Jorge Drexler est Uruguayen. Depuis trente ans, il vit en Espagne tout en revisitant souvent l’Amérique du Sud. Il est un des grands inventeurs du nouveau courant de chanson alternative en espagnol, qui a pris naissance au début des années 2000 et qui a, par la suite, explosé dans la planète hispanophone.
Taracá est le quinzième opus de Drexler et il s’agit de son album le plus uruguayen. On y entend une célébration de la diversité de ce minuscule pays, voisin de l’Argentine, en intégrant notamment le candombe, un style percussif issu de l’importante minorité africaine de l’Uruguay.
Sur la pièce Ante la Duda, Baila (Devant le doute, danse), Drexler raconte comment des styles comme le candombe, le tango et, plus tard, le reggaeton, ont été interdits par les élites régnantes de ces époques. Il nous invite à la danse, en cette époque de polarisation politique incertaine.
Drexler aborde très subtilement les enjeux sociaux et politiques. Dans Hay Alguien A.I., il dialogue avec l’intelligence artificielle, en tentant de savoir si l’intérieur de ses composantes contient des émotions. « Ahi » signifie « là-bas » ; A.I » est Artificial Inteligencia. Jeu de mots.
Dans cet album, Drexler est accompagné par beaucoup de monde: le groupe Rueda de Candombe, la chorale Falta Y Resto, le guitariste de tango Julio Cibelli, et Americo Young, tous des Uruguayens. Mais aussi la rappeuse portoricaine Young Miko, l’Espagnole flamenca Angeles Toledano et la Catalane Merixtell Nedderman, qui interprète la magnifique balade Amar Y ser amado, avec Drexler, sur des arrangements brillants par leur simplicité. Plusieurs de ces artistes valent la peine d’être explorés. Jorge Drexler est un équivalent latin de Paul Simon, qui aime que sa musique soit transformée par des collaborations parfois surprenantes.
Taracá est une pierre de plus dans l’édification de ce qu’on peut qualifier d’œuvre musicale sur plus d’une trentaine d’années. À chaque création, Jorge tente toujours d’expérimenter. Salvavidas de Hielo (2017) était entièrement constitué de sons de guitares, percussions incluses. 12 Secundos de Oscuridad (2006) était largement folk-électronique, avec des influences tango. Bailar en la Cueva (2014) a été entièrement enregistré en Colombie, avec des musiciens locaux. Drexler est un explorateur. Notez toutefois qu’on le reconnaît à chaque chanson; il possède une cohérence mélodique, malgré toutes ses aventures musicales.
À mon avis, Drexler est un mélodiste et un poète plutôt exceptionnel. Et dire qu’il avait complété ses études en médecine; mais l’artiste en lui a pris le dessus, pour le malheur des Uruguayens malades et pour le bonheur de milliers d’amateurs de musique populaire hispanique intelligente.
Remarquez: Jorge Drexler a ses détracteurs. Parmi eux, une amie de Montevideo ainsi qu’une amie mexiquoise. Peut-être à cause de sa voix de ténor ?
Pour ma part, je vous recommande chaudement d’écouter Taracá et de vous plonger dans la discographie Drexlérienne ! Vamonos !






















