Je suis fan de Craig Taborn depuis ses débuts à Montréal, dans une formation de Steve Coleman. Rien n’indique que cette admiration à son endroit pourrait fléchir, car le pianiste américain a offert mardi un des meilleurs programmes de ce FIJM. Nous étions le 30 juin 2026, cette musique était du 30 juin 2026, conceptuellement et sensuellement.
Les recherches de motifs harmoniques et figures rythmiques au clavier ont toujours été l’objet de surprise et d’admiration en ce qui a trait à Craig Taborn. Jamais s’est-il imposé comme un maître des formes classiques du jazz ou de la musique européenne, le piano est chez lui un objet de création et de recherche en plus d’être le véhicule d’une virtuosité . Car il s’agit bien d’un style taillé sur mesure pour le principal intéressé.
Les accords sont très appuyés, parfois martelés jusqu’à la lisière du bruitisme. Les phrasés reposent toujours sur des patrons rythmiques très contemporains, bien au-delà des avenues binaires ou ternaires. Pour la haute voltige, main droite peut décoller à tout moment. La beauté de tout ça, c’est que la complexité rythmique n’exclut pas le groove, l’auditoire en ressent toute la pulsion et réagit spontanément. Aucune prise de tête à l’horizon, car l’équilibre des références connues et inconnues est toujours maintenu, c’est-à-dire qu’il y a assez de mélodies, d’harmonies et rythmes connus de toustes, ce qui permet ensuite la prise de risque.
Taborn est appuyé par la batterie et la contrebasse, ce qui engendre une très puissante créature tricéphale. L’apport subtil du formidable contrebassiste Thomas Morgan et le jeu du redoutable batteur Tim Angulo magnifient la vision absolument unique de Craig Taborn.
Voilà, en 2026, mon trio de jazz préféré dans une configuration piano-contrebasse-batterie.




















