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Violett Pi se pète un trip. Douze ans après la sortie de son premier album, eV (2013), il le dépoussière et prend la grande route pour le (re) présenter dans son intégralité. Ça se passe dans plusieurs salles du Québec, parmi elles, le Café Campus, où il était le 12 novembre dans le cadre de Coup de cœur francophone. Gros plan sur sa démarche artistique qui fait vibrer la contre-culture québécoise depuis près de 15 ans.
PAN M 360 : Ça serait quoi ta définition de penser en dehors de la boîte, ou faire de la musique expérimentale ? C’est quoi pour toi faire de la musique qui sort des sentiers battus ?
Violett Pi: Ok ben, faire de la musique qui sort des sentiers battus ça serait une affaire, et faire de la musique qui expérimente ça serait une autre affaire, pour moi. C’est plus une question philosophique, que quelque chose de matériel. Je ne pourrais pas te dire « ça c’est vraiment expérimental pour toujours ». Y’a des trucs expérimental qui sont plus expérimental dans deux ans, parce que là, tout le monde se met à faire ça. Faque je sais pas trop c’est quoi exactement, mais je trouve qu’au Québec on expérimente pas beaucoup, ça c’est sûr !
PAN M 360 : À la lumière de tout ça, toi ta musique, tu la considères comment ?
Violett Pi: C’est un melting pot de clichés, d’expérimentation, puis de processus. Je pense que je me perds beaucoup dans le processus des choses. C’est rare que j’arrive avec une idée claire. C’est plus je fais des trucs pis je deviens ce que je fais pis je fais ce que je deviens pis ça fait une boule pis un moment donné ça grossit. Marie Curie, mettons, quand je l’ai commencé je voulais faire comme une blague, un peu comme François Pérusse. Mais là j’ai fait, ah y’a comme quelque chose de sensible là-dedans, je l’ai ralenti, pis c’est devenu une toune d’amour, qui est dark. Le moment où je sors du sentier battu, c’est que je suis un peu ludique, en racontant quelque chose d’assez triste et profond dans l’affaire. J’essaie de faire du take a sad song and make it better.
PAN M 360 : Ce n’est pas la majorité des artistes qui font des mélanges stylistiques comme les tiens. Y a-t-il de la place pour ces affaires-là au Québec?
Violett Pi: Oui, moi je pense que les gens sont capables d’en prendre vraiment beaucoup, mais y’a un genre de retenue étrange. L’authenticité c’est être quelqu’un de normal qui fait des trucs plats. Ça c’est être authentique. Mais tu peux être extravagant et faire des trucs fous et être authentique! Ce n’est pas vu comme ça.
Faut que tu sortes les gens de chez eux, bin qu’ils sortent de chez eux parce que tu ne peux pas vraiment les sortir de chez eux à moins d’être une police, mais même à ça, faut qui sortent de chez eux, pis quand y sont dans un endroit neutre, comme une salle de spectacle, pis qui se retrouve devant un truc, pis qui ne pensent pas à tout le paradigme qui se sont construits, pis qui sont juste devant un spectacle, sont vraiment capable d’en prendre beaucoup. Des fois le monde a peur de paraître bizarre s’il écoute quelque chose de bizarre, mais moi, je suis convaincu que tout le monde est capable d’en prendre beaucoup.
PAN M 360 : Tu joues beaucoup autant avec les progressions d’accords que les changements de rythme. Tu joues avec les styles. Dans Aubade Juvénile, tu fais quasiment une suite baroque pour clavecin. Qu’est-ce qui te motive à faire aussi compliqué? Qu’est-ce qui te drive à écrire de même?
Justine Charland: Pour être franc je ne trouve pas ça compliqué. En fait pour vrai en général je vais plus simple que ce j’aimerais. Je fais ça pour moi, mais à un moment donné je me dis, y’a pas juste moi qui va l’écouter. J’essaie que ça soit compréhensible.
PAN M 360 : C’est intuitif ?
Violett Pi: Oui oui, je le feel. Une idée ce n’est pas : « ah oui j’ai une idée ! ». Non, ça te frappe, ça te traverse comme une flèche, là tu fais comme « oui c’est ça! » pis tu y vas, tu le fais. T’es frappé par une idée : un éclair. On ne se dit pas : « elle va m’arriver… » Oui elle va t’arriver, mais c’est comme la phrase, l’inspiration va arriver, mais elle doit te trouver au travail, ça c’est Picasso qui disait ça. Tu travailles tout le temps pis parfois l’inspiration va te passer dedans pis là ça va sortir. Si tu ne travailles jamais, que tu ne fais jamais rien, ben l’inspiration ne va pas venir te voir.
PAN M 360 : Ta musique, je la trouve drôle, humoristique, absurde, mais néanmoins elle va chercher des thématiques assez sérieuses, elle a des arrangements dark à la fois, ce qui rend tout ça plus crédible. Il y a de la crédibilité et de la sensibilité dans ta musique. C’est quoi ce réflexe d’amener d’aussi gros contrastes ?
Violett Pi: C’est ma personnalité, je pense je suis comme ça dans la vie. Je suis capable d’éclater de rire quand je pleure. Il y a aucun de mes trucs qui se mélangent, mais il y en a à l’infini, c’est plein de lignes, en ligne comme ça, de loin elles ont l’air mélangé, mais plus tu te rapproches plus tu vois que je c’est précis. C’est super cartésien, mais tellement compliqué, que ça a l’air d’être n’importe quoi mêlé, mais si tu te rapproches vraiment pis tu portes attention, c’est plus de la folie lego que du n’importe quoi. C’est plus un vrai délire. C’est solide comme délire quand même.
PAN M 360 : De cette folie-là, et on parlait de la retenue du Québec, il y a des thématiques que t’abordes, genre, le corps, la santé mentale, la mort. Ça déroge beaucoup des chansons d’amour, de beuveries, de ci ou de ça, qu’on retrouve plus souvent. Est-ce que t’as l’impression qu’en le faisant, t’ouvre une porte ? Que tu dis : « hey la gang, on peut parler de ça aussi » ?
Violett Pi: Pour être franc je ne me pose pas la question. Avant de vouloir changer les choses faut peut-être que tu te demandes si les choses ont envie de changer. Je pense qu’au Québec les gens pensent que le patrimoine, c’est quelque chose qui est déjà installé, qui est là et qu’y faut pas qu’y changent alors qu’il faut que tu crées du patrimoine. En étant ce que t’es au moment où t’es, à la place où t’es, en te posant pas de question, t’es en train de créer tout ça. Faque ce que j’espère en faisant tout ça, c’est qui ait un petit québécois, une petite québécoise, un.e iel québécois.es, qui veulent faire quelque chose. Qui trouve ça, et que ça l’allume et qu’iels partent dans une direction pas possible. Mon but, c’est que quand t’écoutes mon affaire, tu sais pas elle est où la limite, et c’est pas grave, je pense c’est ça le point.
Ça doit être parce que je suis un existentialiste, c’est juste ça c’est ma personnalité. Je ne vois pas ce qui a d’autres comme vraies questions dans vie à part la mort, l’amour, je ne sais pas le sexe pis tous ces trucs-là qui sont là. Je n’ai pas de tabou là-dessus, moi, je m’en fous à la limite. Dans mes tounes, je ne fais pas semblant que je ne comprends pas. Si je sais quelque chose, je ne ferai pas semblant que je ne sais pas.
PAN M 360 : À quand un prochain album ?
Violett Pi: Je serais supposé en avoir un en avril. Je sais pas, en fait, je prends beaucoup mon temps parce que j’aime avoir un recul. Baloney quand je l’ai fini, pis que je le réécoute, j’ai trouvé et je trouve qu’il est extrêmement complet, pis ça marche. Là celui que je vais sortir là j’en ai aucune idée, il est trop proche de moi pour que je le vois, peut-être que je me tire une flèche dans le pied en faisant ça, mais anyway hein, c’est mon pied! Je sais pas j’ai un peu peur quand même. Mais se casser la gueule en musique, c’est vraiment pas si pire. « On aime pas tes tounes! » « Ok! ». Je suis pas parti à la guerre et je reviens jamais, j’ai juste fait 4 mauvaises tounes c’est pas la fin du monde.























