Pays : Canada Label : Redshift Genres et styles : musique contemporaine Année : 2026

Jocelyn Morlock – Artemis Sleeps

· par Frédéric Cardin

La beauté, l’intelligence et l’attrait de la musique de Jocelyn Morlock (1969-2023) ne cessent de m’émerveiller chaque fois que je la rencontre. La Vancouvéroise, décédée bien trop jeune à 53 ans, a conquis le monde de la création musicale contemporaine avec son univers artistique qui a su mélanger brillamment les exigences de la musique contemporaine avec un lyrisme et un attachement à la beauté sonore profondément authentique. 

Le label de Vancouver, Redshift Records, nous offre ici une première rétrospective (il y en aura d’autres, nous dit-on) consacrée à des œuvres chambristes utilisant abondamment la flûte, l’un des instruments chouchous de Morlock. 

Nous sommes constamment envoûtés par les jeux de couleurs, de timbres et de textures de cette musique, qui est à la fois contemporaine et profondément inspirée d’univers séduisants comme ceux de Scriabine, Barber, Koechlin, etc. 

Salamander évoque l’animal bien connu, d’une manière serpentine. Le tissage des voix de flûtes (un octuor formé de piccolos, flûtes conventionnelles, flûtes alto et basses) forme une toile sonore empreinte de suavité, de complexité et même d’un peu de féérie (la salamandre avait une connotation ésotérique au Moyen-Âge). 

Velour est une série de variations pour flûte alto solo. Morlock utilise quelques éléments de techniques étendues, comme le frullato, mais de manière amicale, sans agressivité sonore. Au contraire, Morlock laisse la flûte chanter, à travers le jeu nuancé de Mark Takeshi McGregor. Le son naturellement moelleux de la flûte alto contribue aussi à rendre toute l’aventure très agréable. J’adore cette version de l’instrument. 

Dans Forgiveness, Morlock adjoint à la flûte de McGregor, une guitare (Adrian Verdejo) et la voix de la soprano Sarah Jo Kirsch. Un puissant lyrisme, teinté de nostalgie, émane de l’écriture, où la délicatesse de l’écriture côtoie la force de l’expression. Les lignes des trois instruments s’entrelacent avec dextérité, mais aussi beaucoup d’élégance. 

Vespertine est un hommage ensorcelant à la nuit et aux créatures qui s’y activent doucement, lentement. Pour flûte et harpe, une combinaison intuitive, la pièce s’épanouit lentement, avec caresse et tendresse, avant de s’activer plus dynamiquement, dans un entrelac de détails chamoirés. Magique. 

Artemis Sleeps, également le titre de l’album, témoigne de l’intérêt soutenu qu’avait la compositrice pour l’univers de la mythologie grecque, et surtout les possibilités symboliques, expressives et même spirituelles qui y sont liées. Cette pièce a, oui, quelque chose du Syrinx de Debussy, avec la contemporanéité des techniques étendues en sus. Encore une fois, Morlock ne laisse pas le côté expérimental de ces gestes avant-gardistes prendre le dessus sur la beauté plastique de la musique. 

Unfurl est la pièce la plus copieuse du programme, avec quasiment 22 minutes. Un vrai bijou de musique de chambre pour quintette à vent. À partir d’un poème de John O’Donoghue, et surtout de la phrase Unfurl yourself into the grace of beginning (Déploie-toi dans la grâce du commencement), Morlock a construit un long discours symbolique sur la transformation. On devine une métamorphose qui mène à un renouvellement, une progression, comme celle d’un papillon, de la larve au stade ultime de l’élégance. Mais la transformation signifie également certains désagréments, des épisodes de maladresse, des frictions, du déséquilibre. Dissonances et harmonies lumineuses dessinent un panorama riche en émotions et en impressions. Magnifique. 

Chaque musicien est excellent, surtout Mark Takeshi McGregor, un ami de longue date de Morlock. Il partageait manifestement les idées et l’esprit musical de la compositrice. Cela ajouté à la maîtrise magistrale de son instrument, il est un ambassadeur idéal pour l’héritage artistique de Jocelyn Morlock.

Il y a de quoi être heureux, surtout en sachant que Redshift Records souhaite nous offrir d’autres rétrospectives de la compositrice dans les années à venir. 

Un album qui démontre avec force l’exceptionnelle contribution de Jocelyn Morlock à la nouvelle musique au Canada.

Tout le contenu 360

Jocelyn Morlock – Artemis Sleeps

Jocelyn Morlock – Artemis Sleeps

Josh Warren – The Path

Josh Warren – The Path

WDR Sinfonieorchester Köln, Joseph Bastian – Mel Bonis : Orchestral Works

WDR Sinfonieorchester Köln, Joseph Bastian – Mel Bonis : Orchestral Works

Jack M Campbell, Andreas Kahre, Alexander Varty – No Room For Error

Jack M Campbell, Andreas Kahre, Alexander Varty – No Room For Error

Domaine Forget 2026 | Concert final aux accents de fleurs et de couronnes

Domaine Forget 2026 | Concert final aux accents de fleurs et de couronnes

Orientalys 2026 | La fièvre Bollywood du samedi soir

Orientalys 2026 | La fièvre Bollywood du samedi soir

Découvrez Le Qafila : groupe de pop, fusion soufie, bhangra indienne à Montréal

Découvrez Le Qafila : groupe de pop, fusion soufie, bhangra indienne à Montréal

Orientalys 2026 | Nuit blanche kabyle, « traversée sensible de la mémoire »

Orientalys 2026 | Nuit blanche kabyle, « traversée sensible de la mémoire »

Domaine Forget 2026 | Vienne immortelle et classique : dialogues entre Haydn, Beethoven, Mozart…et Labadie

Domaine Forget 2026 | Vienne immortelle et classique : dialogues entre Haydn, Beethoven, Mozart…et Labadie

mary in the junkyard – Role Model Hermit

mary in the junkyard – Role Model Hermit

Orientalys 2026 | Rakcha Band, jazz-funk-fusion de Tunisie transplanté à MTL

Orientalys 2026 | Rakcha Band, jazz-funk-fusion de Tunisie transplanté à MTL

L’OSM au BIG O, un cinquantenaire pop symphonique

L’OSM au BIG O, un cinquantenaire pop symphonique

Orientalys 2026 | DJ Mina, du chant sacré au DJisme oriental !

Orientalys 2026 | DJ Mina, du chant sacré au DJisme oriental !

Orientalys 2026 | Du 13 au 16 août, les meilleures prises du festival!

Orientalys 2026 | Du 13 au 16 août, les meilleures prises du festival!

Présence autochtone | En attendant la (vraie) Grande Paix de MTL, Forestare, Joséphine Bacon, Richard Desjardins et tant d’autres sur scène

Présence autochtone | En attendant la (vraie) Grande Paix de MTL, Forestare, Joséphine Bacon, Richard Desjardins et tant d’autres sur scène

Orientalys 2026 | Qi Shen et Jasmine Xu, un duo erhu/piano, mère/fille, à découvrir

Orientalys 2026 | Qi Shen et Jasmine Xu, un duo erhu/piano, mère/fille, à découvrir

Présence autochtone | Leonard Sumner, une autre perspective

Présence autochtone | Leonard Sumner, une autre perspective

Margaret Glaspy – I Am Both

Margaret Glaspy – I Am Both

DOMi & JD BECK – WHO ASKED?

DOMi & JD BECK – WHO ASKED?

Présence autochtone | Rei hydrate et décolonise

Présence autochtone | Rei hydrate et décolonise

Présence autochtone | Big Tones et DJ Shub, indigènes du présent et de l’avenir

Présence autochtone | Big Tones et DJ Shub, indigènes du présent et de l’avenir

Orientalys 2026 | Alex Iskandar : porteur de traditions de l’Asie centrale à Montréal

Orientalys 2026 | Alex Iskandar : porteur de traditions de l’Asie centrale à Montréal

Présence Autochtone I Anyma Ora envoûte la Place des Festivals

Présence Autochtone I Anyma Ora envoûte la Place des Festivals

Jacob Wutzke – Double Down

Jacob Wutzke – Double Down

Inscrivez-vous à l'infolettre

Inscription
Infolettre

« * » indique les champs nécessaires

Type d'abonné