FIJM | Cumbia, chaos et résistance : Empanadas Illegales viennent faire grimper le thermomètre

Entrevue réalisée par Stephan Boissonneault

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Au milieu d’une mer d’artistes de jazz raffinés et de crooners chevronnés au Festival International de Jazz de Montréal cette année, Empanadas Illegales apporte une bouffée d’énergie brute et insurrectionnelle. Avec sa fusion de cumbia, de punk et de protestation politique, le groupe de Vancouver transformera son concert en plein air en un appel à l’action qui fera transpirer et danser. Avant leur performance explosive, nous nous sommes entretenus avec le groupe pour parler de ses racines, de son message et des raisons pour lesquelles faire du bruit – musicalement et socialement – est plus important que jamais. Après la sortie de son nouvel album, Sancocho Trifásico, le groupe a affiné son son et sa voix politique, en reprenant les thèmes de la migration, de l’identité et de la défiance populaire. Nous avons rencontré le groupe pour parler de son nouvel album, de ses racines musicales et de ce que signifie être « illégal » en 2025, avant qu’il ne joue au Jazzfest le 2 juillet.

PAN M 360 : Qu’est-ce qui a inspiré le titre Sancocho Trifiasco? Y a-t-il une histoire derrière ce nom ?

Daniel Hernandez : Le sancocho est un ragoût traditionnel latino-américain qui contient de nombreux ingrédients et saveurs, et en Colombie, il existe un type particulier appelé Sancocho Trifiásco, qui contient trois sortes de viandes différentes. Notre album y fait référence, car il a été enregistré en trois sessions différentes et contient une myriade de sons et de saveurs, à l’image de la soupe sancocho.

PAN M 360 : Oui, cet album ressemble à un ragoût sonore – chaotique, savoureux et stratifié. Comment avez-vous abordé le mélange de tant de genres (cumbia, psych, etc.) et de textures ?

Daniel Hernandez : Notre objectif est d’honorer nos racines folkloriques latino-américaines, mais aussi d’embrasser tous les nouveaux sons et styles musicaux modernes. Lorsque nous créons notre musique, nous voulons explorer différents sons tout en restant fidèles à nos racines. Ce type d’expérimentation nous a amenés à incorporer des synthés, des effets et des techniques ambiantes dans nos chansons, qui sont généralement guidées par le rythme et le groove. Nous voulons que les gens aient l’impression de danser sur quelque chose de familier, tout en ressentant la surprise de l’expérimentation dans notre son.

PAN M 360 : Il y a la piste vocale d’ouverture Suto Ta Kandá (de las 4 a las 12), pourquoi avez-vous décidé d’ajouter des voix et non pas tout au long de l’album ?

Daniel Hernandez : Suto Ta Kandá marque un tournant pour Empanadas Ilegales, car c’est le premier morceau où les voix occupent une place centrale dans notre musique. Il présente également notre nouveau collaborateur musical, le batteur et producteur Daniel Ruiz, qui fusionne son projet solo Druiz avec les contributions du multi-instrumentiste canadien Myles Bigelow et du Colombien Jerlin Torres Salgado de San Basilio de Palenque. Au cœur de cette chanson se trouve le palenquero, une langue afro-colombienne rare et historiquement importante, dont les racines remontent à la première ville africaine libre des Amériques. Cette chanson est peut-être l’une des toutes premières à être publiée au Canada avec du palenquero, ce qui en fait un moment musical et culturel vraiment unique. Suto Ta Kandá fusionne la musique folklorique colombienne traditionnelle avec des sons expérimentaux, jetant un pont entre le passé et l’avenir tout en amplifiant une langue et un héritage qui méritent d’être reconnus à l’échelle mondiale.

PAN M 360 : Il y a un fort sentiment de célébration et de résistance dans la musique. Quels sont les thèmes que vous avez voulu exprimer avec le plus de passion ?

Daniel Hernandez : Notre objectif est de rappeler à notre public le lien qui nous unit tous à la musique. La musique est inscrite dans notre ADN en tant qu’êtres humains, et lorsque nous partageons une expérience musicale, cela crée une connexion en nous. Notre objectif est de créer une connexion entre notre public et la musique, de danser et de s’amuser tout en laissant tous les soucis s’envoler pour un moment. La musique peut être une source de connexion, de construction de communauté et de liberté. Elle est libératrice et peut nous aider à renforcer nos liens en tant qu’êtres vivants. C’est pourquoi, lorsque nous jouons notre musique, notre objectif est de contribuer à créer un lien humain plus fort entre nous, tout en passant un très bon moment à danser et à apprécier la musique.

PAN M 360 : Comment la nourriture, le folklore et la communauté jouent-ils un rôle dans votre processus de création ? Votre nom à lui seul suggère quelque chose d’à la fois savoureux et radical.

Daniel Hernandez : Nous aimons tous la nourriture dans le groupe et nous y faisons beaucoup référence, haha. Nous utilisons également des contes folkloriques pour les noms de nos chansons et nous utilisons certains de ces noms pour nous rappeler des choses qui sont importantes pour nos cultures et la nourriture est généralement un bon point de départ. Par exemple, les empanadas ont des versions dans tous les pays d’Amérique latine et du monde (pensez aux pérogies ou aux boulettes) et nous pensons qu’il s’agit d’une ressemblance avec les diversités culturelles du monde entier qui devraient être embrassées. Nous sommes tous des empanadas, mais nous avons des garnitures différentes et nous pouvons tous vivre ensemble en harmonie avec nos petites différences.

PAN M 360 : Les empanadas ont-ils été illégaux à un moment donné en Colombie ou est-ce une connerie ?

Daniel Hernandez : Haha, oui. À Bogota, à une époque, les vendeurs ambulants étaient interdits, et certaines personnes ont donc commencé à vendre leurs empanadas dans la rue, et on les appelait les empanadas illégales.

PAN M 360 : Vos concerts doivent être sauvages et immersifs. Quelle est la réaction idéale que vous attendez du public ?

Daniel Hernandez : Notre objectif est de créer un environnement tellement insouciant et joyeux que les gens qui viennent au spectacle oublient tous leurs problèmes et se laissent aller sur la piste de danse, en dansant et en faisant partie de la musique avec nous.

PAN M 360 : Avez-vous collaboré avec d’autres artistes ou collectifs qui ont poussé votre son plus loin ? Quel est le lieu ou le concert le plus étrange que vous ayez jamais joué ?

Daniel Hernandez : Nous avons fait des collaborations très amusantes avec d’autres artistes. Par exemple, une fois pour Halloween, nous avons interprété une chanson des Spice Girls avec nos potes de NADUH. C’était une performance très épicée et amusante et nous avons plaisanté en nous appelant EmapaNADUHs. Hahaha, il se peut que nous y retournions et que nous essayions d’enregistrer la chanson ensemble, nous verrons bien. En ce qui concerne les endroits bizarres où nous avons joué, quelques uns me viennent à l’esprit… Un parking de centre commercial, un ancien entrepôt de banque, sur une scène avec un grand arbre qui pousse au milieu. Nous aimons jouer dans des endroits bizarres et espérons continuer à le faire.

PAN M 360 : Si votre musique était un plat, autre que des empanadas, quel serait-il et pourquoi ?

Daniel Hernandez : Je dois dire qu’un Sancocho serait une bonne option. Plein de saveur, beaucoup d’ingrédients, copieux, rassasiant, délicieux et nourrissant pour le corps et l’esprit.

PAN M 360 : Qu’espérez-vous que quelqu’un qui ne vous a jamais entendu retienne de cet album?

Daniel Hernandez : Nous espérons qu’ils se laisseront entraîner par les mélodies et les grooves et que cela leur donnera envie de venir nous voir en concert et de vivre l’expérience Empanadas Ilegales en personne. Notre musique est conçue pour être écoutée sur la piste de danse.

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