Souldia : réflexions à l’arrière-scène

Entrevue réalisée par Alain Brunet

Figure incontournable du rap keb, Kevin Saint-Laurent était tombé dedans au tournant de la puberté. Dès lors, Souldia avait fait mijoter ses premières potions gangsta, tout en traversant des épreuves peu communes, de la petite délinquance à l’incarcération. Aujourd’hui, son bagage hip hop dépasse deux décennies, notre miraculé social n’a cessé d’enregistrer depuis 2009. Conçu autour de récits inspirés de l’existence vécue hors scène, le tout frais Backstage paraît sous étiquette 7ième Ciel. Conjoncture oblige, le rappeur doit rester confiné à l’arrière-scène… et nous parler au téléphone.

Genres et styles : hip-hop / rap keb

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Souldia est joint dans la grande région de Québec. Originaire du quartier de Limoilou où il a jadis fait les 400 coups, Kevin Saint-Laurent coule des jours heureux en périphérie de la capitale.

« Ma maturité d’homme, ma recherche musicale, mes choix de collaboration sont les principaux indices de mon évolution récente. Au milieu de la trentaine, je n’écris certainement pas les mêmes textes qu’il y a dix ans. Mon mode de vie a changé, je suis rendu à un âge (35 ans) où l’on se demande si les choix faits dans le passé ont été les bons. Je ne peux pas changer le passé, mais je pourrais faire mieux dans l’avenir. »

L’approche de Souldia reste la même malgré l’expérience acquise, en témoignent les 18 chansons au programme de Backstage.

« Ce que je fais encore maintenant, c’est du rap réalité à 360 degrés. Je m’inspire de la vie, la mienne et celle des gens qui m’entourent. Ça peut provenir d’une simple conversation téléphonique. »

Des exemples?

« Interprétée avec Eli Rose, la chanson Backstage incarne le concept de l’album : derrière les rideaux de scène, aussi derrière les rideaux de ma vie. Je raconte ma vision des choses, en tournée, de ville en ville. Je confie mon souci de garder ma famille unie à travers tout ça. J’aime emmener les miens avec moi en tournée, leur faire vivre cette expérience. Ma femme est agente immobilière de profession, elle m’aide quand même beaucoup sur le plan artistique. Ses avis comptent dans mes choix, elle a une très bonne oreille musicale. »

Si l’on s’en tient au texte de Magnifique, le paternel de Kevin n’était pas un ange, mais son âme blessée portait assez de bonté et de charisme pour susciter l’admiration filiale.

« Mon père était mon meilleur ami. Il est décédé en 2012, ça fait donc huit ans que je songe à faire cette chanson. Jusqu’à récemment, je n’avais trouvé ni les mots ni la musique, je ne savais pas par où commencer, je devais vraiment réfléchir à la manière dont je pourrais parler de lui. C’était délicat. On a moins de trois minutes pour faire le travail! Finalement, je raconte son histoire tout en donnant l’impression que je parle de moi-même. Au refrain, on se rend compte que c’est de lui dont il est question. »

La plus grande star du rap keb a aussi mis l’épaule à la roue :

« Je n’avais jamais fait de chansons avec Loud, ça faisait longtemps que j’en avais envie. On savait que le jour où lui et moi ferions un morceau ensemble, ce serait explosif. Rêve de jeunesse sera utile pour nous deux au cours des dix prochaines années! »

D’autres pointures ont participé, fait observer leur employeur :

« Nouveau Soleil réunit Eman, d’Alaclair, et FouKi, qui sont des artistes très talentueux, qui peuvent nous emmener sur leur propre planète. J’ai donc créé une chanson avec eux pour faire voyager mon public à leurs côtés. »

Très souvent, les albums hip hop impliquent des invitations d’artistes confirmés mais aussi des recrues de choix… et de vieux potes.

« Every Day a été faite avec White-B, avec qui j’ai travaillé sur ma chanson Le Bonheur des autres. J’avais encore envie d’un tête-à-tête avec cet artiste que je respecte beaucoup et qui, je pense, deviendra important au cours des années à venir. Enregistrée avec Tizzo, Mega Mulla est l’une de mes chansons préférées de l’album. Tizzo est aussi un artiste à suivre de près. Enregistrée avec les Sozi (les jumeaux Pelletier) avec qui j’ai appris à faire du rap, Joyeux Noël marque mon appartenance au quartier Limoilou. »

Hormis toutes ces apparitions de rappeurs kebs, on observe dans Backstage une dose importante de rap hexagonal :

« Rouge Neige met en scène les Français Sinik et Seth Gueko, auxquels s’est joint le Québécois Rick Pagano. Je suis fier d’avoir Sinik pour partenaire, je collabore avec lui depuis trois ou quatre ans, il m’a d’ailleurs invité à Paris pour le lancement de son album à La Cigale. En France, Sinik m’a présenté à Seth Gueko, aussi un pilier de la scène rap là-bas. Et puis j’ai moi-même mis la main à la pâte pour la réalisation du morceau. S’est joint Rick Pagano, ancien candidat de La Voix, aussi un gars de Québec, on est devenu de bons amis. Ainsi, j’ai réussi à créer ce mélange de Français et Québécois, car nos racines rap sont les mêmes. »

Souldia a travaillé cette fois avec une cohorte de beatmakers, les principaux sont cités par notre interviewé, auxquels s’ajoutent Oni, Ajust, Realmind, Toosik, DJ Manifest, Major :

« Avec Farfadet et Christophe Martin, je travaille depuis longtemps et ils sont toujours à mes côtés. Ruff Sound est de retour pour le morceau avec Loud – Rêve de jeunesse. Ruff Sound est une pointure, il a beaucoup travaillé avec Loud, il m’était aisé d’unifier tout ça sur la toune Rêve de jeunesse. Koudjo et Dfresh ont travaillé sur SKRAB, ils sont d’excellents beatmakers québécois qui ont d’ailleurs travaillé sur des tubes de rap français. »

Parmi les artistes les plus prolifiques de la scène rap keb, Souldia souhaite éviter toute redondance :

« Je n’aime vraiment pas rester dans le même créneau, répéter les mêmes flows de mes albums précédents. C’est d’ailleurs pourquoi j’écoute aussi des musiques différentes du hip hop… qui est l’une des seules musiques qui puisse se mélanger avec n’importe quel autre genre musical. À l’intérieur du hip hop, j’aime aussi les mélanges : hard rap, afro-trap, boom bap à l’ancienne, scratches de mon ami DJ Fade Wizard.

« Au final, c’est plus que du rap. »

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