Après le très beau Villes éternelles, le oudiste Montréalais Mohammed Masmoudi revient avec un deuxième album de croisements vertueux entre musiques classiques arabe et occidentale, et jazz, dans un deuxième opus nommé Vibra. Un titre qui fait référence aux Vibrations universelles dont Masmoudi dit avoir été influencé et qui constitue aussi le titre de son concert de lancement du vendredi 6 novembre 2026, à la salle Bourgie à Montréal. Les vibrations en question ramènent au concept pythagoricien de liens entre tous les éléments de l’univers, qui se présente sous forme de bourdonnements, représentés par la musique et identifiables grâce aux mathématiques (eh oui, Pythagore, vous vous rappelez vos cours de maths où on apprenait son fameux théorème?). Tout cela est passionnant, et vous pouvez en savoir encore plus en lisant l’interview que j’ai réalisée avec le musicien.
ENTREVUE AVEC MOHAMMED MASMOUDI
Musicalement, Vibra résonne comme un dialogue bienveillant entre les genres musicaux, qui finissent par s’unir respectueusement, en échangeant parfois leurs identités, mais sans les perdre, et surtout en les enrichissant mutuellement, créant un tout holistiquement inspirant.
Il y a de la géométrie dans le bourdonnement des cordes; il y a de la musique dans
Attribué à Pythagore
l’espacement des sphères.
On remarque la beauté et l’aisance mélodiques des constructions de Masmoudi, les atmosphères introspectives, teintées d’une poésie expressive subtile, qui s’envole occasionnellement avec plus de vigueur et d’énergie. Masmoudi entrelace fort intelligemment les structures et principes musicaux des divers genres visités : le longa, le samaï, les maqams, provenant de la culture arabe, les gammes et le système harmonique classique occidental, l’improvisation du jazz. Dans Le Tango du Derviche, il ose même mettre ensemble le fameux rythme argentin, sulfureux, et la danse extatique et mystique d’un Derviche tourneur, issue du soufisme. Malheureusement, on ne peut percevoir les mouvements dans l’enregistrement, mais cela risque d’être très intéressant à voir sur scène, en combinaison avec la musique.
Je remarque la qualité de l’équilibre entre le tempérament égal du piano (très occidental), et la sinuosité inhérente de certaines phrases du violon et du oud, instruments plus facilement imprégnés de microtonalité typiquement arabe. Aucune dissonance maladroite, comme c’est parfois le cas dans ce genre de rencontre.
Le jeu de Masmoudi est d’une belle virtuosité sans esbroufe. Le violon de Vanessa Marcoux, une artiste très polyvalente, et aussi familière du jeu classique occidental que de l’impro et des traditions non-européennes, est agréablement chantant, parfois frémissant, très crédible, alors que Yannick Anctil remplace bellement Guillaume Martineau au piano (présent sur Villes éternelles), grâce à son doigté leste et précis. Rémi-Jean Leblanc bâtit des assises harmoniques et rythmiques solides pour permettre à toutes ces personnes de pouvoir s’élancer.
Vibra est un album d’une très grande beauté, et d’une pureté d’intention qui ne peut que émouvoir tout musicophile curieux et esthète.
Le Masmoudi Quartette offre son concert-lancement d’album le vendredi 6 novembre à la salle Bourgie






















