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Est-il besoin de souligner que les arts que maîtrisent aujourd’hui les Premières Nations dépassent de loin l’expression de leur patrimone ancestral ou de leur adaptation moderne à l’esthétique americana, plus précisément, country, folk ou rock. Des artistes de tous genres émergent et brillent, le chant lyrique n’y fait pas exception.
C’est pourquoi PAN M 360 accorde ici une place importante à la soprano innue Élisabeth St-Gelais, soliste invitée par les Violons du Roy sous la direction de Jonathan Cohen, soit pour l’interprétation de trois arias du compositeur allemand de la période baroque, Christoph Willibald von Gluck (1714-1787).
Comme l’a déjà souligné le respecté et non moins estimé Florent Vollant à un Gala de l’ADISQ (lorsque fut inaugurée une catégorie autochtone), cette artiste n’a pas été invitée à ce programme prestigieux par rectitude politique, mais bien parce qu’elle est tout simplement excellente !
Elisabeth St-Gelais mène aujourd’hui une carrière internationale, voyez son parcours à tout le moins éloquent :
Innue de la communauté de Pessamit (près de Baie-Comeau), élevée en majeure partie au Saguenay, elle est titulaire d’une maîtrise de l’Université McGill – programme « Voice and Opera ». Son grand talent lui valut d’être la grande gagnante de la prestigieuse compétition Wirth Vocal Prize ainsi que du premier prix des 19 à 30 ans au Concours du Canada CANIMEX 2022. En 2023, elle remportait le Prix d’Europe au Conservatoire de Musique de Montréal. La même année, elle gagnait aussi le premier prix ainsi que le prix du public au Canadian Opera Company Centre Stage Competition, à Toronto. Nommée Révélation Radio-Canada Classique pour la saison 2023-2024, elle était sélectionnée en 2024 pour les régionaux du Met Laffont Opera Competition où elle raflait l’Encouragement Award. Engagée et responsable, chanteuse siège également au conseil d’administration du Conseil québécois de la musique depuis avril 2023.
PAN M 360 : Vous êtes un fleuron de la modernité autochtone, dont l’expression artistique est beaucoup plus diversifiée que ne le croient les gens. Bravo !
Elisabeth St-Gelais : C’est formidable de vous l’entendre dire! Si vous saviez à quel point, pour un artiste autochtone, ça fait plaisir.
PAN M 360 : Vous avez fait une formation classique occidentale, et on vous connaît pour votre interprétation classique, mais vous êtes aussi très enracinée et engagée dans votre culture ancestrale.
Elisabeth St-Gelais : Absolument. Donc moi, ma formation, en fait, moi, ce que je veux faire, puis je pense que les gens peuvent devenir un peu mêlés avec mon objectif. Cet objectif est très simple : être une chanteuse lyrique.
À travers ça, je suis une représentante des Premières Nations, des Métis et des Inuits du Canada, et donc les premiers peuples du Canada. J’ai une tribune, que je suis un peu connue dans le milieu de la musique classique. Si j’atteins mes objectifs et que ma carrière progresse, peut-être que mon rôle de représentante sera un peu plus évident.
PAN M 360 : Comme n’importe quel artiste du monde qui excelle dans le chant lyrique, vous ne vous limitez pas à votre culture, rien de plus normal.
Elisabeth St-Gelais : Absolument.
PAN M 360 : Forcément, vous devez maîtriser le grand répertoire. Et s’il y a des compositeurs autochtones, tant mieux. La renaissance de la culture autochtone est loin d’être terminée! Nous sommes encore à l’âge d’or du phénomène.
Elisabeth St-Gelais : Exactement. Et comme il se trouve de plus en plus de compositeurs.trices autochtones qui ont de plus en plus d’occasions de s’exprimer aussi, les collaborations sont envisagées à plus grande envergure. À l’ère de la vérité et de la réconciliation, les Autochtones s’émancipent dans toutes les sphères de la société actuelle. Donc c’est vraiment maintenant qu’on peut voir tout le potentiel des artistes autochtones.
PAN M 360 : Parlons de votre invitation chez Les Violons du Roy pour ce grand concert d’ouverture, à Québec comme à Montréal, sous la direction de Jonathan Cohen. Gros contrat!
Élisabeth St-Gelais : Oui en effet!
PAN M 360 : Dans ce programme, vous interprétez trois arias de Gluck, soit les arias WQ40, WQ45 et WQ44. Parlez-nous en!
Élisabeth St-Gelais : Bien sûr. J’ai d’abord eu des discussions avec Laurent Patenaude (codirecteur général et responsable de l’administration artistique des Violons du Roy), pour choisir le répertoire baroque pour moi qui fait davantage dans le romantique, car cet orchestre est spécialisé (surtout) dans cette période
On est donc allé avec Gluck, on a trouvé des extraits de trois opéras différents: Iphigénie en Aulide (WQ 40), Armide (WQ 45) et Alceste (WQ 44). Donc on aura l’interprétation de trois personnages forts à des moments charnières de chaque opéra.
PAN M 360 : Comment la préparation s’est-elle passée?
Elisabeth St-Gelais : Je reviens d’une répétition des Violons du Roy et j’ai été très impressionnée par l’ensemble et son chef extraordinaire, Jonathan Cohen. C’est sûr qu’après la répétition d’aujourd’hui, ça me donne encore plus d’inspiration. L’orchestre est extraordinaire. C’est une chance pour moi d’approfondir mon langage musical, de jouer avec des interprètes de ce niveau, puis avec ce calibre de chef-là comme M. Cohen. Oui, et le chant baroque est quand même différent du chant du 19e siècle.
PAN M 360 : La technique vocale est différente lorsqu’il s’agit de musique baroque. Expliquez-nous vos ajustements.
Élisabeth St-Gelais : Il y a plusieurs approches possibles, en fait. Nous sommes ici dans une approche un petit peu plus intellectuelle que d’ordinaire en ce qui me concerne, mais c’est quand même extrêmement passionné. ça m’a vraiment inspirée.
PAN M 360 : Hormis l’encadrement du chef Jonathan Cohen, avez-vous avez travaillé avec d’autres personnes pour vous adapter au chant baroque ?
Elisabeth St-Gelais : Oui, notamment avec Alexandre Dratwicki, directeur du Palazzetto Bru Zane à Venise, qui collabore régulièrement au Domaine Forget de Charlevoix. J’ai aussi travaillé avec ma coach Louise Pelletier et mon professeur de chant Stefano Algieri.
PAN M 360 : C’est quand même tout un mandat, trois arias de cette teneur. Gros contrat!
Elisabeth St-Gelais : Pas juste gros, surtout beau !
PAN M 360 : Projets à venir?
Elisabeth St-Gelais : Le mois d’octobre est très occupé! Il y aura le Festival Stella Musica le 17 octobre, à la Cinquième Salle de la Place des Arts. Il y aura ensuite l’ouverture de la saison de l’Orchestre de l’Agora, un récital au Théâtre du Lac-Brome avec Louise Pelletier, puis je partirai un moment à Berlin.
PAN M 360 : Les chanteuses lyriques, ça voyage!Elisabeth St-Gelais : Oui!
Salle Raoul-Jobin du Palais Montcalm, jeudi 9 octobre, 19h30. Infos et billets ICI.
Maison symphonique, vendredi 10 octobre, 19h30. Infos et billets ICI
Programme
J.-B. LULLY
Suite Le bourgeois gentilhomme
C.W. GLUCK
• Dieux puissants que j’atteste… Jupiter lance la foudre (Iphigénie en Aulide, Wq. 40)
• Ah ! Si la liberté me doit être ravie (Armide, Wq. 45)
• Ah, malgré moi, mon faible cœur… O Ciel ! Quel supplice, quelle douleur (Alceste, Wq. 44)
A. VIVALDI
Concerto pour violoncelle en do mineur, RV 401
J.S. BACH
Ouverture pour orchestre n° 3 en ré majeur, BWV 1068
Concert d’ouverture des Violons du Roy
PROGRAMME
J.-B. LULLY
Suite Le bourgeois gentilhomme
C.W. GLUCK
• Dieux puissants que j’atteste… Jupiter lance la foudre (Iphigénie en Aulide, Wq. 40)
• Ah ! Si la liberté me doit être ravie (Armide, Wq. 45)
• Ah, malgré moi, mon faible cœur… O Ciel ! Quel supplice, quelle douleur (Alceste, Wq. 44)
A. VIVALDI
Concerto pour violoncelle en do mineur, RV 401
J.S. BACH
Ouverture pour orchestre n° 3 en ré majeur, BWV 1068
SOLISTES
Elisabeth St-Gelais, soprano
Cameron Crozman, violoncelle
CHEF
Jonathan Cohen























