Le Quatuor Voxpopuli s’assure une place privilégiée dans ma liste des meilleures sorties 2026 avec ce magistral programme consacré à trois compositeurs méconnus du 20e siècle. Sont représentés le Tchèque Vítězslav Novák (1870-1949), l’Austro-Tchèque Erwin Schulhoff (1894-1942) et l’Ukrainien Borys Liatochynskyï (1894-1968). Pour chacun d’eux, un chef-d’œuvre puissant de richesse compositionnelle. Faisons le tour rapidement.
Le Quatuor no 2 de Novák date de 1904 et a été composé après un séjour dans les forêts de la région de Wallachie. Les deux mouvements (structure inusitée) sont densément construits avec des harmonies riches, sombres et sérieuses. Le premier mouvement est une longue fugue opulente comme du velours côtelé pourpre et ténébreux. On a vite l’impression d’être enveloppé par cette texture généreuse. Le deuxième mouvement prend des atours de musique folklorique, déployés avec une énergie dramatique. Le thème de la fugue revient à la fin. Il s’agit d’une œuvre à cheval entre le Romantisme tardif et le début du Modernisme qui mérite d’être entendue beaucoup plus souvent. Un indéniable chef-d’œuvre.
Erwin Schulhoff est l’un de ces compositeurs juifs que les Nazis ont déclaré ‘’dégénérés’’, avant de les envoyer mourir dans les camps de la mort. Les Cinq pièces pour quatuor à cordes WV68 sont de courtes œuvres de caractères qui sont basées sur autant de danses populaires (une valse, une sérénade, une ‘’danse tchèque’’, un tango et une tarentelle). Les rythmes et les intonations particulières à chacune sont passés au tamis du modernisme harmonique mais dans une posture qui rappelle le néo-classicisme stravinskien. C’est plein de couleurs et de textures stimulantes.
Liatochynskyï est un autre compositeur qu’on a tenté d’effacer de l’Histoire. Ukrainien dans une URSS très russifiée, son nom a été volontairement oublié par le pouvoir soviétique. Mais on n’occulte pas si facilement l’art, heureusement. Le Quatuor no 4 est également titré Suite sur des Thèmes ukrainiens et a été écrit pendant la Deuxième Guerre mondiale, en 1943. Les cinq mouvements font progresser la musique d’un sentiment initial de grisaille vers plus de lumière, particulièrement dans le dernier mouvement qui est celui qui résonne le plus clairement comme un matériel inspiré du folklore national. Il y a là-dedans des moments de magnifique beauté musicale, comme dans le troisième mouvement (Allegro ben ritmico) où le compositeur crée un court épisode d’une superbe luminosité entre les deux portions extérieures, dansantes. Ce bijou est rarement entendu, et cette interprétation du Quatuor Voxpopuli en constitue une rare occasion de l’entendre.
D’autant plus que les quatre Québécois, Antoine Bareil (violon), Uliana Drugova (violon), Lambert Chen (alto) et Dominique Beauséjour-Ostiguy (violoncelle), sont de toute évidence fortement investis dans cette musique touchante et séduisante. Un jeu plein de nuances, sans faute tonale, appuyé par une conviction assurée dans la qualité de cette musique, conviction qui finit par nous atteindre entièrement.
Un album important, ne fut-ce que pour nous permettre d’entendre une musique trop longtemps occultée et qui trouve ici des interprétations qui marquent les esprits.
Le Quatuor Voxpopuli donnera en concert toute la musique de l’album le 11 juin 2026 à la salle Sainte-Hilda à Montréal.






















