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La soprano et cantor Sharon Azrieli — également connue, comme chacun sait, pour son rôle majeur de mécène et de philanthrope dans le milieu musical canadien — entame un nouveau volet de sa carrière en tant que chanteuse de jazz, après avoir œuvré avec succès toute sa vie dans les domaines de la musique classique et de la musique sacrée juive. Profondément ancrée à Montréal mais bercée dès son enfance par le jazz et le « Great American Songbook », elle opère ici un prolongement tout à fait naturel de son univers musical sans pour autant mettre en veilleuse ses précieux acquis lyriques. Son spectacle Sharon — présenté il y a quelques mois à la salle Le 9e — illustre parfaitement cette réinvention artistique, et le programme en trois sets prévu ce dimanche 27 septembre au club Upstairs en marquera la prochaine étape.
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PAN M 360 : Alors, comment va Sharon en ce moment ?
Sharon : Je suis très occupée, mais je suppose que c’est une bonne chose. Oui, c’est bien d’être occupée. C’est bien d’être occupée. J’aime travailler. Je travaille toujours sur cinq choses à la fois. Mais je dois dire que j’ai passé un été difficile. Ma tante préférée est décédée le 28 août et j’étais à ses côtés. C’était dur. C’était très dur. Et puis une autre tante est tombée malade, mais elle devrait s’en remettre, je l’espère. Bref, ça fait beaucoup.
J’ai chanté à Bayreuth, la ville de Richard Wagner. Si l’on m’avait dit un jour que je chanterais à Bayreuth, j’aurais répondu : « Vous êtes fou, vous rêvez ! » Non, c’est formidable. C’est fascinant, car j’ai interprété une œuvre du fils de Wagner.
Oui, et j’ai chanté une création mondiale de Bruno Walter, le fondateur de l’Orchestre philharmonique d’Israël. J’ai adoré. Et vous savez, je donne aussi des concerts de musique juive un peu partout dans le monde ; l’accueil a été très chaleureux. On me demande de revenir et ils seraient intéressés pour faire venir mes élèves afin qu’ils s’y produisent. C’est donc génial. Vraiment génial. Mais juste après, je suis partie à New York pour voir la tante qui avait fait une crise cardiaque. Puis je suis allée en Californie pour l’autre tante, celle qui est décédée. Donc oui, l’été a été rude.
Et je vais chanter à nouveau en Israël, dans le cadre du festival que j’ai créé après le 7 octobre — en réponse à la situation de plus en plus difficile que connaissent les musiciens israéliens à travers le monde. Je voulais qu’ils aient du travail.
Je crois que c’était l’année dernière : j’ai chanté le Psaume 94 de Mendelssohn lors de ce festival, et ma loge était un abri anti-bombes, vous imaginez ?! L’objectif de ce festival est de donner du travail — vous savez — à tous les musiciens d’Israël, mais il doit exclusivement mettre à l’honneur la musique sacrée juive. De la musique sacrée juive. Il a été très difficile d’y faire adhérer les orchestres, car les Israéliens sont laïcs ; ils ne sont pas religieux.
PAN M 360 : Vous avez traversé des moments très positifs ces derniers mois, mais aussi des épreuves difficiles. Et maintenant, vous chantez du jazz !
Sharon : Le concert du 27 aura lieu au Upstairs ; c’est la première fois que je m’y produis. Ce sera génial si vous pouvez venir. C’est un répertoire jazz, du pur jazz, avec John Roney.
PAN M 360 : D’accord, toujours avec John Roney, cet excellent pianiste de jazz montréalais avec qui vous collaborez pour votre spectacle « Broadway ».
Sharon : Oui, je travaille toujours avec John, un vrai jazzman. Il y aura aussi Phraser Hollins à la basse et Mark Nelson à la batterie. Ces trois musiciens sont vraiment talentueux et expérimentés. Ça va être super, j’ai vraiment hâte.
PAN M 360 : Je réalise maintenant à quel point votre univers musical est vaste : opéra, musique sacrée, mais aussi Broadway et jazz moderne !
Sharon : Pour moi, le jazz, c’est avant tout du plaisir. J’adore vraiment le jazz ; c’est mon premier amour musical, depuis l’âge de 12 ans.
PAN M 360 : Et que chanterez-vous ce dimanche 27 septembre ?
Sharon : La soirée comprendra trois sets ; je chanterai des standards, bien sûr. La partie centrale sera entièrement consacrée à Gershwin. Certains morceaux proviendront de mes enregistrements avec John, et un ou deux seront tirés de l’album que j’ai réalisé avec Matt Herskowitz. J’adore Matt, c’est un musicien fabuleux doté d’un grand sens de l’humour. Depuis une période plus récente, je travaille avec John Roney. Non seulement est-il un musicien fantastique, mais c’est aussi une personne adorable. Il est tellement gentil… Il est devenu un très bon ami. Et il est d’une fiabilité exemplaire. Tu sais, quand tu es sur scène, tu as vraiment besoin d’avoir confiance en la personne qui te soutient.
PAN M 360 : Nous savons évidemment que vous avez une formation et un parcours classiques. Alors, comment êtes-vous passée du chant lyrique au jazz ?
Sharon : Parce que j’ai eu énormément de chance. Vous savez, quand j’ai commencé à réaliser que je devais m’éloigner du classique à cause de l’âge, j’ai eu la chance de travailler avec le compositeur Frank Wildhorn. J’ai donc enregistré mon premier album avec lui. C’est moi qui ai traduit ses paroles en français ! En fait, il m’a appris à chanter avec une voix « pop-jazz ». Oui, avec une voix différente, pas seulement avec la technique lyrique. C’est donc une technique totalement différente. Oui, c’est du vrai jazz.
PAN M 360 : Et il faut aussi dire que le jazz a toujours occupé une place importante dans votre univers musical.
Sharon : Oui. Chanter du jazz m’a ramenée à mon enfance. Parce qu’à l’âge de 12 ans, j’ai découvert une grande quantité de disques d’Ella Fitzgerald appartenant à mes parents. Et je suis tombée amoureuse d’Ella.
PAN M 360 : Reste-t-elle votre préférée ?
Sharon : Oui, tout à fait.
PAN M 360 : Et que dire de Sarah Vaughan ? Betty Carter ? Shirley Horn ? Abbey Lincoln ?
Sharon : Je les adore toutes ! Il y a aussi quelqu’un dont on parle moins, Dakota Staton, que j’aime beaucoup aussi ; après Ella, c’est ma préférée. Ella est tout simplement lyrique… Vous savez, je dirais que l’instrument qui se rapproche le plus de sa voix est la flûte. Parce qu’elle attaque la note avec une précision absolue, elle ne chante jamais faux. Elle est parfaite. Quant à Dakota, pour moi, sa voix évoque une trompette joyeuse. Je suis donc une grande amatrice de chant jazz. Et il y a des chanteuses fantastiques aujourd’hui. C’est incroyable!



















