Concerts aux Îles du Bic | Pierre-Luc Lecours et l’Ensemble Modulaire : entre le son, l’image et l’instant 

Entrevue réalisée par Chloé Rouffignac
Genres et styles : électronique / musique contemporaine

renseignements supplémentaires

À l’occasion des Concerts aux Îles du Bic, le compositeur, artiste sonore et vidéaste Pierre-Luc Lecours présentera deux propositions singulières : une relecture des Préludes de Chopin aux côtés de Daniel Áñez aux ondes Martenot et Chloé Dumoulin au piano, puis une interprétation de In C, l’œuvre fondatrice de Terry Riley, revisitée au synthétiseur modulaire. 

Docteur en musique, Pierre-Luc Lecours évolue depuis plusieurs années à la croisée de la musique électronique contemporaine, des arts numériques et de la création audiovisuelle. Ses projets, présentés au Canada comme à l’international, explorent les liens entre le son, l’image et la performance en temps réel, tout en cherchant à rendre le synthétiseur modulaire plus accessible grâce à un important travail de recherche et de pédagogie. 

À quelques jours de son passage au Bic, il nous ouvre les portes de cet instrument aussi fascinant qu’insaisissable, explique pourquoi In C trouve un terrain de jeu idéal dans l’univers du modulaire et invite le public à vivre cette musique autrement : non pas en cherchant où elle mène, mais en acceptant simplement de se laisser porter par l’instant. 

PAN M 360 : Vous êtes compositeur, artiste sonore et vidéaste établi à Montréal. Comment décririez-vous votre démarche artistique? 

Pierre-Luc Lecours : J’évolue principalement dans les scènes de musique électronique contemporaine. Au cours des dernières années, j’ai beaucoup travaillé dans les réseaux des arts numériques, au Canada, en Europe et en Asie, notamment dans des festivals comme MUTEK ou Elektra, où la musique électronique dialogue constamment avec l’image. 

Mes projets prennent différentes formes : performances audiovisuelles, installations ou créations où le son et l’image sont générés en temps réel. J’ai notamment un projet très actif avec la saxophoniste baryton et compositrice Ida Toninato, intitulé Homeostasis. J’y joue du synthétiseur modulaire pendant que la vidéo réagit directement aux sons produits sur scène. 

Parallèlement, j’écris aussi pour des instrumentistes dans des contextes de musique contemporaine. J’ai récemment terminé un doctorat consacré à l’interprétation et à la notation du synthétiseur modulaire. Cet instrument peut prendre tellement de formes différentes que je me suis demandé : comment l’interprète-t-on? Comment écrit-on pour lui? Qu’est-il réellement possible de noter? Cette recherche a mené à la création de l’Ensemble modulaire, avec lequel je présenterai les concerts du Festival. 

PAN M 360 : Votre projet Homeostasis connaît d’ailleurs un beau parcours. 

Pierre-Luc Lecours : Oui, nous le présentons depuis 2023. Nous l’avons joué plus d’une vingtaine de fois au Canada, en Europe, en Asie et en Amérique du Sud. Notre prochain spectacle montréalais aura lieu à la SAT en octobre, avant une nouvelle tournée qui nous mènera notamment au Royaume-Uni et en Finlande. En parallèle, nous développons déjà notre prochain projet, prévu pour 2027. 

PAN M 360 : Je viens d’une formation très classique et, avant de préparer cette entrevue, je connaissais très peu le synthétiseur modulaire. Comment définiriez-vous cet instrument? 

Pierre-Luc Lecours : C’est un instrument non standardisé. Contrairement à un violon ou à un piano, chaque synthétiseur modulaire est différent puisque c’est le musicien qui choisit les modules qui le composent. 

J’aime faire le parallèle avec les percussionnistes. Un percussionniste apprend à jouer de plusieurs instruments très différents. Le synthétiseur modulaire fonctionne un peu de la même manière : il peut produire des mélodies, des rythmes, des textures, des drones ou encore des sons très proches de la musique électronique. Tout dépend de la manière dont il est construit. 

Chaque module possède une fonction particulière et tous sont reliés entre eux par des câbles. On fabrique ainsi un instrument entièrement adapté à son langage musical. 

PAN M 360 : Malgré toute cette maîtrise technique, est-ce un instrument qui continue de vous surprendre? 

Pierre-Luc Lecours : Oui, constamment. Même lorsque je joue une œuvre que je connais très bien, de nouvelles possibilités apparaissent. 

Tous les paramètres du son sont accessibles en permanence. Il suffit parfois d’une combinaison différente entre deux modules pour découvrir une nouvelle couleur sonore. 

C’est ce qui rend l’instrument passionnant, mais aussi exigeant. Comme il est analogique, il ne réagit jamais exactement de la même façon. Il possède presque sa propre personnalité. 

PAN M 360 : Vous expliquiez également qu’il fallait parfois le réaccorder pendant un concert. 

Pierre-Luc Lecours : Oui. Les oscillateurs analogiques sont sensibles aux variations de température, un peu comme les instruments à cordes. Pendant les concerts des Îles du Bic, nous jouons avec un la à 442 Hz. Je dois donc parfois réaccorder mon instrument en pleine représentation. 

PAN M 360 : L’une des œuvres que vous présenterez sera In C de Terry Riley. Pourquoi ce choix? 

Pierre-Luc Lecours : Parce que cette œuvre se transpose remarquablement bien au synthétiseur modulaire. In C est construite à partir de cinquante-trois cellules musicales que les interprètes répètent avant de décider eux-mêmes du moment où ils passent à la suivante. 

Or, le synthétiseur modulaire travaille déjà naturellement avec des séquences répétitives. Cela nous laisse énormément d’espace pour transformer le timbre en direct. 

Nous pouvons passer d’un univers très harmonique à quelque chose qui rappelle presque la techno minimale allemande, tout en jouant exactement le même matériau musical. C’est une pièce qui semble avoir été écrite pour cet instrument. 

PAN M 360 : Vous respectez donc la partition, tout en conservant une grande liberté d’interprétation. 

Pierre-Luc Lecours : Exactement. In C est une œuvre ouverte. Les hauteurs peuvent changer d’octave, le tempo peut varier et l’instrumentation n’est jamais imposée. 

Toute la transformation des timbres nous appartient. Nous avons développé, au fil des répétitions, un véritable vocabulaire expressif qui n’est écrit nulle part dans la partition. 

Par moments, nous transformons complètement une cellule rythmique grâce à la réverbération ou à la granulation. Le rythme disparaît, devient une masse sonore, puis réapparaît progressivement. C’est là que notre part de création intervient. 

PAN M 360 : Vous avez dit quelque chose qui m’a beaucoup marquée : à un moment, on cesse de penser à la technique. 

Pierre-Luc Lecours : Je pense que c’est à ce moment-là qu’on transcende réellement l’œuvre. Lorsque les gestes techniques deviennent naturels, on peut enfin être entièrement présent dans le son, écouter son partenaire, réagir à ce qui se passe et simplement vivre la musique. 

C’est dans ces moments-là que l’on cesse de réfléchir à l’instrument pour devenir complètement connecté à la matière sonore. 

PAN M 360 : Pour un auditeur qui découvrira In C pour la première fois, sur quoi lui conseilleriez-vous de porter son attention? 

Pierre-Luc Lecours : Je lui dirais de ne pas chercher où la musique veut aller. Le minimalisme est une musique de l’instant. Il faut accepter d’entrer dans le voyage, observer les variations, les contrastes et la manière dont les formes apparaissent progressivement. 

Aux Îles du Bic, le public sera installé tout autour de nous et un dispositif lumineux accompagnera la musique. Nous avons conçu ces éclairages pour mettre en valeur certaines structures rythmiques et créer une véritable expérience immersive. 

PAN M 360 : Quels sont les prochains défis qui vous attendent? 

Pierre-Luc Lecours : Plusieurs projets verront le jour en 2027. Nous développons un nouveau spectacle avec Ida Toninato, toujours autour du synthétiseur modulaire et du saxophone baryton, mais dans un univers complètement renouvelé. 

Avec l’Ensemble Modulaire, nous souhaitons également revenir vers des créations davantage ancrées dans la musique électronique contemporaine. Enfin, je travaille sur un projet audiovisuel avec Julien Robert, de Vidéophase, qui réunira plusieurs écrans, des instruments et un important dispositif visuel. 

À travers ses recherches comme ses créations, Pierre-Luc Lecours démontre que le synthétiseur modulaire est bien plus qu’un simple outil électronique. Instrument vivant, imprévisible et profondément expressif, il devient entre ses mains un véritable partenaire de création. Avec In C, le public des Concerts aux Îles du Bic est invité non seulement à découvrir une œuvre phare du minimalisme, mais surtout à vivre une expérience d’écoute où le temps, la lumière et le son ne font plus qu’un.

Publicité panam

Tout le contenu 360

Concerts aux Îles du Bic | Pierre-Luc Lecours et l’Ensemble Modulaire : entre le son, l’image et l’instant 

Concerts aux Îles du Bic | Pierre-Luc Lecours et l’Ensemble Modulaire : entre le son, l’image et l’instant 

Concerts aux Îles du Bic | Andrea Stewart : « On est toujours en création »

Concerts aux Îles du Bic | Andrea Stewart : « On est toujours en création »

Concerts aux Îles du Bic | Chloé Dumoulin ose une nouvelle lecture de Chopin

Concerts aux Îles du Bic | Chloé Dumoulin ose une nouvelle lecture de Chopin

Lanaudière 2026 | Saskia Giorgini : le piano italien

Lanaudière 2026 | Saskia Giorgini : le piano italien

Lanaudière 2026 | L’extase romantique de Beethoven à Tchaïkovski : Veronika Eberle nous en cause

Lanaudière 2026 | L’extase romantique de Beethoven à Tchaïkovski : Veronika Eberle nous en cause

Concerts aux Îles du Bic – Audace et convivialité, sur les berges du Bas-du-Fleuve

Concerts aux Îles du Bic – Audace et convivialité, sur les berges du Bas-du-Fleuve

Domaine Forget 2026 | Kim Richardson parle de Duke Ellington… et d’elle-même !

Domaine Forget 2026 | Kim Richardson parle de Duke Ellington… et d’elle-même !

Lanaudière 2026 | Macbeth de Verdi et l’OM en clôture, le baryton Étienne Dupuis nous explique le tout

Lanaudière 2026 | Macbeth de Verdi et l’OM en clôture, le baryton Étienne Dupuis nous explique le tout

Domaine Forget 2026 | L’Orchestre national des jeunes du Canada selon deux interprètes

Domaine Forget 2026 | L’Orchestre national des jeunes du Canada selon deux interprètes

Nuits d’Afrique 2026 | Elida Almeida électrise le folklore capverdien

Nuits d’Afrique 2026 | Elida Almeida électrise le folklore capverdien

Concerts lyriques de l’ICAV| Le chef Julien Proulx nous prépare aux Contes d’Hoffmann

Concerts lyriques de l’ICAV| Le chef Julien Proulx nous prépare aux Contes d’Hoffmann

L’Orchestre du CNA au Domaine Forget : voyage entre musiques allemandes, britanniques et andines

L’Orchestre du CNA au Domaine Forget : voyage entre musiques allemandes, britanniques et andines

Nuits d’Afrique 2026 | Forro das Comadres : le Forro des femmes

Nuits d’Afrique 2026 | Forro das Comadres : le Forro des femmes

Lanaudière 2026 | Charles Richard-Hamelin et l’OSQ jouent Grieg dans une célébration nordique

Lanaudière 2026 | Charles Richard-Hamelin et l’OSQ jouent Grieg dans une célébration nordique

Lanaudière 2026 | Une Vie de héros par Payare et l’OSM, Les Nuits d’été de Marie-Nicole Lemieux

Lanaudière 2026 | Une Vie de héros par Payare et l’OSM, Les Nuits d’été de Marie-Nicole Lemieux

Lanaudière 2026 | L’OSM et Rafael jouent Chostakovitch et Gabriela Ortiz avec Alisa Weilerstein

Lanaudière 2026 | L’OSM et Rafael jouent Chostakovitch et Gabriela Ortiz avec Alisa Weilerstein

Nuits d’Afrique 2026 | Azara, la voix du flamenco qui s’enracine à Montréal

Nuits d’Afrique 2026 | Azara, la voix du flamenco qui s’enracine à Montréal

Nuits d’Afrique | Chris Combette, richesse et fluidité guyanaises

Nuits d’Afrique | Chris Combette, richesse et fluidité guyanaises

Lanaudière 2026 | De Carmen à Gershwin, un voyage de l’OSM et du maestro français Stéphane Denève

Lanaudière 2026 | De Carmen à Gershwin, un voyage de l’OSM et du maestro français Stéphane Denève

Nuits d’Afrique 2026 | Le balafon virtuose de Seydou Diabaté, au coeur du Kanazoé Orkestra

Nuits d’Afrique 2026 | Le balafon virtuose de Seydou Diabaté, au coeur du Kanazoé Orkestra

Nuits d’Afrique 2026 | Somos Más, des harmonies au féminin pluriel

Nuits d’Afrique 2026 | Somos Más, des harmonies au féminin pluriel

Domaine Forget 2026 | À la découverte de La Bella Incognita

Domaine Forget 2026 | À la découverte de La Bella Incognita

Nuits d’Afrique 2026 | Le peuple de Guinée représenté par son État pour un hommage au « Baobab de nuit »

Nuits d’Afrique 2026 | Le peuple de Guinée représenté par son État pour un hommage au « Baobab de nuit »

Lanaudière 2026 | Avi Avital et I Musici, une rencontre musicale sous le signe de la découverte selon Julie Triquet

Lanaudière 2026 | Avi Avital et I Musici, une rencontre musicale sous le signe de la découverte selon Julie Triquet

Inscrivez-vous à l'infolettre

Inscription
Infolettre

« * » indique les champs nécessaires

Type d'abonné