L’opéra ne naît pas uniquement sur les plus grandes scènes internationales. Il se construit dans ces lieux où de jeunes artistes apprennent à façonner leur identité musicale, à affiner leur présence scénique et à se mesurer aux exigences d’un répertoire complexe. Ce jeudi 9 juillet à la salle Claude-Champagne, c’est précisément ce que proposait le concert lyrique de l’Institut canadien d’art vocal (ICAV), une soirée consacrée entièrement aux artistes de sa cohorte de l’été 2026.
Réunissant exclusivement de jeunes chanteurs en formation, dont les deux metteuses en scène Sara Deambrosis-Larcher et Chloé Lagacé , accompagnés par des musiciens invités pour l’évènement sous la direction de Simon Charette, le programme parcourait près de deux siècles de répertoire, de Mozart à Offenbach, en passant par Rossini, Verdi et Puccini. L’exercice était ambitieux : passer d’un style à l’autre exige autant de maîtrise vocale que d’intelligence musicale.
Si la qualité demeurait au rendez-vous malgré un départ en demi-teinte, les conditions d’apprentissage de ce Gala d’opéra impliquaient forcément les communications de l’équipe technique en temps réel, particulièrement audibles dans le fond de la salle. D’où ce côté chantier que le public doit accepter dans ce contexte d’apprentissage.
À la tête de l’ensemble, Simon Charette a proposé une direction souple, privilégiant l’écoute des chanteurs avec un geste favorisant la respiration. Bien que plusieurs décalages ponctuels et certains équilibres orchestraux auraient parfois gagné à être davantage stabilisés parallèlement à des soucis d’intonation du côté d’Alfredo en ouverture de soirée.
Les œuvres de Mozart comptaient parmi les moments les plus aboutis de la première partie. Les extraits des Noces de Figaro, de Don Giovanni et de La Flûte enchantée témoignaient d’un réel souci stylistique, porté par une diction soignée, une ligne vocale élégante et une belle homogénéité des ensembles. La Comtesse se distinguait notamment par la qualité de son legato et la maîtrise de ses grands intervalles.
Au fil de la soirée, le concert a pris véritablement son envol. À mesure que le programme avançait, les interprètes semblaient gagner en confiance et en liberté. Les entrées et sorties devenaient plus naturelles, les interactions entre partenaires plus spontanées et la présence scénique plus affirmée. Peu à peu, l’interprétation prenait le pas sur la prudence, donnant davantage de relief aux œuvres présentées.
Les extraits de La Bohème illustraient déjà cette évolution. La Mimi séduisait par la richesse de son timbre et la chaleur de son interprétation, tandis que Rodolfo abordait avec assurance une partition exigeante. Leur duo trouvait progressivement un équilibre convaincant, tant sur le plan musical que dramatique.
Chez Rossini, Rosina faisait valoir un sens du théâtre naturel et une présence scénique particulièrement efficace, alors que Figaro imposait une énergie communicative parfaitement adaptée à l’esprit de l’œuvre. Les pages de Verdi révélaient également de belles qualités vocales, malgré quelques passages où une mise en place plus précise entre les chanteurs et l’orchestre aurait renforcé l’ensemble.
C’est toutefois avec Offenbach que cette progression est apparue avec le plus d’évidence. Plus détendus, plus joueurs et manifestement plus confiants, les chanteurs semblaient pleinement investis dans leurs personnages. Les échanges gagnaient en fluidité, les intentions dramatiques devenaient plus naturelles et le plaisir de jouer ensemble transparaissait enfin. Cette montée en assurance constituait sans doute l’un des aspects les plus intéressants de la soirée, le public ayant le privilège d’assister, presque en temps réel, à l’évolution artistique des vingt stagiaires de cette nouvelle cohorte.
En proposant à ces jeunes chanteurs d’aborder un répertoire aussi exigeant dans des conditions rigoureuses, l’ICAV confirme une fois de plus son rôle essentiel dans le développement de la relève lyrique canadienne. Plus qu’un simple récital, cette soirée a permis d’observer des artistes en pleine construction, dont la confiance a grandi pendant un seul concert. Une évolution particulièrement encourageante, qui laisse entrevoir un avenir prometteur.























