Cet album a de quoi étonner. D’abord le nom est trompeur : le glissement homonymique n’efface pas la résonance associée au Honky Tonk, qui évoque elle-même un piano bastringue de saloon que Joe Dalton réduirait au silence avec son six-coups. La musique de ce premier album de Tönky Hönk, un duo de claviériste de Winnipeg, n’a strictement rien à voir. Les deux membres de ce duo piano, Madeline Hildebrand
et Everett Hopfner, ont eu l’idée de propulser ce format instrumental assez classique vers de nouveaux horizons, en élargissant considérablement le concept de ‘’piano’’. En effet, et tour à tour selon les exigences de la musique, les deux interprètes jouent sur une paire de Fender Rhodes, un piano préparé face à un piano-jouet ou un piano classique devant un Fender Rhodes. Le résultat est envoûtant et original.
Twinlings de Adrian Knight, pour deux Fender Rhodes, propose des sonorités apaisées, contemplatives, entre un minimalisme néoclassique (en plus abstrait) et un univers éthéré. L’aura de mystère et d’onirisme est accentuée par la résonance vibrante de l’instrument associé plus spontanément au jazz et au rock (les Doors).
Phyllis Chen avec Hush nous transporte quant à elle dans un monde un peu plus dynamique. La pièce, la plus longue de l’album avec ses quelque six minutes, se pare elle aussi d’un voile de mystère, mais plus étrange, voire déroutant. Les sonorités clinquantes du piano préparé et celles, juvéniles, du piano-jouet créent des combinaisons inattendues que la compositrice réussit à maintenir séductrices malgré tout. La musique s’active à mesure qu’elle avance, donnant l’impression d’assister à la danse un peu grotesque d’un petit automate devenu fou.
Julian Beutel conclut la trilogie de nouvelles œuvres de cet album avec Jam Factory pour piano et Fender Rhodes, découpé en deux parties. La première est de facture répétitive, à la Reich ou Reilly, et basée sur une construction rythmique excitante. Le Fender Rhodes se révèle être un compagnon idéal pour le piano classique. Sa résonance timbrale devient comme une enveloppe sonore pour les notes pointées, piquantes, de son cousin acoustique. Le deuxième mouvement est empreint de zénitude et d’une tranquille intériorité.
Bravo à ce duo de Winnipeg pour avoir eu l’idée de cet album de musique contemporaine étonnant et, surtout, franchement bienfaisant.






















