Aux Francos de Montréal, Lou-Adriane Cassidy arrive sur la Scène Rogers avec cette aura particulière qu’elle traîne depuis quelques années : celle d’une artiste capable de transformer la fragilité en matière sonore des plus denses. Le 14 juin 2026, elle offre un concert ambitieux, parfois brillant, parfois inégal, mais toujours habité.
Dès les premières chansons, tirées notamment de Journal d’un loup-garou et de Triste Animal, l’intention est claire : on est dans une pop travaillée, texturée, qui refuse la simplicité des formats radio. Les arrangements sont riches, parfois presque trop. Et c’est là que le premier bémol apparaît.
Sur une scène extérieure aussi vaste, certaines nuances se perdent. Les subtilités de production, très présentes en salle ou en écoute intime, se diluent par moments dans l’air du festival. Résultat : quelques passages perdent en impact, comme si le spectacle hésitait entre intimité et grande projection sans toujours trancher.
Vocalement, Lou-Adriane Cassidy reste solide, précise, avec cette signature à la fois fragile et tranchante qui fait sa force. Mais même sa voix, par moments, semble lutter contre le mix ou la densité de l’instrumentation. Certaines montées émotionnelles, qui auraient pu frapper plus fort, restent légèrement contenues.
Le concert trouve toutefois son point d’équilibre dans sa dimension collective. L’arrivée sur scène d’invitées sur certains morceaux, Ariane Roy, Odile Marmet-Rochefort ou Lysandre Ménard transforme la soirée en moment de scène partagée. Ces passages donnent de l’oxygène au spectacle, allègent la densité initiale et apportent une énergie plus directe, presque spontanée.
Mais cette richesse a aussi son revers : la structure du show semble parfois fragmentée. On sent une succession de moments forts plutôt qu’un arc parfaitement fluide. Certaines transitions manquent de liant, comme si le spectacle hésitait entre performance solo cohérente et vitrine collaborative.
C’est particulièrement visible dans le milieu du set, où l’intensité retombe légèrement avant de repartir. Pas une chute dramatique, mais une série de micro-relâchements qui cassent un peu le momentum.
Et pourtant, malgré ces aspérités, le public reste accroché. Parce que même dans ses moments plus inégaux, le concert conserve une sincérité rare. Lou-Adriane Cassidy ne surjoue jamais. Elle ne compense pas les fragilités par de la surenchère scénique. Elle les laisse exister.
La fin du spectacle remet d’ailleurs les choses en place. Les derniers morceaux reconnectent l’ensemble de l’œuvre, et la Place des Festivals retrouve cette sensation d’unité qui, parfois, avait vacillé plus tôt.
Photo: Victor Diaz Lamich























