J’ai toujours préféré le style à la fois explosif et soyeux de Wet Leg une fois la nuit tombée. Mais même lors d’un concert en début de soirée sur la scène principale d’Osheaga, Rhian Teasdale et son groupe savent faire vibrer une foule déchaînée grâce à leur musique sensuelle et endiablée, jouée dans la pénombre.
Impossible de détourner le regard de Teasdale, qui se tord et semble léviter à parts égales, tandis que sa voix chantée, toute en douceur, s’élève puissamment au-dessus de nos têtes. La grosse caisse nous frappe en pleine gorge, et les guitares grinçantes et hypnotiques se déforment et s’entremêlent à chaque coup. Teasdale tombe à genoux pour une « réanimation cardio-pulmonaire », ses paroles, véritables bonbons empoisonnés, se diffusant à travers un téléphone rouge.

Sur les morceaux plus calmes, comme liquidize ou davina mccall, elle scrute les visages dans la foule, chantant en regardant droit dans les yeux des milliers de fans en sueur. Son groupe se déchaîne ou se balance derrière elle, selon les circonstances, mais les mouvements de Teasdale sont d’une telle maîtrise qu’ils frôlent la chorégraphie, à la fois félins et féroces.
Des morceaux plus anciens comme Chaise Longue prennent une nouvelle forme, avec désormais des mélodies plus lourdes et plus rugueuses, et encore moins de désinvolture de la part de Teasdale. Son groupe joue à la perfection, mais pourrait tout aussi bien s’évaporer dans les airs derrière elle lorsqu’elle nous offre le morceau « mangetout », à la fois vulnérable et toujours plein d’assurance. Tous les regards sont rivés sur Teasdale, et ce n’est pas un hasard.
Faisant ses adieux à ses œuvres antérieures, plus collaboratives, Wet Leg s’articule désormais autour de son magnétisme et de sa présence, et personne ne vient lui faire de l’ombre.
Crédit photos: Tim Snow























