Très peu d’accords au menu de chaque oeuvre, environ 3 à 5. Certaines harmonies s’étirent même pendant de très longues secondes. Que ressent-on de la musique de Kali Malone ? L’effet d’une méditation, d’une prière païenne, d’un bourdon qui apaise l’esprit. Une élévation.
Le choix des accords est excellent, des harmoniques graves s’en dégagent, des ondes intrinsèques à l’harmonie génèrent de minuscules variations qui en enrichissent la texture. Les harmonies consonantes ne peuvent agresser personne lorsque jouées si paisiblement.
En ce jeudi soir à la Maison symphonique, série X/Visions 1, le public mutékien approfondit sa connaissance de l’orgue, cet ancêtre à tuyaux du synthétiseur dont l’objet initial était d’évoquer toutes les machines issues des époques précédentes: les instruments acoustiques. Conçu pour la Maison symphonique, le Grand Orgue Pierre-Béique est l’instrument idéal pour s’y plonger, on parle ici de quasi perfection dans la facture.
Kali Malone, musicienne de Denver ayant fait à Stockholm ses études électroacoustiques au Collège Royal de Musique, a sûrement beaucoup réfléchi pour oser un minimalisme aussi extrême: ne presque rien à jouer avec les doigts, quelques accords plaqués, répétition du cycle de ces accords, fin. Pour ce programme, en fait, tout se passe dans les réglages de l’orgue.
On peut alors se poser la question: pourquoi faire si peu ? Ou encore se poser celle-ci: que peut-on faire avec si peu ?
Kali Malone répond brillamment à la deuxième. La réverbération, les subtilités incluses dans les harmonies, l’acoustique inhérente de la salle, l’ambiance propice au recueillement, l’atteinte de l’effet ambient, tous ces facteurs concourent au ressenti d’une élévation.
Prises individuellement, ces pièces au programme ne passeront peut-être pas à l’histoire mais, chose certaine, Kali Malone a trouvé un filon qu’elle n’a certes pas fini d’exploiter.
crédit photo: Frédérique Ménard-Aubin























