Voïvod Symphonique — La symphonie s’invite dans l’ovni du métal québécois

par Laurent Bellemare

Dans une salle Wilfrid-Pelletier bien remplie avait lieu le 29 janvier  la première mondiale de Voïvod Symphonique, collaboration déjantée unifiant l’Orchestre Symphonique de Montréal au groupe mythique de métal québécois. 

Avant même l’ouverture des portes, on sentait l’engouement de cette pérégrination de métalleux dont plusieurs attendaient patiemment en file devant la traditionnelle table de produits dérivés. À ce qu’on dit, certaines personnes seraient venues d’aussi loin que le Chili pour assister à cette manifestation multisensorielle de l’épique.

Officiellement rangé dans la série des concerts pop de l’OSM, cette formule hybride métal et classique aurait pu être casse-gueule de diverses façons. Heureusement, l’introduction orchestrale et les premières notes d’Experiment  ont tôt fait de faire taire le doute: un Voïvod orchestral, ça marche!

Les morceaux de Voïvod, même dans le thrash metal le plus cru, regorgent de nutriments harmoniques, ici brillamment augmentés par l’arrangeur Hugo Bégin. Dans cette forme maximaliste, le groupe a pu faire apprécier ses compositions dans toute leur puissance cinématographique. Voilà qui rendait bien justice aux trames sonores de films qui ont inspiré le geste créateur de Voïvod depuis ses débuts.

Acoustiquement, l’alliage était somme toute plutôt réussi. À la table de mixage, il faut dire, on pouvait compter sur un Larry O’Malley aguerri en matière de projets éclectiques, notamment au Festival de Musique Actuelle de Victoriaville. 

Cependant, l’orchestre se perdait parfois sous le quatuor amplifié, devenant ainsi texture de second plan. Cela étant dit, ce n’était pas difficile de maintenir l’attention sur les arrangements toujours présents des cordes et des cuivres. Il n’y avait par contre que très peu d’interactions audibles entre la batterie et les percussions classiques, légère déception. Était-ce une question d’équilibre sonore ou d’arrangement? Quoi qu’il en soit, on aurait souhaité une plus grande exploration du potentiel rythmique du métal dans l’exécution des percussions classiques. 

Néanmoins, l’appréciation d’un concert de métal avec orchestre sans bouchons et donc  sans se brûler les cellules ciliées relève tout de même de l’exploit.

Les morceaux plus lents, tels  The End of Dormancy ou la fameuse reprise de Pink Floyd Astronomy Domine, jouée en fermeture de concert, laissaient tout l’espace nécessaire à l’OSM pour briller. Durant ces reprises de souffle, il était vraiment possible de savourer le détail des arrangements, extrapolations grandioses qui venaient colorer et remplir avec goût l’espace spectral. 

L’un des moments les plus jubilatoires du concert était sans doute la citation du Sacre du Printemps de Stravinski figurant dans la pièce Pre-Ignition,  citée textuellement dans son arrangement orchestral originel… À en donner des frissons! 

Qui plus est, l’environnement visuel de ce programme n’était pas en reste. Au-delà de la présence électrisante  d’un groupe métal au sommet de sa forme ainsi qu’un orchestre dirigé par le jeu intense et dynamique de Dina Gilbert, le public pouvait se réjouir des projections gigantesques réalisées par Marcella Grimaux On pouvait alors réinterpréter les concepts artistiques du batteur Michel Langevin. Ces animations psychédéliques, souvent post-apocalyptiques, ont magnifié l’univers mythologique de Voïvod, et ce d’une manière inédite. Chaque morceau avait son propre concept, sa propre esthétique et son style d’animation, à l’image de l’évolution discographique du groupe culte.

Concluons que Voïvod Symphonique est un franc succès. Il n’y avait pas meilleur choix de groupe pour explorer la face cachée du métal, sa face orchestrale ! On ressentait clairement que le public était charmé devant l’impact de ces deux institutions québécoises réunies sur une même scène.  

Tant d’autres pièces de Voïvod se prêteraient parfaitement à l’exercice, on est en droit d’espérer que cette rencontre se répète et dure. Ode au métal, ode au classique, ode à la longévité du groupe de Jonquière, ode à l’imagination de Michel Away Langevin et ode à la créativité sans bornes de feu Denis “Piggy” D’Amour: Voïvod Symphonique c,est  toutes ces choses et bien plus encore!

crédit photos: Gabriel Fournier

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