Trente ans après leur album éponyme, les pionniers du reggae-rock californien signent Until the Sun Explodes, un retour aussi improbable qu’émouvant.
Peu de groupes portent un legs aussi lourd que Sublime. La mort de Bradley Nowell en 1996 — destin tragique qu’il avait lui-même évoqué dans Pool Shark — avait figé le trio de Long Beach dans une légende à la fois éclatante et inachevée. Trente ans après la parution de leur album éponyme, c’est le fils de Bradley, Jakob Nowell, qui reprend le micro pour ce que le groupe présente officiellement comme l’épilogue à l’œuvre du défunt.
Le pari était risqué. Il est tenu.
Un son intact, une voix héritée
Dès les premières mesures, le doute se dissipe : la sonorité et la production demeurent fidèles à l’ADN du groupe. Ce mélange singulier de ska, de punk, de reggae avec une touche de hip hop— celui-là même qui avait pavé la voie à toute une génération de disciples californiens — retrouve ici sa cohérence naturelle. La voix de Jakob Nowell est troublante de ressemblance avec celle de son père, au point de plonger l’auditeur en territoire familier, bien loin de l’hérésie qu’avait représenté l’aventure Sublime with Rome.
Le premier single Ensenada a d’ailleurs confirmé cet ancrage, cumulant un succès populaire immédiat grâce à ses paroles crues portées par une énergie ska-punk-reggae. Plusieurs chansons entretiennent un lien évident avec le répertoire classique du groupe : FTR n’est pas sans rappeler What I Got, Gangstalker est dans la même veine que Wrong Way, et Come Correct renoue avec l’esprit de Waiting for My Ruca.
La structure chaotique de Robbin’ the Hood, en héritage assumé
Si le son est familier, la structure de l’album, elle, surprend — ou plutôt, rappelle. Until the Sun Explodes s’inscrit dans la lignée de Robbin’ the Hood, l’opus le moins accessible de Sublime, caractérisé par une abondance de skits et un séquençage volontairement disparate qui impose un parcours d’écoute atypique. Une décision artistique qui risque de dérouter les néophytes, mais qui séduira les puristes.
La chanson-titre, très personnelle, clôt l’album avec une intensité rare. À noter : Thanx Again, qui lui succède, reprend le concept de 40 Oz. to Freedom — les remerciements livrés sur trame musicale, clin d’œil nostalgique à l’époque où le CD était encore roi.
Quelques lacunes, mais un retour nécessaire
L’album n’est pas exempt de reproches. Les influences hip-hop et reggae, pourtant centrales dans l’identité originale de Sublime, sont plus en arrière-plan au profit du punk et du rock, créant un léger déséquilibre dans l’équation sonore qui avait fait la singularité du groupe.
Les pièces les plus percutantes — Come Correct, Backwards, Figueroa, Casino Taormina et la chanson-titre — suffisent néanmoins à justifier l’écoute.
Until the Sun Explodes s’adresse autant aux fans de la première heure qu’aux plus jeunes ayant découvert Sublime à travers ses émules — Slightly Stoopid, Pepper, Dirty Heads ou Rebelution. Un retour souhaité, certes, qui atteint la cible de manière plus franche qu’on n’aurait pu l’espérer.
Sublime seront à Montréal dans le cadre du Vans Warped Tour le 21 août prochain.






















