Le 10e album de Kurt Vile, Philadelphia’s Been Good To Me, est un hommage sincère à sa ville natale. Décrit par l’artiste lui-même dans le morceau « Chance to Bleed » comme du « rock ’n’ roll à l’ancienne, lo-fi et DIY », cet album évoque les Blundstones et les Camel Lights : c’est comme s’affaler dans une chaise de véranda usée aux côtés d’un vieil ami, une Miller High Life à la main, pour se remémorer le bon vieux temps. C’est la bande-son parfaite pour ces longues journées d’été qui s’étirent jusqu’aux soirées brumeuses : une rêverie nostalgique.
Je ne suis jamais allé à Philadelphie, mais l’affection que Vile porte à la ville me fait penser à ma propre ville natale. Sur Philly’s been good to me, il chante, sur fond de synthés des années 80 à la Springsteen et de guitares électriques twangy, les excentricités de la ville, comme le fait que « la rivière Schuylkill est polluée comme pas possible ». Mais ce sont rarement les défauts qui restent gravés dans nos mémoires. Ce sont plutôt la tendresse des vieux souvenirs et les personnes qui y sont liées. Ce sentiment est au cœur de cet album.
L’écriture de Vile est intemporelle et personnelle, à l’image d’un Lou Reed baigné de soleil. Le son oscille entre une ambiance joyeuse, décontractée et folk, et une atmosphère légèrement plus cliquetante et mélancolique, qui semble très authentique et aussi très douce-amère. La voix traînante de Vile flotte au-dessus de guitares acoustiques, de textures rock inspirées des années 70, de pianos mélodiques et de quelques touches de synthé. Le morceau Holiday OKV s’ouvre sur un refrain en couches qui rappelle presque une chanson d’Alex G griffonnée à la va-vite, à la fois enjouée et intime.
Philadelphie a été immortalisée par d’innombrables légendes de la chanson avant lui, qu’il s’agisse de Neil Young, de Springsteen ou d’Elton John, et Vile le reconnaît dans « You don’t know cuz it’s my life », en chantant : « Ils ne le savent pas, mais je t’aime toujours. » Il poursuit en s’adressant aux anciens habitants et aux héros locaux pour leur dire de « revenir quand vous le pourrez ». C’est cette prise de conscience poignante que, si ta ville natale reste la même, les personnes qui en faisaient un véritable foyer sont souvent parties ailleurs.
Pour moi, le morceau phare est le titre d’ouverture Zoom 97, une chanson pétillante sur les joies de la vie de famille. Le refrain en écho — « Smoke on my lips (yippp), I wrote a song, yeah » — reste immédiatement en tête, tandis que son chœur flottant « ah-ah-ah » dégage une impression d’insouciance et de légèreté.
À l’image de la ville qui l’a inspiré, Philadelphia’s Been Good to Me est un album patiné, charmant et plein de caractère. Plutôt que de mythifier sa ville natale, Vile en embrasse les imperfections, créant ainsi un album qui ressemble moins à une lettre d’amour à Philadelphie qu’à un rappel que nous portons tous en nous des fragments de notre chez-nous, où que nous allions.






















