Voici du Prog avec des vocalises lyriques un peu dans le style de Rick Wakeman ou de Renaissance d’Annie Haslam, pendant que les orchestrations et les chansons teintées de pop rappellent (aux plus encyclopédistes de la chose prog) quelques joyaux cachés comme Clearlight Symphony de Cyrille Verdeaux, Pavlov’s Dog, Gnidrolog (Lady Lake), etc. Ajoutez du jazz qui pourrait être l’héritier de Return to Forever et vous commencez à comprendre l’idée derrière ce Tunnel to the Moon de Madra Vaca.
Le groupe est basé à Jacksonville en Floride, et puise manifestement dans la panoplie étendue des musiques ‘’savantes’’ du 20e siècle (classique, jazz et prog rock). La couleur ‘’opéra rock’’ que prend l’album vient de la forte présence d’une partition vocale étoffée et d’une narration riche en effets et en changements d’atmosphères. Mais là où la trame diffère des œuvres de ce genre, c’est dans l’inclusion assez forte d’épisodes jazz, genre hard bop/fusion, auxquels s’ajoute les voix lyriques, opératiques de Rebecca Shorstein et Monica Pasquini. Le croisement, bien que rappelant souvent certains trésors du prog signés de groupes nommés plus haut, et bien d’autres encore, diverge sensiblement pour affirmer une personnalité distincte.
Deux autres chanteurs du groupe sont à l’origine de ce voyage psychédélique, voire surréaliste. On raconte que le vocaliste et librettiste, Charlie Shuck a rêvé (ou a eu une vision induite par des substances hallucinogènes, allez savoir…) des nuages dans le ciel qui s’ouvraient devant lui, laissant apparaître un sentier menant vers la Lune. À partir de là, il a écrit un vaste poème teinté de science-fiction, de fantaisie et de symbolisme, sur lequel son ami Benjamin Shorstein a écrit une musique qui ratisse très large, en termes expressifs. C’est parfois même hallucinant, en termes narratifs (‘’Les fractales sont infiniment infinies, transformant mon cerveau en poussière…’’). Ailleurs, c’est typiquement étatsunien, dans ses velléités religieuses par procuration (‘’Vous devez croire si voulez voir’’) et qui finissent par tomber sur les nerfs, surtout d’un point de vue extérieur.
Heureusement, la musique généralement ludique compense ces quelques défauts par un plaisir sincère. Et même si les sources stylistiques sont nombreuses et disparates, la fusion fonctionne grâce à une écriture idiomatique très personnelle de Shorstein. Les genres s’entrelacent de façon naturelle, sans brusquerie, sans coupures qui donneraient plutôt l’impression d’une courtepointe amalgamée artificiellement. Du vrai bon travail de véritable prog-rocker branché à la fois sur le savoir académique et sur l’instinct du musicien improvisateur.
Madre Vaca – Tunnel to the Moon mérite une écoute attentionnée et bienveillante des mélomanes curieux.
Charlie Shuck – Voix
Rebecca Shorstein – Voix
Monica Pasquini – Voix
Benjamin Shorstein – Voix
Jarrett Carter – Guitares
Jonah Pierre – Piano, Claviers
Thomas Milovac – Contrebasse et basse électrique
Milan Algood – Batterie
Carlos Rodriguez – Percussion
Lance Reed – Trombone
Molly Sweet – Clarinette
Abigail Gruber – Violon et alto
Percussions :
Jonah Pierre – Cloches d’éléphant, hochets, glockenspiel
Carlos Rodriguez – Congas, Bongos, Maracas
Benjamin Shorstein – Cymbale suspendue, tambour sur cadre, cymbales chinoises, gongs, cloches d’éléphant, triangle
Charlie Shuck – Cloches d’éléphant






















