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:3LON

Interview réalisé par Rupert Bottenberg

Tourments douloureux et bonheur violent – l’alchimie volatile du Baltimorien :3LON

Genres et styles : ambient / électronique / industriel / R&B

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  • ven 13 Mar 2020 • 20:00 (REPORTÉ) Lower Dens • :3LON Bar Le Ritz PDB - Montréal

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« Tout mon art réside dans la juxtaposition de la rudesse et de la beauté, déclare le chanteur, compositeur et producteur de Baltimore Elon Battle, alias :3LON. C’est ma façon préférée de communiquer un sens du drame. Je veux que les gens ressentent à la fois la gravité et la légèreté, qu’ils ragent et ruent dans les brancards, mais aussi qu’ils pleurent et se sentent vulnérables. »

C’est un équilibre difficile à atteindre, et pour y parvenir :3LON pratique une alchimie volatile, un mélange singulier et fascinant de R&B suave, d’ambient luxuriant, de rythmes soutenus et d’industriel oppressant. De sa voix de contreténor pure et délicate, il façonne des récits à la fois épiques et intimes inspirés des jeux de rôle fantastiques et de l’animation japonaise.

« Hargne et douceur. Tourments douloureux et bonheur violent. C’est ce que j’aime dans les dessins animés japonais, ils vous font passer par toute la gamme des émotions. »

Paru en septembre dernier en prélude à un prochain EP, l’Aria of Resilience est à cet égard exemplaire de sa démarche.

« Le réalisateur, Sentinel, et moi avons échangé pas mal d’idées sur les images que provoquerait la chanson que nous voulions faire, se souvient Battle. Nous avons discuté de concepts steampunk médiévaux fantastiques et de ce que représenterait la vie dans ce genre d’univers. Nous nous sommes mis d’accord pour que ce que nous voulions créer ait une touche industrielle et death-metal combinée à des éléments classiques. »

C’est ce qu’ils ont fait, et l’élément classique, un motif accrocheur de harpe médiévale, provient d’ailleurs d’une source surprenante. C’est un brillant choix créatif qui fonctionne très bien musicalement.

« Sentinel avait entendu parler d’une chanson qui serait cachée  quelque part dans l’un des tableaux de Hieronymus Bosch. Nous avons donc fait des recherches. Il a trouvé un clip vidéo de quelqu’un qui jouait les notes écrites sur les fesses d’un personnage du tableau Le jardin des délices terrestres.

Sentinel a échantillonné le clip, s’est mis à le découper et à construire autour. J’ai tout de suite commencé à écrire des paroles, tout s’est passé très vite. Je voulais raconter l’histoire d’une jeune femme laissée seule après le départ de son amoureux pour faire la guerre contre des forces rebelles. Nous avons demandé à notre ami Mathew Sea d’apporter quelques touches finales, de s’occuper du mixage et du matricage. Vous connaissez la suite. »

Bien entendu, un artiste affichant des contrastes aussi prononcés ne se limitera pas à la scène des boîtes de nuit, et les possibilités qu’explore Battle sont aussi élaborées que surprenantes.

L’année dernière, Battle a contribué à Circuit City, un choréopoème imaginé par l’autrice et musicienne de Philadelphie Moor Mother, alias Camae Ayewa, du collectif Black Quantum Futurism Collective. « Je pense que nous allons en faire d’autres cette année », ajoute Battle.

Parallèlement, Aria of Resilience a inspiré Petrichor, une installation vidéo de l’artiste sud-coréenne Sinae Yoo, basée en Suisse (Battle fait partie de la distribution du court métrage), actuellement présentée dans des galeries européennes de renom. 

Les petites salles de spectacle demeurent encore une bonne plateforme pour Battle cependant. Ainsi il ouvrira cette semaine pour le groupe de synth-pop subtilement politique Lower Dens (également de B-more). Pour une fois, il semble que le vendredi 13 soit un jour de chance.

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