Ce 12 août sous un ciel clément, le cinquantenaire du Stade olympique de Montréal, notre mal-aimé Big O, coïncidait avec les perséides, l’éclipse solaire partielle et ce concert annuel donné par l ‘Orchestre symphonique de Montréal au pied de l’immense structure en cours de rénovation, et dont on espère une acoustique acceptable – ce qui ne fut aucunement le cas pendant 5 décennies d’activités sportives et culturelles.
On y a évoqué la construction du stade, la longue présence des Expos jusqu’à leur déménagement, Diane Dufresne et sa Magie rose de 1984, les concerts de U2 , Rolling Stones et Pink Floyd venus à quelques reprises. On s’est aussi souvenu des méga-shows de Madonna, George Michael, Aïda de Verdi avec décors grandioses (ou grandiloquents, c’est selon), David Bowie, George Michael, Michael Jackson, Genesis ou même l’OSM sous la direction de Vic Vogel à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de 1976. On a omis notamment le passage de Bruce Springsteen, Sting, Peter Gabriel ou encore l’émeute vécue au concert de Metallica / Guns N’Roses en 1992.
J’ai moi-même couvert une majorité de ces concerts pour La Presse, j’y ai pris beaucoup de plaisir tout en tentant d’en minimiser les grandes frustrations acoustiques, car le Big O fut considérée comme une immense et déplorable chambre d’écho, carence conceptuelle de son architecte Roger Taillibert. Insistons: la réfection annoncée du mobilier intérieur du Stade sera impardonnable si on ne règle pas cet irritant majeur.

Après avoir reçu la plus haute distinction de Montréal par notre mairesse Soraya Martinez Ferrada, Rafael Payare a rejoint son pupitre.
Première œuvre au programme, l’Ouverture festive de Dmitri Chostakovitch fut créée en 1954 pour le Bolshoi, dans le contexte du 37e anniversaire de la Révolution d’Octobre, soit une année après la mort de Staline avec qui il eut une relation pour le moins complexe. Dans cette pièce, le grand compositeur russe continuait de déjouer les diktats de l’autorité soviétique en y mêlant les évidences symphoniques à une écriture audacieuse et virtuose pour les cordes et une section de cuivres disposée à l’avant-plan – 4 cors, 3 trompettes, 3 trombones.
S’ensuivit un texte évoquant la construction et la vie de notre Stade quinquagénaire par la comédienne Sophie Cadieux, sur fond de John Adams, soit A Final Shaking, 4e mouvement de Shaker Loops, une œuvre créée en 1978, à l’origine pour un septuor et adaptée par la suite dans un contexte symphonique. Force est de constater que la narration a largement dominé la musique, comme prévu on l’imagine.
J’avais 17 ans lorsque j’ai visionné à la télé la cérémonie d’ouverture des JO de 1976, c’était la première fois de ma vie que j’écoutais la musique d’André Mathieu (1929-1968), prodige pianistique et compositeur peu prisé à son époque, dont les extraits avaient été ficelés sous l’impulsion de Vic Vogel (1935-1919), incontournable jazzman montréalais et aussi voisin d’André Mathieu dans les années 60. Je ne me souviens pas exactement de la facture des arrangements de l’époque alors exécutés par l’OSM sous la direction de notre regretté Vic, les arrangements d’Alexandre David en ont probablement musclé le rythme, le tout suivi de Daphnis et Chloé, Suite orchestrale n°2 de Maurice Ravel, un compositeur très prisé par les jazzmen.
On imagine mal le très doué Alexandre David, ex-musicien métal reconverti à la composition contemporaine, arranger une valse de Johann Strauss, Frühlingsstimmen, généralement destinés aux bals du Nouvel An et aux patineurs. Encore une fois, on a observé une rythmique plus prononcée, attitude quasi pop rock… et pourquoi pas!? Cette fameuse valse de Strauss fut « mashuppée » avec Take Me Out to the Ballgame (Jack Norworth /Albert Von Tilzer), hymne absolu des fans de baseball depuis 1908, le tout entonné par des choristes coiffés de la casquette des Expos au plus grand plaisir du vaste public réuni sur l’Esplanade du Big O.

Arrangés par Hugo Bégin, les grands succès pop-rock du Stade constituaient un pot-pourri des mégatubes joués alors : Sunday Bloody Sunday de U2 (qui n’était pas au centre des programmes joués par le band irlandais, on se souvient plutôt des titres tirés des albums Achtung Baby et The Joshua Tree), Faith de George Michael, Vogue de Madonna, Billie Jean de Michael Jackson (venu au Stade en 1984 avec les Jackson Five et non pour sa première tournée solo), Let’s Dance de David Bowie, Money de Pink Floyd (dont l’album Dark Side of the Moon avait été exécuté intégralement à l’Autostade en juin 1975 et qui ne constituait pas une œuvre centrale des concerts donnés au Stade olympique, contrairement à Another Brick in the Wall, qui fut effectivement la chanson phare d’un show donné au Stade). On a aussi reconnu Paint It Black des Stones, sorti en 1966 et non à l’époque du Stade et de l’album Steel Wheels,
Enfin… on en déduit que l’arrangeur a parfois préféré des tubes connus de tous, plutôt que des pièces emblématiques de ces concerts donnés au Big O. Trève de considération, on observait mercredi la capacité accrue des musiciens classiques d’entrer dans le groove de la pop ou du rock, ce qui n’était pas évident il n’y a pas si longtemps.

Et ça continue ! La marche triomphale d’Aïda, opéra de Verdi, précéda la fabuleuse alto/contralto Rose Naggar-Tremblay dans une solide interprétation lyrique de Je voulais te dire que je t’attends, un classique de Michel Jonasz repris à l’époque par notre Diane Dufresne nationale. Acclamée pour l’interprétation d’un mashup environnementaliste d’Oxygène et de L’hymne à la beauté du monde, choeur à l’appui, l’inégalée performer québécoise a soulevé le public qui n’avait cure des évidentes limites vocales inhérentes à ses 81 ans.
Ainsi, l’OSM, son chef et leurs invités, étaient dans une forme resplendissante avant une tournée européenne qui pourrait s’avérer triomphale. L’incontournable Ode à la joie, célébrissime dernier mouvement de la 9e symphonie de Beethoven, fut impeccablement exécutée avec la précision, le faste et la passion nécessaires au succès de son interprétation. La soprano Lauren Margison, l’alto Rose Naggar-Tremblay, le ténor Frédéric Antoun et la basse Alex Halliday ont été les solistes, le choeur présent fut magistral, les cuivres disposés à gauche de l’écran géant ont accompl leur tâche avec brio, l’OSM, son maestro furent à la hauteur d’un événement consensuel des plus réussis, le tout coiffé par les pétarades des feux d’artifices de circonstance.
Crédit photos : Antoine Saito/Orchestre symphonique de Montréal























