Akousma | James O’Callaghan et Fear of the Dark, un soir d’Halloween électroacoustique

Entrevue réalisée par Alain Brunet

James O’Callaghan est sans doute l’un des compositeurs trentenaires les plus en vue de l’écosystème musical canadien. Ses œuvres sont très diversifiées, tant pour la lutherie utilisée que pour leurs référents, qui vont de l’électroacoustique à la musique contemporaine instrumentale en passant par l’IDM et le post-punk! Créature bien de son époque, James O’Callaghan est invité à Akousma ce vendredi pour y diffuser l’œuvre Fear of the Dark, qui n’a pas grand-chose à voir avec une chanson d’Iron Maiden qui porte le même titre. Quoique… il se pourrait que des sonorités un tantinet coriaces émaillent cette œuvre électro, un soir d’Halloween! Pour une première fois, PAN M 360 vient à la rencontre de ce prolifique et très doué compositeur canadien, originaire de Colombie Britannique et qui,  de nos jours, fait la navette entre Berlin et Montréal.

PAN M 360 : Vous êtes engagé dans différentes formes de compositions : électroniques, instrumentales, vocales, mixtes, même des formes proche du rock. Vaste programme  !   

James O’Callaghan : Je suis une personne curieuse et j’ai toujours voulu essayer de nouvelles choses. Je suis motivé par l’exploration, comme l’eau qui tricote sous une pierre pour trouver son chemin. Je ne m’attendrais pas, par exemple, à être intéressé à écrire pour des instruments classiques. Oui, un peu de tout. 

PAN M 360 : Vous avez été musicalement éduqué en Colombie-Britannique, soit à l’Université Simon Fraser pour des études électroacoustiques, après quoi vous êtes venu à McGill pour des études de maîtrise que vous avez complétées en 2014.  Comment avez-vous diversifié votre approche ?

James O’Callaghan : C’est vraiment grâce au programme de Simon Fraser. J’ai vraiment commencé en électroacoustique, mais le programme nous imposait aussi l’écriture instrumentale.Si j’avais pu faire une spécialisation en électro, je l’aurais fait, mais le programme n’était pas segmenté. Au début, je n’étais pas vraiment intéressé mais un de mes premiers professeurs de l’époque, Rodney Sharman, m’avait vraiment encouragé à apprendre le langage instrumental et je devins alors très enthousiaste. Et puis ce programme impliquait un ensemble professionnel de musique contemporaine pour lire et jouer des œuvres d’étudiants à chaque semestre. 

C’était vraiment cool pour un jeune étudiant en composition que de travailler avec des professionnels vraiment ouverts à mon travail. J’ai vraiment adoré le processus collaboratif de l’écriture de musique instrumental, fort différent de l’électroacoustique, où tu es tout seul en studio et où  tu peux directement changer le son sans consulter quiconque. Deux manières très différentes de travailler.  Puis j’ai pu même travailler avec des orchestres symphoniques de Colombie Britannique. J’ai donc été vraiment chanceux d’être au bon endroit au bon moment, car je n’avais pas de background en musique instrumentale auparavant.  

PAN M 360 : Vous faites la navette entre Berlin et Montréal, nous a-t-on dit.

James O’Callaghan : « Oui, ma copine, l’artiste Sarah Albu, et moi-même vivons ici à temps partiel, qui est pratique car nous avons beaucoup de travail ici, mais nous avons tous les deux aussi pas mal de projets en Europe, donc il est logique de garder nos deux domiciles pour le moment. »

PAN M 360 : Dans le cas qui nous occupe, il s’agit d’un œuvre d’électroacoustique présentée à l’Usine C ce vendredi.

James O’Callaghan : Je suis reconnaissant d’Akousma et son directeur artistique Louis Dufort de m’avoir demandé quelque chose de neuf en musique électronique, pas vraiment dancefloor, pas EDM ou IDM, pas le genre à faire jouer la nuit à Mutek par exemple (rires).

PAN M 360 : Vous présenterez donc Fear of the Dark, qui est aussi le titre d’une chanson d’Iron Maiden haha!

James O’Callaghan :  Oui, j’imagine ne pas être le premier à utiliser ce titre.

PAN M 360 : Cela dit, ça tombe sous le sens parce que vous avez une attitude rock parfois. Vous venez lancer Purple Heck, un EP de chansons post-punk où votre voix de crooner rock dégouline à souhait !

James O’Callaghan : Oui, je l’ai sorti en août, et j’ai déjà donné un concert à Berlin avec ce matériel. J’espère en donner quelques-uns au Canada. J’ai tout joué moi-même – guitare baryton, basse, claviers, synthés, électronique, voix. Un band serait la prochaine étape, cette musique s’y prête bien! Si je trouve le temps, c’est quelque chose que j’aimerais faire plus souvent.

PAN M 360: Mais Fear of the Dark s’annonce comme une oeuvre électroacoustique.

James O’Callaghan : Exact. Et je pense que ce titre est un bon choix pour ma musique présentée à Akousma. Car Fear of the Dark peut aussi venir de Pierre Schaeffer (un des pères de l’électroacoustique), soit la distanciation d’un objet environnement de sa source. Il y a une sorte d’anxiété autour de ça. Ça m’avait  attiré lorsque j’avais commencé à étudier cette musique à l’université. Je me demandais pourquoi cela me semblait si délicat de penser à la source du son. C’est vraiment ce qui m’a poussé à penser à cette pièce, à penser à l’idée de l’objet sonore, quelque chose qui porte l’anxiété de la séparation des sons de leur source. 

PAN M 360 :  Pouvons-nous en savoir un peu plus sur la structure de cette pièce Fear of the Dark

James O’Callaghan :  Ce que je savais quand j’ai su que je ferais cette pièce, c’est qu’elle serait présentée le soir de l’Halloween. Cela a certes motivé le choix de son titre. Mon point de départ était d’essayer de penser à tous ces sons clichés que l’on perçoit dans les films d’horreur ou les maisons hantées – les oiseaux qui hurlent, le vent qui siffle, les voix qui menacent, les portes qui grincent, les pas suspects qui résonnent,  etc.  Il y a  aussi des sons que j’ai explorés dans mes œuvres précédentes qui pouvaient se prêter à l’exercice. J’ai aussi pensé aux passages anxiogènes dans la chanson Thriller de Michael Jackson.

PAN M 360 : Oui, dans laquelle Vincent Price nous offre sa voix d’outre-tombe !

James O’Callaghan : J’adore cette chanson! Il y a des petites citations de Thriller dans la pièce. En fait, il y a deux hommages dans la pièce. L’autre s’adresse à la pièce électroacoustique Cricket Voice de la compositrice Hildegard Westerkamp,  le est allée dans le désert et a enregistré des sons de grillons, et les avait déclinés sur d’autres octaves avant d’en révéler la source.

Une des motivations théoriques de cette pièce fut un article de la regrettée Andra McCartney, qui fut un artiste sonore et écologiste acoustique de Montréal, intitulé Alien Intimacies. Elle racontait dans ce texte qu’elle avait repris cette pièce de Hildegard Westerkamp, Cricket Voice, et l’avait fait jouer à un groupe d’étudiants, pour ensuite leur demander de décrire ce qu’ils avaient entendu et comment ils s’étaient sentis en l’écoutant. 

Cette pièce, dont l’objet est méditatif, dont le son est  environnemental et lié à une écologie acoustique ,avait suscité d’autres perceptions que prévu : la plupart des étudiants avaient plutôt établi des rapprochements avec la science-fiction, à des monstres horribles, etc. Elle avait observé que souvent, la manipulation électronique des sons et leur écoute dans la pénombre pouvait susciter de l’anxiété. C’est pourquoi j’ai voulu faire référence à cette pièce en particulier en reprenant des sons de grillons.  

PAN M 360 : Vous allez vous-même diffuser cette pièce à Akousma? 

James O’Callaghan :  Oui, je viens tout juste de terminer un mix octophonique de la pièce, c’est à dire réparti sur huit canaux principaux réparties sur une cinquantaine d’enceintes installées à l’Usine C.

PAN M 360 : OK!  Parlons maintenant d’autres aspects de votre vaste monde musical, d’autant plus que vos œuvres sont souvent jouées sur les scènes contemporaines. Limit, une de vos plus récentes, a été créée par Paramirabo en septembre dernier. Alors quels sont vos projets principaux? 

James O’Callaghan : Eh bien, juste après Akousma,  je travaillerai sur nouvelle pièce pour Jean-François Laporte – Totem Contemporain. Je vais écrire une pièce pour son instrument inventé, la Table de Babel. 

PAN M 360 : Selon sa description officielle, la Table de Babel se compose de deux bols, d’un pipe, de huit insectes, de plusieurs membranes vibrantes et divas, ainsi que d’un électron de latex libre. Chaque élément a sa propre arrivée d’air comprimé et est donc contrôlé indépendamment. Que faites-vous  donc avec cette Table de Babel ?

James O’Callaghan : Je l’ai mise en scène à ma façon, en y mettant l’accent sur  la fusion des genres. Quand Jean-François m’a approché, en fait, il était aussi intéressé à mon intérêt pour la techno, alors il y aura un aspect techno dans tout ça. 

Dans deux semaines, j’irai à Toronto pour finaliser la pièce Amor Fati, sur laquelle je  travaille depuis environ six ans avec le pianiste Cheryl Duvall – qui est aussi co-directrice artistique de Thin Edge New Music Collective. Elle a commandé à quelques compositeurs des œuvres longues , d’une heure ou plus. Ma pièce sera créée au Canadian Music Centre le 13 novembre prochain et cette pièce sera aussi jouée dans la pénombre avec des enceintes puissantes disposées dans une autre pièce. La pianiste devra  jouer une partition orale qu’elle entendra dans ses oreilles pour ainsi l’interpréter sans lire.

PAN M 360: Vous avez dit éclaté ?!!

Photo tirée du compte Instagram de James O’Callaghan

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