Pour clore la première soirée de cette 22e édition d’Akousma, trois pièces de la compositrice et artiste sonore Chantal Dumas ont été présentées ce mercredi 21 octobre. Puisqu’elle est décédée trop jeune d’un cancer, au printemps dernier, la direction artistique d’Akousma a souhaité souligner le legs de cette incontournable de l’art audio au Québec.
Maniant tout autant les codes de la musique électroacoustique que de l’art radiophonique, le travail de Dumas se distinguait par l’inclusion d’enregistrements in situ, de voix humaines et même de textes, à l’occasion. Il va sans dire, les trois œuvres présentées ont offert un heureux contraste avec le répertoire au programme. Les univers de la compositrice sont imagés et sensibles, abordant les thématiques du temps, de l’espace, du territoire, de l’ailleurs, de l’écoute.
Jouer avec le feu, une pièce de 2006, fut spatialisée Magali Babin collègue et amie de feue Chantal. Déjà, nous étions ailleurs. Sur un fond de pulsation frénétique en basse fréquence rappelant le cœur qui débat dans la poitrine, on était confronté à diverses scènes. Initialement, une respiration effrénée, haletante, se superposait au rythme du battement, avant que ne s’y mêle les babillements d’un nouveau né. Un parcours s’amorçait alors: des sirènes d’ambulance et de police hurlaient au loin. Armé d’un microphone, la protagoniste se déplaçait dans la ville où l’urgence, le drame ou la tragédie n’étaient jamais loin. On s’y rapprochera sans jamais savoir de quoi il s’agit, un signe qui s’écrit dans le ciel sans fournir d’explication. À un certain point, des cris déchirent la trame sonore et nous relient de nouveau à notre corps, à notre réactivité proprement humaine.
Dans un second temps, la pièce S/T/W/T est jouée. Créée dans le contexte du projet collaboratif Montreal Sound Matter, elle a été composée à partir d’enregistrements in situ réalisés à Montréal. Pour ce projet, huit artistes avaient à travailler avec une même banque de sons pour composer leur pièce. Cette pièce, potentiellement la plus « abstraite » des trois présentées, marie à merveille des sons référentiels, reconnaissables, à des strates sonores non-figuratives.
Pour clore le concert, Christian Calon, grand ami et ex-amoureux de Chantal, interprète Migration océane, composée entre 1996 et 1997. Cette œuvre fait partie d’un recueil intitulé Le parfum des femmes, regroupant diverses pièces structurées autour du thème de la migration. Ici, « la migration des eaux froides atlantiques est mise en parallèle avec la traversée d’une femme qui quitte l’Europe pour rejoindre le continent américain ».
À travers une narration plurilingue partagée par deux voix, une masculine et une féminine, s’enchevêtrent des évocations concrètes et métaphoriques de l’océan Atlantique et de divers lieux terrestres. Des motifs récurrents, tant sonores que verbaux, permettent de tracer un fil dans la traversée des personnages.
Loin de tenter de rendre abstraites ses matières sonores pour mener l’auditeur à détacher le son de sa source, comme le voudrait la tradition acousmatique, Chantal Dumas cherche plutôt à incarner ses matières sonores d’histoire, à leur rendre tout leur potentiel sémantique. Cette recherche de vécus pour peupler ses œuvres est selon moi une caractéristique phare de son legs. Du coup, on observe la forte prédominance d’une approche radiophonique.
Sans doute, l’inclusion de ces pièces issues du riche répertoire de Chantal Dumas nous a conduit à revitaliser notre expérience d’écoute dans le contexte d’Akousma.
Photo: Veronica Mockler























