En ce soir d’Halloween, les 18 musiciens de l’ONJM et leur chef sont arrivés sans déguisements. C’est plutôt leur musique qui a ensorcelé la salle comble de cet espace magnifique. Les deux squelettes virtuels, tapis dans l’ombre, étaient ceux de Miles Davis et Wayne Shorter, à qui la musique était dédiée.
En 2023, l’ONJM a enregistré Miles Smiles Wayne Shines, un version en big band de plusieurs pièces du quintette de Miles Davis, qui, de 1965 à 1968, a fait paraître trois albums, dont le premier s’intitulait Miles Smiles. Herbie Hancock, Ron Carter, Tony Williams, Miles Davis et Wayne Shorter.. Si Miles et sa trompette en était l’étoile, beaucoup des meilleures compositions venaient de Wayne Shooter et de son saxophone.
D’où le titre de l’album de l’ONJM et du concert.
Ce samedi 31 octobre 2026, nous avons eu droit à une reprise de 2023. Jean-Nicolas Trottier est celui qui a conçu les arrangements pour grande formation, qui ont totalement transformé et sophistiqué les compositions du quintette, sans les dénaturer. Une reprise, certes, mais le jazz étant ce qu’il est, toutes les improvisations de ces solistes aguerris a fait en sorte que nous avons eu droit à une musique fraîche et réimaginée.
Nous avons eu droit à la relecture de sept compositions du quintette, dont six de Wayne Shorter. Orbits, Circle, Dolores,Nefertiti, Footprints et E.S.P. Le tout assorti de Freedom Jazz Dance de Eddie Harris, et Africa de John Coltrane. C’est fou de ré-entendre ces pièces qui datent de 60 ans et de constater leur richesse harmonique mais aussi leur audace dans les dissonances, annonciatrices du free-jazz.
Il faut dire que les arrangements de Jean-Nicolas Trottier y font beaucoup pour enrichir la sauce. Certaines parties ont même évoqué la musique répétitive de Steve Reich ou de Philip Glass.
On trouve certainement des gens pour qui ces arrangements très touffus comportent trop de notes (j’en connais). Mais, si j’en juge par les réactions de mon voisin de siège, qui est très connu dans l’écosystème du jazz sans être lui-même musicien- je préserverai son anonymat- nos cerveaux musicaux ont été très bien irrigués dans cette soirée. Ce voisin de hasard s’est souvent écrié suite à des solos et improvisations, tout comme moi.
Il me semble que cet orchestre est de plus en plus soudé. Il transparaît un plaisir pour ces musiciens d’être ensemble et de s’éclater, tout en demeurant toutefois dans une grande rigueur et discipline.
Je ne pourrai pas tous et toutes les nommer, cet article doit rester court. Le pupitre des saxophones-et flûtes, clarinette, clarinette basse, etc- nous a laissé pantois. En particulier, David Bellemare en incarnation de John Coltrane. Et Samuel Blais, dans son seul solo, qui s’est arrangé pour qu’on s’en souvienne. « C’est fou, il a l’air d’un fonctionnaire et il joue comme ça! », m’a lancé mon voisin de gauche.
Ne m’en voulez pas, les trombones et trompettes, vous étiez super! Mais il faut que je parle de la recrue à la contrebasse, Mason Jefferey-Off, qui contorsionnait et torturait son énorme instrument, tout en en tirant des sonorités improbables. Nicolas Ferron à la guitare était dans une forme incroyable. Un déluge de notes, dans la douceur et la beauté.
Et bien sûr, Marianne Trudel au piano, qui ne fait jamais les choses comme tout le monde. Certaines de ses improvisations pourraient être qualifiées « d’anti solos ». Plutôt que de faire abonder les notes, elle a opté pôur faire des improvisations à base d’accords ou de notes percussives. Et ça fonctionnait.
C’est d’ailleurs cette pianiste et compositrice qui prendra l’affiche de la prochaine représentation de l’ONJM. Une nouvelle création: Au Centre, la Lumière. Le 21 novembre.
Tout ceci pour vous dire que ce concert d’Halloween… c’était du bonbon!























