La compositrice française Christine Groult nous a fait l’honneur d’une visite pour nous présenter une œuvre de 2021, Eaux mêlées. Travaillant exclusivement à partir de sons enregistrés, fidèle à la tradition concrète, Groult se distingue par une grande maîtrise à la captation de ses matériaux sonores.
Pour cette pièce, elle a collaboré avec Noëlle Deffontaine, Benjamin Dousteyssier et Lê Quan Ninh pour l’enregistrement des sons, en ayant également eu recours à certains sons de natures captés par l’audio-naturaliste Marc Namblard.
Eaux mêlées est une commande d’un centre d’exploration et de création en Bretagne, le Logelloù. La note décrit: « Un voyage méditatif imprégné de l’odeur de l’estuaire et de ses eaux mêlées, celle de la vase, de la matière primordiale ». Dès les premiers instants, on est vivement saisis par cette matière primordiale. C’est par des transformations subtiles de morphologies hybrides que, trente minutes durant, s’effectueront les passages d’une section à l’autre.
J’ai été initié à l’œuvre de Groult il y a quelques années, dans un cours d’analyse de musiques électroacoustiques, avec la pièce La condition captive. Le travail exemplaire de composition avec des matières enregistrées souvent bien peu transformées m’avait hautement impressionné. Il m’avait semblé que le facteur référentiel de ces sources sonores tenaient le rôle de renvois métaphoriques : pour La condition captive, la compositrice s’était inspirée de certains thèmes exposés dans le livre Les Upanishads du Yoga, commenté par Jean Varenne. Alors que les textes sacrés traduits du Sanskrit présentaient des allégories comprenant des chevaux ou un oiseau pour aborder la condition d’assujettissement de l’âme humaine, l’œuvre musicale de Groult comprenait des hennissements ou des battements d’ailes. La matière sonore concrète n’est donc plus simplement le fondement sonore d’une création rendue abstraite, ici elle dicte également la structure et l’orchestration.
Photo: Caroline Campeau























