Quatuor Molinari | Nouvelle saison, nouvelle altiste, trois œuvres au premier programme

Entrevue réalisée par Alain Brunet

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Si vous avez visionné à la télé les funérailles nationales du grand sociologue Guy Rocher, vous avez  aussi vu et écouté le Quatuor Molinari, dont PAN M 360 couvre les activités musicales depuis les débuts de la plateforme. Les mélomanes seront encore  toujours au rendez-vous de cet ensemble excellent qui amorce le mardi 7 octobre sa saison 2025-26. Avec Olga Ranzenhofer, nous parcourons ce premier programme sous la bannière Passages, constitué des œuvres de Bartók, Chostakovitch et Boucourechliev. Nous parlons en outre de la nouvelle membre du quatuor, l’altiste Cynthia Blanchon et nous posons un regard sur la nouvelle saison qui s’amorce.

PAN M 360: Commençons par le renouveau. Vous atteignez la parité avec l’arrivée de l’altiste Cynthia Blanchon. Bravo! Pourquoi l’avez-vous choisie précisément? Quels sont ses atouts?

Olga Ranzenhofer: C’est à la suite de l’audition de plusieurs altistes que nous avons choisi Cynthia. Sa riche sonorité, son sens aigu du phrasé, sa grande musicalité et bien sûr sa grande maîtrise technique de l’alto nous ont convaincus qu’elle était l’altiste que nous recherchions. Elle possède aussi une grande expérience de musique de chambre.

C’est un grand bonheur pour moi d’avoir une autre femme dans le quatuor. L’atmosphère de travail est enjouée et on a tous beaucoup de plaisir à travailler ensemble. La venue de Cynthia donne un nouvel élan au Quatuor.

PAN M 360:  Pourquoi jouer un mardi en ouverture de saison?

Olga Ranzenhofer: Habituellement, nos concerts sont le vendredi soir, mais avec la venue de notre nouvelle altiste, on a dû changer car Cynthia était dans l’impossibilité de faire le concert à la date que nous avions prévue le faire. C’est aussi simple que cela! Les autres concerts seront de nouveau le vendredi soir.

PAN M 360: : Nous reviendrons plusieurs fois cette saison sur vos programmes 2025-26, mais peut-on parler d’un angle général pour cette 29e saison?

Olgan Ranzenhofer: Nous maintenons notre mandat de jouer les grandes œuvres des 20e et 21e siècles et de créer de nouvelles œuvres depuis nos débuts et cette saison n’y déroge pas! Notre premier concert présente des œuvres de deux des plus importants compositeurs pour quatuor du 20e siècle, Béla Bartók et Dimitri Chostakovitch qui ont écrit pas moins de 21 quatuors à eux seuls! C’est essentiel pour un quatuor de jouer ces œuvres, car elles sont à la base du répertoire du quatuor à cordes.

Nous devions jouer l’intégrale des quatuors de Chostakovitch en mai dernier mais les concerts ont dû malheureusement être annulés à la dernière minute. Nous sommes très heureux d’annoncer que nous ferons cette intégrale avec Cynthia en mai prochain. Nous avons aussi deux belles créations cet automne; Denis Dion a écrit Coin Darling pour nous, œuvre en hommage à Guido Molinari et nous créerons le premier quatuor de Blair Thomson Internesses en décembre. On va aussi terminer notre intégrale des quatuors de Philip Glass en février et les enregistrer pour ATMA.  Donc, continuité et nouveautés sont au menu de notre 29e saison.

PAN M 360: Le premier concert de la saison de votre série Vingtième et plus est intitulé Passages . Pourquoi?

Olga Ranzenhofer: Plusieurs raisons motivent ce titre. Premièrement il y a le passage du flambeau à notre nouvelle altiste. Deuxièmement, le 1er quatuor de Bartók représente le passage du post-romantisme au chemin de la modernité et les trois mouvements de ce quatuor forment un parcours étonnant, du désespoir à l’espoir, du chant funèbre à la danse hongroise. Enfin, la création en 1953 du 4e quatuor de Chostakovitch ouvre la voie à une plus grande liberté artistique avec la mort de Staline.

PAN M 360: : Parlez-nous du défi que pose le 4e quatuor de Chostakovitch, écrit pendant le régime stalinien et créé après la mort de Staline en 1953. Quels en sont les particularités? Comment l’avez-vous préparé cette fois?

Olga Ranzenhofer: Ce 4e quatuor a été joué lors du tout premier concert du Molinari en novembre 1997. Je joue ce quatuor depuis presque 30 ans maintenant et j’y découvre toujours quelque chose de nouveau. C’est le signe d’un vrai chef-d’œuvre! Bien sûr, on change notre interprétation au cours des années et c’est cela qui est extraordinaire avec la musique vivante. Elle se renouvelle toujours. La structure de ce quatuor est très classique tant par ses quatre mouvements que par la forme interne de ses mouvements. Le second mouvement est un petit chef-d’œuvre en soi avec son très touchant thème intime qui contraste avec le premier mouvement si orchestral. Le dernier mouvement est particulièrement incroyable avec sa longue montée en intensité. C’est toujours un grand bonheur de jouer cette œuvre.

PAN M 360 : Même question pour le 1er quatuor, opus 7, de Béla Bartók, « dont les trois mouvements forment un parcours étonnant, du désespoir à l’espoir, du chant funèbre à la danse hongroise. »

Olga Ranzenhofer: Ce quatuor nous fait parcourir toute une panoplie d’émotions. Les soupirs de désespoir du début se transforment au cours de l’œuvre en un retour à la vie puis à une joie de vivre avec des rythmes dansants. Les quatuors de Bartók représentent toujours un grand défi car tout est imbriqué et dépend de ce qui précède. L’œuvre est en accelerando constant,  il faut bien doser les tempos et les intensités pour pouvoir se rendre au bout de l’œuvre!

PAN M 360:  Pour compléter le programme, le Quatuor III du compositeur bulgare (naturalisé français) André Boucourechliev (1925-1997), œuvre écrite pour le Concours international de quatuors à cordes d’Évian de 1995. Pourquoi ce choix? Quelles en sont les particularités? De quelle façon l’abordez-vous?

Olga Ranzenhofer: Ce quatuor est très intéressant. Boucourechliev, qui était aussi musicologue et écrivain, a composé une trentaine d’œuvres. Ces trois quatuors offrent de grands défis aux musiciens car nous devons être plus que des interprètes… nous participons à plusieurs moments à la composition de l‘œuvre. Boucourechliev a créé des sections «ouvertes» dans lesquelles les musiciens doivent prendre des décisions quant au matériel à jouer, à l’ordre dans lequel le jouer, choisir les intensités et les vitesses. Tout cela doit se faire non pas par hasard, mais par une écoute attentive des autres voix et en suivant un fil conducteur. Nous créons une nouvelle œuvre chaque fois que l’on joue ce quatuor.

J’invite les mélomanes à écouter l’épisode intitulé «Passages» de notre balado «Le studio du Quatuor Molinari». L’animateur Jean Portugais accueille Cynthia Blanchon pour une entrevue et il présente les œuvres au programme du concert de mardi le 7 octobre.

PAN M 360: Comment l’expérience du Quatuor Molinari (et de votre fille Odile Portugais, soprano) a-t-elle été vécue aux funérailles nationales du sociologue Guy Rocher? Rappelez-nous vos choix d’interprétation!  

Olga Ranzenhofer: Guy Rocher était un grand bâtisseur du Québec moderne. Il était aussi un grand mélomane et un fidèle du Quatuor Molinari. À 98 ans, il venait encore à nos concerts!  Mon mari Jean Portugais l’a bien connu à l’Université de Montréal et nous avons été très touchés d’avoir été invités à le voir aux soins palliatifs au mois d’août. 

J’ai apporté mon violon et j’ai joué du Bach, du Handël et du Massenet pour lui. Suite à son décès, sa fille Anne-Marie m’a appelée pour demander au Quatuor Molinari de jouer lors de l’Hommage national en son honneur.

Nous avons choisi de jouer le premier mouvement du magnifique Quatuor no 2 du compositeur québécois Jacques Hétu et le premier mouvement du 1er quatuor de Chostakovitch, deux œuvres propices au recueillement. Une des pièces que j’avais jouée pour M. Rocher était Lascia ch’io pianga de Handël, qui est un air pour soprano. La famille voulait cette œuvre, alors on a demandé à Odile de la faire avec nous. On nous a aussi demandé de jouer la chanson connue de tous Adieu Monsieur le professeur, alors mon collègue Antoine Bareil a fait un arrangement pour voix et quatuor. Cela a été un moment très touchant à la toute fin de la cérémonie lorsque l’Ensemble vocal Katimavik, dirigé par Frédéric Vogel, a chanté le refrain et invité la foule à se joindre à nous.  

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