Pays : États-Unis Label : Universal Republic Records Genres et styles : pop Année : 2025

Taylor Swift – The Life of a Showgirl

· par Marilyn Bouchard

Taylor Swift domine encore une fois l’industrie musicale avec la sortie de The Life of a Showgirl, douzième album très attendu sur la planète pop. Celle qui vient de clôre la tournée de concerts la plus lucrative de l’histoire de la musique a travaillé avec les producteurs Max Martin et Shellback, ayant déjà collaboré pour Reputation, Red et 1989.

Voilà un bouquet de douze chansons avec lequel la star a acquis encore plus de maturité, et ce avec élégance.

Ayant fait le plein de paroles amoureuses, de mélodies accrocheuses et de refrains scintillants faisant sa signature, l’artiste y glisse également quelques rimes incisives et réflexions sur la pression de la célébrité et de l’industrie. 

«This album is about what was going on behind the scenes in my inner life during this tour, which was so exhuberant and electric and vibrant» annonçait-elle en parlant de son petit dernier, alors invitée au balado de son fiancé Travis Kelce.

Chose promise, chose dûe : clairement au sommet de sa forme artistique, Taylor livre la marchandise puisqu’on retrouve toutes ces caractéristiques dans ses nouvelles chansons.

L’album s’amorce avec The Fate of Ophelia, une pièce pop aux inclinaisons plus sombres où Swift entonne son sauvetage affectif par Travis Kelce « If you’d never com for me, I might have drowned in the melancholy » en laissant une mesure libre pour vivre le moment. Rejointe joliment par un piano dans le bridge, la pièce installe tout de suite la densité des atmosphères sonores et les inspirations mixtes. 

Vient l’autodérision dans  Elizabeth Taylor,  la parolière y transpose sa propre relation à la célébrité avec un refrain énergique aux arrangements faisant un joli clin d’œil à la décennie.

L’ode à l’amour naissant se poursuit sur la légère et entraînante Opalite qui nous offre un des plus efficaces ver d’oreille de l’album tout en nous laissant percevoir ses racines country. Father Figure se distingue en se réappropriant la mélodie originale de George Michael pour narrer l’histoire déchirante d’une protégée déloyale avec une touche d’humour – dans le même tiroir que Bad Blood et Vigilante Shit.

Eldest Daughter commence tranquillement au piano-voix pour nous parler de l’impossibilité de vivre la constante pression induite par sa personne surdimensionnée.  Dans All Too Well ou The Black Dog,  elle s’adresse à elle-même et s’avoue « I’ve been dying just from trying to seem cool ». Dans Ruin The Friendship, une pièce remplie de guitare folk et de soleil, elle se penche avec délicatesse musicale sur le sujet d’un ami décédé dramatiquement, avec qui elle n’a jamais osé suivre son cœur.

Arrive la solide Actually Romantic, la diss track officielle dont plusieurs disent qu’elle serait une réponse  à Sympathy is a knife de Charli XCX. La chanson commence à la manière d’un band rock (clin d’œil à The 1975?) et nous laisse entrevoir ce que pourrait être une Taylor alternative. Une des plus fortes pièces, remplie du son pop-rock du début des années 2000, effleurant Weezer et Fall Out Boys au passage. Wi$h Li$t, au flow ciselé où elle s’extirpe du stardom pour retrouver un foyer heureux, et la dansante Wood sur laquelle elle chante candidement sur le sexe et les superstitions avec la présence appréciée d’un riff de Jackson 5, clos tout de suite après la moitié célébratoire de l’album sur l’amour.

 Vient CANCELLED!, peut-être ou pas sur Blake Lively, une production polie dans  laquelle l’artiste nous sert la deuxième pièce à teinte sérieusement rock de l’opus pour défendre ses choix amicaux –  « I like ‘em cloaked in Gucci and in scandal / Like my whiskey sour, and poison thorny flowers ». 

Honey suit,  l’atmosphère sensuelle et le saxophone y préparent parfaitement pour la finale avec Sabrina Carpenter sur la chanson-titre The Life of a Showgirl. Il s’agit d’un avertissement sur la célébrité aux côtés de celle qui a ouvert The Eras Tour avec elle et qui s’est fait connaître sur YouTube avec des reprises de Taylor. Voilà un magnifique duo, qui pourrait être interprété comme un passage du flambeau. L’écoute se termine sur un enregistrement de Taylor quittant le public lors du dernier spectacle de sa tournée record.

Virage à 180 degrés par rapport à son album précédent rempli de chansons profondes et sombres sur la toxicité, ses deux relations brisées et ses insécurités, Taylor Swift revient en force avec un album léger, lumineux et enrichi par les perspectives nouvelles et le bonheur de l’amour retrouvé.

Bien que son plus court opus en carrière, les images fortes, la poésie aiguisée et la narration très personnelle si appréciée par les fans sont au rendez-vous. La production, concise et minutieuse, fait honneur au matériel tout en mélangeant les influences des années 80,  pop-rock, folk-pop, disco ou certains relents du dernier album d’Ariana Grande. Ça ne fait aucun doute : Max Martin demeure le roi incontestable de la pop moderne et Taylor, la reine qui ne se satisfait jamais longtemps d’une direction artistique.

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