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Pays : États-Unis / Mexique Label : American Line / Candlelight Genres et styles : black metal / folk / Premières Nations Année : 2020
Yaotl Mictlan

Tierra sagrada del Jaguar

· par Luc Marchessault

Un jour, le dieu Tezcatlipoca descendit d’une toile d’araignée accrochée au ciel et se posa à Tula. Il cacha ensuite son visage, se mêla à la foule et réussit à s’approcher de Quetzalcoatl, son frère, roi des Toltèques. Tezcatlipoca corrompit alors Quetzalcoatl en le saoulant au pulque et en lui montrant son visage amoché dans son miroir scintillant… C’est ce que nous raconte la formation black metal Yaotl Mictlan dans Tezcatlipoca – Espejo relumbrante, l’une des huit pièces de son nouvel album Tierra sagrada del Jaguar. Yaotl Mictlan – qui signifie « guerriers du royaume des morts » en nahuatl – fut créé dans un sous-sol de Salt Lake City en 1998 par deux frères d’origine mexicaine, Yaotl et Tlatecatl, émigrés aux É.-U. au début de l’adolescence. Tierra sagrada del Jaguar est leur troisième opus, après Guerreros de la tierra de los muertos (2006) et Dentro del manto gris de Chaac (2010).

Yaotl Mictlan combine ce dont les frangins Yaotl et Tlatecatl sont férus : culture préhispanique – notamment ses rituels, ses croyances et son mysticisme –, musiques aztèques et mayas, ainsi que black metal. « Si des groupes norvégiens conjuguent au black metal la mythologie et le paganisme scandinaves, pourquoi ne ferions-nous pas de même? », se sont un jour dit nos deux frères. Très peu de musiciens s’aventuraient alors dans ce créneau; quelques-uns ont suivi, comme leurs compatriotes mexicains d’Ahpuch Oztoc.

Yaotl cogne les peaux, Tlatecatl chante, Nahuali et Xolotl les accompagnent à la basse à la guitare. Ces artisans intègrent ingénieusement à leur fondement féroce des sons tirés d’une panoplie préhispanique comprenant divers instruments à vent et à percussion. Au début d’Entre lluvias fuertes retentit donc une corne au son ancien et lugubre, des accords arpégés de guitare, les crépitements d’un hochet, des hurlements à glacer le sang – proviennent-ils d’un homme, d’un jaguar ou d’une créature mi-homme, mi-jaguar ? – et des notes de flûte (d’os humain sans doute), avant que tonne l’artillerie black metal. Autre exemple, la pièce Buho lanzadardos – Entrada Teotihuacana avec son intro méso-américaine que suit un hommage furieux au chef « Hibou lanceur de javelines » (le Buho lanzadardos du titre), qui aurait régné une soixantaine d’années sur la ville de Teotihuacan.

Avec Tierra sagrada del Jaguar, Yaotl Mictlan nous propose une excursion mirifique en Méso-amérique métallique.

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