pour passer la balayeuse !
Mohamed Masmoudi: Non. Pour le premier album, je n’avais pas de doute sur les résultats, mais je voulais expérimenter. Comment forger tout ça? Comment aller entre jazz, musique classique et musique moyen-orientale? Le deuxième est plus prévisible. On n’a pas de rythme, on n’a pas de percussions là-dedans, c’est vraiment de la musique de chambre. Est-ce qu’on peut pousser ça davantage? Est-ce que dans une configuration jazz ou moyen-orientale? Je pense que cela implique les petits changements qu’on a dans ce nouveau projet.
PAN M 360: Yannick Anctil a remplacé Guillaume Martineau, parti à Toronto pour faire des études en médecine.
Mohamed Masmoudi: Il a fini, en fait, il pratique actuellement la médecine à Toronto. Je ne sais pas pour la suite.
PAN M 360: On espère qu’il reviendra, il est aussi un excellent musicien. Mais revenons à nos moutons: le premier album est Villes éternelles, un concept précis. Alors que Vibrations universelles est plus holistique, plus impressionniste, enfin… Comment décrire cette nouvelle mouture? Que vouslez-vous dire par Vibrations universelles?
Mohamed Masmoudi: Avec Villes éternelles, je mettais un peu l’emphase sur différentes cultures, dans le temps et dans l’espace, historiquement et géographiquement. Vivantes ou mortes, ces villes nous ont amené beaucoup de choses, notamment la culture. Cet apport m’avait donné un élan pour écrire la musique de l’album. Alors que Vibrations universelles, c’est vraiment un intérêt pour le cosmos, le Big Bang jusqu’aux théories de Pythagore et de l’apparition de la musique de la Grèce antique. J’aime me questionner sur la nature de ces vibrations sonores et le lien à établir avec certaines règles en mathématiques ou en physique. Pourquoi aime-t-on ces fréquences ? Quelles sont ces vibrations qui vont du cosmique à l’atomique ? Tout est tissé, en fait. C’est à ça que je fais référence. Vous comprenez ?
PAN M 360: Oui, bien sûr. C’est une conception universelle que de réfléchir aux vibrations qui nous touchent tous et qui nous lient les uns aux autres. Alors parlez-nous des thèmes de Vibrations universelles.
Mohamed Masmoudi: Je n’essaie pas d’être Newton, j’essaie juste d’attirer l’attention que c’est une façon de comprendre le monde par la mathématique ou la physique, et ça passe aussi par la compréhension des vibrations musicales. Mais pour l’album, je suis resté simple dans mon concept. J’ai repris des formes musicales du Moyen-Orient et je les ai composées comme une suite. Une pièce qui passe à la suivante qui nous mène quelque part ailleurs, parfois dans des styles différents. Maintenant, je ne suis pas scientifique, je n’essaie pas non plus de dire « C’est comme ça la musique arabe. » Non, non. Ce sont juste des instructions. Alors, par exemple, la première pièce, c’est une lunga revisitée – forme instrumentale vive et rythmée, héritée de la tradition ottomane et accueillie dans la musique arabe. Deuxième pièce, j’ai choisi un rythme lent, intitulé Sourdine. Pour la troisième pièce, j’ai essayé d’aller chercher dans le folklore tunisien quelque chose en 6/8. La quatrième, est la grosse pièce de l’album commandée par Bourgie. Puis c’est un samaï, une forme musicale classique et instrumentale originaire de l’Empire ottoman, aussi développée dans la musique arabe. C’est une forme assez compliquée avec des modulations dans chaque vers. Alors j’ai pris ces formes classiques que j’ai adaptées à ma sauce classico-jazz. Ça reste ouvert et libre.
PAN M 360: C’est comme un peu le principe de la suite à l’époque baroque. On apprenait des danses et on faisait six, sept mouvements. Il y a vraiment une inspiration de la musique classique arabe, il y a le jazz bien sûr, il y a la musique classique occidentale aussi. Quels compositeurs vous inspirent ?
Mohamed Masmoudi: En musique classique? J’écoute un peu de tout.
PAN M 360: Oudistes et musiciens plus marquants dans votre propre jeu ? Le contrebassiste Ahmed-Abdul Malik , les oudistes marqués par le jazz comme Dhafer Youssef ou Rabih Abou Khalil ?
Mohamed Masmoudi: Alors moi, quand j’étais jeues dans les années 80, j’aimais le style d’Anouar Brahem. Mais je pense être d’une plus vieille école. Je me rappelle la première fois que j’ai écouté Naseer Shamma dans les années 90, techniquement hallucinant. Alors moi qui jouais alors la guitare classique, c’était justement ça que j’aimais. À cette époque, je jouais pas le oud à 100%. L’instrument était toujours moi, mais ce n’étais pas le focus.
En 98, en jouant avec mon groupe de jazz, mais en tant que bassiste, j’écoutais Keith Jarrett je voyais que l’orientalisme là-dedans serait magnifique. Alors j’ai commencé à prendre mon oud pour jouer des standards de jazz, ce qui me laissait beaucoup plus de liberté que de faire de la musique classique arabe comme je devais le faire au conservatoire. Je préfère aujourd’hui Mounir Bachir ou Naseer Shamma à Anouar Brahem. Je ne suis pas dans la répétition, j’ai quand même un grand respect pour toutes les traditions et leurs particularités.
Mais je pense qu’aujourd’hui, je propose quelque chose de différent aussi. C’est moi qui écris les harmonies, je conserve les quarts de ton, mais je travaille avec mes musiciens pour qu’ensemble, on puisse trouver des façons de faire.
PAN M 360: En terminant, pour ce concert, quelles vibrations souhaitez-vous laisser au public de la Salle Bourgie ou à celui de votre nouvel album ?
Mohamed Masmoudi: Il n’y a pas de point théorique à ça. Je veux juste que l’auditoire apprécie, soit touché, qu’il comprenne et qu’il sente que la musique n’a pas de limites et qu’elle est universelle pour les humains, comme le sont les pommes. Il n’y a aucun nationalisme là-dedans.























