FAI 2025 | Une nuit blanche de musique folk

par Sandra Gasana

Les choses n’arrivent pas par hasard. Qui aurait cru qu’un samedi après-midi, alors que je travaillais sur la mise en page de l’article d’un collègue, je réalise que l’événement qu’il décrit dans son texte est toujours en cours et que je pourrais y participer avant la clôture prévue le jour d’après.

Après quelques échanges de courriels, me voici en route vers le Folk Alliance International qui se déroulait au Centre Sheraton de Montréal, du 19 au 23 février 2025. J’y étais la soirée du 22.

Je débarque donc vers 19h, je croise quelques amis artistes montréalais dans les couloirs de ce grand hôtel du centre-ville. J’essaye de comprendre comment l’application fonctionne et comment trouver les spectacles auxquels je souhaite assister.

1er arrêt : Mimi O’Bonsawin. Elle est accompagnée de son batteur, en plus des sons pré-enregistrés qu’elle faisait jouer sur certains morceaux. Elle dansait, jouait de la guitare, avec un habillement aux allures de déguisement, sur lequel étaient collées des ailes. J’ai même aperçu Ahmed Moneka dans la salle, cet artiste originaire d’Irak, qui semblait apprécier le spectacle, vus les hochements de tête que je pouvais voir de loin. Mon coup de cœur était son morceau I am Alive.

2ème arrêt : L’artiste australienne Nat Vazer, récemment installée à Montréal et son bassiste Benny, également aux chœurs nous en transmis plein de frissons. J’ai beaucoup aimé Strange Adrenaline sur laquelle on peut entendre la voix soyeuse de Nat, surtout lorsqu’elle va dans les aigus. Avec un petit air à la Gwen Stefani dans le timbre de sa voix, elle a su hypnotiser son audience puisque personne ne semblait vouloir quitter la salle après son set. Elle nous a parlé de son pays natal entre deux morceaux et de ses plages, nous invitant par la même occasion au voyage. On a eu droit à cinq minutes de plus, au grand plaisir du public, et on a savouré chaque seconde.

3ème arrêt : Kelly Bado qui, pour l’occasion, était accompagnée par un batteur et un bassiste. Cette artiste originaire de Côte d’Ivoire et basée à Winnipeg nous a livré un excellent show dans l’une des plus grandes salles de l’hôtel. Elle chante en anglais, en français et maitrise l’art de la mise en scène. « Nous avons tous des rêves et si je suis ici, ça veut dire que les rêves se réalisent », nous confie-t-elle, avec quelques instruments percussifs qu’elle jouait. Elle termine son set avec Fire Fly, en hommage à toutes les personnes qui nous ont quittés, mais qui vivent encore à travers nous.

4ème arrêt : Angelique Francis et son groupe, comprenant ses deux sœurs au trombone et au saxophone et son père à la batterie. Multi-instrumentiste, Angelique joue de la guitare, de la contrebasse et de l’harmonica, parfois deux instruments en simultanée. Une boule d’énergie qui a enflammé le FAI samedi soir, avec des chorégraphies subtiles mais puissantes et une présence scénique remarquable. Et ils n’ont pas joué qu’une fois, on a eu l’occasion de les revoir jouer dans une chambre d’hôtel bondée plus tard dans la soirée. Je vous en parle plus loin.

C’est ainsi que les performances officielles ont pris fin mais … attendez, le meilleur était à venir puisque les performances privées allaient débuter quelques minutes plus-tard.

Je vois une file d’attente qui se crée devant les ascenseurs : on m’explique que les concerts dans les chambres d’hôtel allaient débuter et c’est pourquoi il y avait la file pour monter sur l’un des 5 étages prévus à cet effet. Je commence par le 7ème et j’y trouve des groupes de tous genres, de tous styles, avec pour seul point commun : le folk. Les chambres étaient plus ou moins petites, les lits et les bureaux avaient été retirés, ne laissant qu’un espace pour installer le groupe, des chaises pour les 15, 20, ou plus de spectateurs, qui circulaient d’une chambre à l’autre.

1er arrêt privé : Je sais qu’ils sont de ma ville et j’aurais pu aller voir d’autres artistes que je ne connaissais pas, mais je me suis tout de même arrêtée pour écouter Sophie Luckas et sa kora, accompagnée par Elli Miller Maboungou à la calebasse et aux chœurs, ainsi que László Koós à la basse. Cette artiste montréalaise d’origine hongroise a chanté en bambara, l’une des langues parlées au Mali, en anglais et en hongrois. Ça ne m’étonnerait pas qu’elle chante aussi en français. Malgré le court laps de temps accordé à chaque artiste, (30 minutes), elle a pris le temps d’expliquer son instrument, ses origines, et son rapport avec le Mali. Elle a terminé avec un hommage à sa grand-mère, qui dansait encore à l’âge de 97 ans.


2ème arrêt privé : On m’avait parlé de la chambre d’hôtel dédiée au Black American Music Summit (BAMS), et je voulais découvrir les artistes qui y joueraient. C’est comme cela que j’ai découvert Rachel Maxann, une artiste originaire de Tennessee. Cette globe-trotteuse qui a vécu dans plusieurs coins des États-Unis mais également en Australie, a su nous charmer avec sa voix soul mais aussi son jeu de guitare berçant.

3ème arrêt privé : Lady Nade, artiste de Bristol, en Angleterre, était accompagnée d’un guitariste et bassiste, qui faisaient tous les deux les chœurs, mais également par trois choristes aux harmonies délicieuses, qu’elle a surnommé les « Nadettes ». Alors qu’elle célébrait ses 5 années de sobriété, elle s’est donnée pour mission de briser le tabou autour de la santé mentale. Tout comme Kelly Bado, elle a terminé par un morceau sur le deuil intitulé Complicated, qui a donné la chair de poule à toute la salle. Une voix qu’on devrait revoir à Montréal cet été.

4ème arrêt privé : Lancelot Knight, cet auteur-compositeur-interprète cri des plaines originaire de Saskatoon, en Saskatchewan est guitariste et a partagé certains morceaux de son répertoire. Il faisait tellement chaud dans sa chambre d’hôtel qu’il a dû enlever tous ses accessoires, lui qui est souvent vêtu d’une belle veste colorée et de lunettes de soleil. Avec sa voix de rocker, il faisait contraste avec son jeu de guitare qui fluctuait entre rythmes rapides et intenses avec des sons calmes et doux.

5ème arrêt privé et fin : Tel que mentionné plus haut, Angelique Francis and family ont également joué dans la salle BAMS pour une deuxième fois, en format intime cette fois-ci. La salle était bondée, l’énergie était électrisante et j’ai l’impression qu’ils n’ont pas rejoué les mêmes chansons que plus tôt dans la soirée. Quelle belle façon de terminer cette nuit de musique et de rencontres. Je suis arrivée chez moi à 3h du matin, le coeur rempli de joie et les oreilles remplies de sons. L’année prochaine, je tâcherai d’être en Nouvelle-Orléans, lieu de la prochaine édition du FAI mais cette fois-ci, pas comme journaliste mais comme artiste. Je lance ça dans l’univers.

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