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Les festivités musicales de l’édition 2026 du Festival international du Domaine Forget entre dans leur dernier avec la présentation de trois concerts les 16, 20 22 août qui mettrons chaque fois à l’honneur les stagiaires musiciens de l’Orchestre de chambre du Domaine, l’ensemble Pentaèdre et Les Violons du Roy dans un panorama musicales, allant de la naissance de la symphonie en passant par l’émergence du style classique pour finir par les grandes pages de l’opéra baroque français. Un marathon ambitieux et stylistiquement varié qui offre un terrain d’apprentissages fertiles pour les jeunes stagiaires
Le chef Bernard Labadie aura la tâche de guider et diriger les musiciens dans le programme du jeudi 20 août, appeler Vienne immortelle, qui rend hommage à cet héritage exceptionnel issus de berceau de la grande tradition classique à travers trois de ces figures incontournables : Haydn, Mozart et Beethoven. Alexandre Villemaire de PAN M 360 a discuté avec Bernard Labadie de ce programme, qui se situe entre la grâce des airs d’opéra de Mozart et le déploiement des premières symphonies et qui fait ressortir les formes utilisées, l’héritage et l’influence que ces compositeurs ont eu les uns sur les autres.
PAN M 360 : Ce concert aurait pratiquement pu s’appeler « Génération lyrique » ou « le style classique » en référence à l’ouvrage de Charles Rosen, à cause justement de la présence de Mozart, Haydn et Beethoven dans le programme de ce concert. Quel est le point commun ou le lien qui unit ces trois compositeurs ?
Bernard Labadie : Entre Haydn et Beethoven, c’est très évident puisqu’on commence avec une des dernières symphonies de Haydn et on termine le concert avec la Première symphonie de Beethoven. Donc, dans le temps, on n’est pas passablement rapprochés, de même que dans le style d’écriture. C’est clair que Beethoven a appris son métier auprès de Haydn, en étudiant avec lui, mais aussi en étudiant ses œuvres. Il y a beaucoup de points communs dans la construction des deux.
Après, dans la symphonie de Beethoven, l’entrée en matière est une immense surprise, puisqu’il commence dans une autre tonalité. Sa symphonie est en do majeur, mais il commence sur le dominant de fa majeur. Et ça, c’est la première fois que ça se faisait. C’était comme une façon d’annoncer un temps nouveau.
Pour le public de l’époque, et ceux qui connaissaient un peu le langage, c’était un véritable point d’interrogation. Une fois cette surprise passée, la Première symphonie de Beethoven pourrait presque être une symphonie de Haydn, dans le sens où les procédés et l’orchestration sont très similaires. Haydn, à la fin de sa vie, utilise enfin les clarinettes en leur donnant un peu plus de contenu à jouer, alors que chez Beethoven, ça se produit dès le début de son écriture symphonique, quoiqu’ils les utilisent moins que les autres bois. C’est typique dans l’écriture de la fin de la vie de Haydn et du début de Beethoven.
C’est clairement deux branches du même arbre. Entre eux deux dans ce programme, c’est autre chose, avec deux airs d’opéra de Mozart, dont une immense scène, l’air de Fiordiligi dans le deuxième acte de Cosi fan tutte. C’est sûr qu’en termes de forme, on est dans un monde différent. Mais les bases du langage sont les mêmes.
Le côté dramatique en est un qu’on retrouve dans la musique orchestrale aussi. Même si on n’a pas d’histoire, même si on n’a pas de mots, les surprises et les revirements de situation qu’on a dans une œuvre lyrique, on les retrouve dans la musique orchestrale aussi.
PAN M 360 : Haydn a vécu très longtemps, il a influencé beaucoup de compositeurs comme Beethoven. Quelle a été son influence sur Mozart?
Bernard Labadie : Elle a été immense. C’étaient même des amis. Mozart lui a fait le plus beau compliment, en lui dédiant des œuvres, notamment les six quatuors à cordes, qui sont d’immenses chefs-d’œuvre et qui reprennent le flambeau de ce dernier, qui est un des pères du quatuor à cordes vraiment et qui a donné à ce genre ses lettres de noblesse. Mozart a repris ça de ses mains et il l’a magnifié.
Haydn, par ailleurs, était tout à fait conscient de la valeur absolument exceptionnelle de la musique de Mozart. Il y a cette citation célèbre où il a déclaré à Léopold, le père de Mozart, que son fils était le plus grand compositeur vivant.
Je ne dirais pas que c’est une relation symbiotique, mais il est clair que Mozart a assimilé tous les aspects d’écriture de Haydn et, réciproquement, dans ses dernières symphonies, Haydn a emprunté des formules à Mozart. Dans le cas de Haydn et Beethoven, c’est une relation qui tient plus d’un rapport maître à élève. Mais, dans cette relation-là, Beethoven est allé chercher chez Haydn plus encore que Mozart. Il y a des techniques d’écriture, des fondements, non seulement de la forme, mais du langage très détaillé, de la façon de construire, que Beethoven a appris de Haydn et qui l’a fait grandir, et même fait éclater dans ses dernières symphonies. Son écriture ressemble beaucoup plus à celles de Haydn qu’à celles de Mozart. Beethoven est, comme Haydn, un adepte du travail sur des motifs courts dont il exploite le potentiel au maximum. Mozart, lui, avait un sens lyrique tellement développé que le matériau lyrique dans ses œuvres orchestrales est absolument exceptionnel. Chez Beethoven comme chez Haydn, on a souvent tout mené d’une seule cellule, avec des mouvements complets qui sont basés là-dessus. Évidemment, il y a les célèbres quatre notes répétées de la Cinquième symphonie, mais tout Beethoven est comme ça.
On est vraiment dans un mouchoir de poche, avec ce programme-là, dans un univers de compositeurs qui se connaissent, qui se fréquentent, dans lequel Haydn est la figure tutélaire. À l’époque où il compose la Symphonie nᵒ 99 qu’on va jouer, il en est à son deuxième voyage à Londres, et il est une méga-star.
PAN M 360 : Il s’agit véritablement d’une époque de changements stylistiques pour la musique alors que l’on quitte la période baroque. Le sens du drame, et l’effet de surprise vont se développer. Est-ce là une des caractéristiques qu’on pourrait attribuer au style classique?
Bernard Labadie : Surprendre l’auditeur, je pense que chaque époque le fait à sa façon. Non, vraiment pour moi, ce qui caractérise l’époque classique, c’est l’établissement de grandes formes, en particulier la forme sonate, qui va devenir le modèle de construction qui sera appliqué à presque toute la musique, y compris à la musique vocale. Parce que lorsqu’on analyse les grandes scènes d’opéra de Mozart par exemple, même s’il ne s’agit pas des formes sonates, on en retrouve des éléments dans tout le répertoire.
Et ça, ça remonte à Carl-Philipp Emanuel, le fils de Bach à qui l’on doit la première forme sonate, commence à partir de son époque. Quand Haydn la reprend au début de sa carrière, c’est une forme sonate qui est monothématique, c’est-à-dire qui est plutôt basée sur l’opposition des tonalités plutôt que l’opposition de thèmes différents. Mais, au fur et à mesure que ça se développe, le nombre de thèmes augmente, et même quand on arrive au concerto, on arrive avec un principe de double exposition qui, dans le cas des concertos de Mozart, possède un foisonnement de thèmes, où parfois c’est un peu difficile de se retrouver dans la forme.
Ça donne naissance à des constructions extrêmement sophistiquées, mais qui sont sous-tendues par cette forme, qui est très simple, qui est basée sur une opposition de tonalités qui s’affrontent et qui se réunissent à la fin.
PAN M 360 : Pour vous, quelle est l’œuvre la plus marquante de cette époque, dans cette Vienne immortelle?
Bernard Labadie : Oh, c’est presque impossible à dire! C’est un peu comme si on me demandait quel est mon préféré parmi mes 250 enfants! Je pense que sur quoi il faut se concentrer, c’est sur ce que chaque compositeur a apporté. Dans le cas de Mozart, c’est clair que c’est à l’opéra qu’il a fait avancer. Après Händel, c’est lui qui a fait faire le plus grand bond à ce genre.
Et le bon en avant qu’il amène à l’opéra est beaucoup plus grand que celui que Händel a fait de son temps. Chez Haydn, c’est sa culture des formes instrumentales qui vont devenir des standards à travers toute l’époque classique, mais aussi l’époque romantique. Le quatuor à cordes, le trio à cordes, le trio avec piano, et la symphonie, bien sûr, évidemment. On dit souvent que c’est le père de la symphonie, mais c’est le père de beaucoup de choses. Et le fait qu’il ait vécu très longtemps lui a permis justement de cultiver ces genres-là de façon soutenue. Alors, ça donne une production qui est très riche, qui témoigne de l’évolution de son style et qui devient extrêmement variée et fantasque à la fin de sa vie.
Les formes sonores de Haydn à la fin de sa carrière, elles sont toutes, d’une certaine façon ou d’une autre, elles sont toutes virées à l’envers. Il y a toujours une surprise, des choses qui ne sont pas au bon endroit, qui ne sont pas faites de la façon dont on s’y attend. Il joue avec les modèles qu’il a lui-même créés. À la fin, il prend ses propres modèles puis il les met en tête en bas, littéralement. Et ça, pour moi, quand je travaille sur cette musique-là, c’est toujours une grande source de joie. On dirait un enfant qui s’amuse avec un gigantesque jeu de Lego!
PAN M 360 : Haydn, avait un très bon sens de l’humour aussi, n’est-ce pas ?
Bernard Labadie : Oui, c’est clair! Et, il le cultive beaucoup dans sa musique. Cependant, ce n’est pas un grand mélodiste, comme Mozart, par exemple. Son attrait et sa force résident ailleurs. Quant à Beethoven, c’est celui qui va faire éclater ces formes pour les amener vers le langage romantique. Chacun de ces trois compositeurs apporte une contribution exceptionnelle à ce répertoire.
À cela nous pourrions également ajouter le jeune Schubert. Parce que lui aussi, il est nourri, et s’alimente au même endroit et apprend des mêmes maîtres. Par exemple, sa dernière symphonie, la Symphonie « La Grande », est une gigantesque symphonie. Il reprend vraiment le modèle de la symphonie haydnesque, mais vraiment étirée dans le temps. C’est l’une des œuvres les plus longues du répertoire de l’époque.
Il se sentait vraiment appelé par ces formes-là aussi. Évidemment, il est, quant à moi, plus romantique que classique. Mais dans sa musique instrumentale, il est encore très influencé par les compositeurs classiques.
PAN M 360 : Vous allez avoir un temps de répétition plutôt restreint avec l’orchestre de l’Académie. Sur quoi allez-vous vous concentrer dans ce travail de répétition là et que souhaitez-vous que les stagiaires apprennent de ce répertoire-là par l’interprétation, et sur le style, et sur comment le jouer ?
Bernard Labadie : C’est un peu difficile pour moi de faire de grandes déclarations, puisque c’est la première fois que j’y vais personnellement depuis 1986! J’ai très hâte!
Le programme est très ambitieux et il est certain qu’on va être serrés dans le temps de répétition. Mais l’approche n’est pas la même qu’avec un orchestre professionnel. Même si on espère des stagiaires aux mêmes standards et exigences, le voyage est ici plus important que la destination. Pour de jeunes musiciens comme ceux-ci, notre but est avant tout de les aider à faire un bout de chemin avec nous, de voir comment on travaille, comment on aborde ces œuvres, quelles sont les manières de créer, notamment sur les instruments modernes, un style qui est plus près de ce qu’on peut réaliser sur des instruments d’époque. Il n’y a pas beaucoup d’orchestres modernes qui font ça. C’est vraiment la signature des Violons du Roy depuis toujours. On espère qu’on va donner à ces jeunes musiciens-là l’envie d’aller plus loin dans ce répertoire, de l’explorer de façon nouvelle et d’aller en chercher les richesses incroyables et de la découvrir.
La Symphonie no 99 de Haydn, je suis certain que beaucoup de ces jeunes musiciens vont la jouer pour la première fois. Même pour les Violons du Roy ce sera une première, je pense. Ce n’est pas une œuvre qu’on fait souvent dans le répertoire. Alors, découvrir des pièces comme ça, à cet âge-là, je les envie et je suis même un peu jaloux. J’aime beaucoup ces personnes, ces jeunes musiciens avec qui on va travailler. Il faut voir le stage dans son ensemble. Il ne s’agit ici que d’un volet sur trois. En deux semaines, ces musiciennes et musiciens vont être complètement envahie si je puis dire, de nouvelles expériences musicales.
On va travailler sérieusement, mais il faut qu’il y ait du plaisir. Ça reste un camp qui est bref, pendant lequel on ne peut pas tout assimiler. L’idée, c’est de leur donner le plus d’outils possible qu’ils vont pouvoir mettre dans leur besace, et ramener chez eux après. On va présenter quelque chose qui va être le témoin du travail qu’on aura effectué. Et ultimement, ce n’est pas ce concert là qu’il est important. Ce qui est important, c’est ce que ces jeunes musiciens vont rapporter chez eux. Ils n’assimileront peut-être pas tout, mais ce sera à eux de piger dans tout ça. Je pense qu’ils vont sortir de là avec une valise bien remplie d’idées, et je l’espère, de projets.
Orchestre de chambre de l’Académie
Les Violons du Roy
Pentaèdre
Bernard Labadie, direction
PROGRAMME
HAYDN
Symphonie no 99 en mi bémol majeur, Hob.I:99
MOZART
Le nozze di Figaro : « Porgi amor »
Così fan tutte : « Ei parte… Per pietà »
BEETHOVEN
Symphonie no 1 en do majeur, op. 21























