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Mouvements a pour objet d’aménager en temps réel un espace de dialogue entre le jeu de l’instrumentiste et la contribution texturale de l’électronique. « La présence sensible de l’artiste face à l’ubiquité du son multidiffusé flottant autour de l’auditeur, offre de multiples formes de dialogue, de juxtaposition ou de conflit », pose-t-on d’entrée de jeu. Plus précisément, les interprètes de l’ensemble bordelais Proxima Centauri s’apprêtent à converser avec l’électroacoustique pour en étoffer la présence et en augmenter la visibilité. Cette rencontre entre musiques instrumentales et électroacoustique est prévue ce vendredi 6 mars à l’Espace Orange de l’édifice Wilder. La saxophoniste Marie-Bernadette Charrier et l’électroacousticien Christophe Havel répondent aux questions de PAN M 360.
PAN M 360 : Vous êtes des habitués de Montréal, n’est-ce pas?
Christophe Havel : Oui, nous y sommes venus plusieurs fois.
Marie-Bernadette Charrier : Oui, trois ou quatre fois.
PAN M 360 : Vous êtes dans le réseau du Vivier depuis un moment, donc.
Christophe Havel : Nous avons fait un projet important avec Paramirabo en 2024
Marie-Bernadette Charrier : Nous étions venus auparavant, en 2021 pour travailler avec l’Ensemble contemporain de Montréal.
PAN M 360 : ECM + n’existe plus, malheureusement. Enfin… Passons à votre nouveau programme, Mouvement , présenté le vendredi 6 mars. Et donc, ça s’inscrit dans le contexte thématique de cette Semaine du neuf : le mouvement et le geste associés à la création sonore. Vous n’y faites pas exception, bien sûr.
Marie-Bernadette Charrier : Dans notre saison musicale Proxima Centauri, on a toujours une sorte de thématique annuelle qui oriente un petit peu les commandes d’œuvres aux compositeurs.trice. On peut déborder parfois, parce que quand les projets sont repris ça ne s’arrête pas à une année thématique. Mais c’est un nouvel élan. On pensait au mouvement, et quand ils nous ont proposé ça, ça tombait bien.
Après quoi, ça a été des commandes faites pour cette soirée-là. Donc, après, le mouvement, c’est vraiment… Ce n’est pas uniquement, je dirais, un mouvement où les musiciens bougent sur scène, c’est un mouvement dans toutes les dimensions possibles. Je dirais même un deuxième degré.
Il est dommage que la compositrice, Giulia Lorusso, dont l’œuvre devait être créée lors de cette soirée, n’est pas bien en ce moment et a dû annuler. On reporte en 2027…Elle avait travaillé sur l’idée du mouvement et aussi sur le thème de l’eau car en Europe, cela devient un vrai problème. Par exemple, dans le sud de l’Espagne, il y a des endroits devenus très désertiques où les fleuves n’ont plus d’eau. Enfin… les compositeurs ont pris possession de cette thématique à leur manière et l’ont travaillée dans leurs nouvelles œuvres.
PAN M 360 : Si vous le voulez bien, parcourons le programme.
Corie Rose Soumah : DEAD TALES, spurred , 2026 (10′) pour flûte, saxophone, piano, percussion et électronique (Commande du Vivier pour Proxima Centauri) – création.
Christophe Havel : Commande du Vivier, Dead Tales est une pièce fondée sur un long mouvement de caisse claire. Ce long roulement est progressivement accompagnéi par l’électronique. Donc, il y a une forme acccumulative, progressive, sorte de drone qui s’amplifie et qui va conduire toute la pièce. Donc, il y a une démarche très électronique dans cette pièce, avec un mouvement très, très linéaire.
Marie-Bernadette Charrier : Mais qui s’amplifie, où il y a une complexité qui se rajoute petit à petit au niveau interne du son. C’est-à-dire qu’il y a une rythmique qui se met en route.
Christophe Havel : La texture s’enrichit progressivement, une forme linéaire, très droite.
Marie-Bernatette Charrier : À l’intérieur de laquelle il y a des superpositions de polyrythmie et l’électronique s’y rajoute, Un groove s’installe.
Brendan Champeaux : Away , 2026 (10′) pour piano, percussion et électronique (Commande de Proxima Centauri avec l’aide à l’écriture d’œuvre musicale originale du ministère de la Culture) – création
Marie-Bernadette Charrier : Brendan est un jeune compositeur qui a fini le CNSM de Paris (Conservatoire national Supérieur de Musique) , ça fait un ou deux ans. Il est actuellement en résidence à Madrid pour l’année. Il est en plein dans cette œuvre.
Christophe Havel : C’est une commande qu’on lui a passée, pour duo piano et timbale assorti d’électronique. Et donc, je serai surscène pour jouer avec eux, c’est un jeu en direct du traitement des sons qui proviennent en temps réel de la timbale et du piano. Et l’un, en fait, il travaille beaucoup sur le mouvement du son et l’échange qu’il y a entre des sons captés sur la timbale, réinjectés par des transducteurs dans le piano, et des sons captés dans le piano, réinjectés dans la timbale. Donc, les deux s’entremêlent à travers un jeu en direct que je vais contrôler. Le filtrage est très harmonique, permettant de créer des accords.
Marie-Bernadette Charrier: Ça frôle parfois le larsen.
Christophe Havel : Il a une pensée très électronique, en fait. Vraiment, tout est basé sur ce jeu avec ces sonorités électroniques qui sont tirées de la timbale et du piano. C’est très écrit, en fait, même sur les gestes. Parfois, il utilise un peu le système d’écriture de microphonie de Stockhausen. C’est très précis. Là où il y a une part dans le jeu en direct, c’est que le système acoustique peut être très instable. Et donc, en fonction du jeu du timbalier, je dois contrôler différemment les niveaux des filtres, pareil avec le piano. Il faut donc en permanence ajuster l’équilibre de l’ensemble.
Demian Rudel Rey : Nemorensis , 2026 (12′) pour saxophone ténor, électronique et vidéo (Commande pour Proxima Centauri) – création
Christophe Havel : Il est argentin et vit en France. Il a fini ses études au CNSM de Lyon il y a quelques années et il est resté en France. Il a déjà composé pour nous deux pièces, qu’on a faites avec tout l’ensemble. Et là, en fait, c’est une commande que lui a passée Marie-Bé pour saxophone (ténor) solo et électronique avec vidéo.
Marie-Bernadette Charrier : C’est un saxophone ténor un peu hybridé. C’est-à-dire qu’en fait, il faut peut-être spécifier que Demian est un compositeur et aussi un gamer. À un moment de sa vie, il était joueur professionnel de jeux vidéo, c’est-à-dire qu’il faisait des concours et tout ça. Et il a eu une hésitation entre la composition ou le jeu vidéo. Dans ses œuvres, c’est très empreint de l’univers manga et la culture japonaise. Donc, il est quand même un peu barré là-dedans, très barré même. Et du coup, le travail du ténor, ça a été aussi de sortir, d’y intégrer, en fait, différentes sortes de jeux. En fait, j’ai dû travailler avec un luthier où on a fabriqué tout un support d’appeaux, dont un installé à l’intérieur de l’instrument. Ça impose une dextérité, je dois jouer du saxophone et des appeaux.
Raphaèle Biston : Ombres, 2022 (10’) pour flûte, saxophone, piano, percussion et électronique – création canadienne)
Marie-Bernadette Charrier: Ça a été une commande de Radio France au Festival Présence, on l’a créée en 22. Là on est complètement dans un autre contexte que celui de la pièce précédente. Ça va être la rupture totale! Ici le mouvement, il est fait dans le son. Ça s’appelle Ombre et donc, ça joue beaucoup entre l’instrumentiste et les sons électroniques. Et on ne sait plus trop entre l’instrumentiste et l’électronique qui produit le mélange.
Christophe Havel : Il y a l’idée d’hybridation chez elle, mais une hybridation entre l’électronique et l’instrumental, qui est faite justement par le mélange, par la superposition des deux, qui crée une sorte de halo, mais dans quelque chose d’incertain. On ne sait pas toujours vraiment qui fait quoi. Et donc, ça, c’est quelque chose qu’elle recherche beaucoup.
Là, il n’y a pas de traitement direct. Tout est préenregistré, c’est simplement la diffusion que je travaille dans le temps réel. Tout se joue dans l’équilibrage entre le direct et l’enregistré. Cela consiste en la manière d’envelopper l’ensemble avec ce double électronique. Des fois, on le sait clairement, mais elle ne reste pas toujours dans cette position-là. La compositrice travaille là-dessus.
Marie-Bernadette Charrier : Le travail repose sur la balance avant la diffusion, c’est-à-dire qu’il y a un gros travail sur l’équilibre entre les sons qui sont diffusés et le son réel. Il y a plein de choses qui se passent d’un instrument à l’autre. Donc il faut qu’on règle la diffusion instrumentistes-électronique au niveau du public, afin que l’on ait l’impression que c’est le même instrument qui circule d’un poste à l’autre.
Arturo Fuentes : La Cité du son (12’), pour flûte, saxophone, piano, percussion et électronique – création canadienne (Commande de Proxima Centauri).
Marie-Bernadette Charrier: L’œuvre d’Arturo Fuentes , compositeur mexicain vivant à Vienne, porte sur le mouvement de collecte des villes. Il a construit sa pièce à partir d’enregistrements sonores réalisés à Bordeaux et Mexico. Et on retrouve vraiment les bruits de la rue au quotidien. On constate que les bruits de Mexico écrasent souvent ceux de Bordeaux, les deux villes étant très différentes. Les villes européennes sont quand même plus calmes, il faut dire.
Christophe Havel : Donc deux cités du son avec les identités de ces villes qui sont très marquées tout au long de cette pièce. Et là, le compositeur a imaginé un système un peu particulier, c’est-à-dire qu’il met à disposition tout un ensemble de son. Plusieurs sons sont ainsi déclenchés en même temps, des fichiers audio préenregistrés se superposent, à moi de réaliser en direct le mixage de ces différentes sources sonores pour faire évoluer l’ambiance. Le rapport avec les instrumentistes et aussi la partie électronique changent à chaque fois. ll n’y a donc pas des consignes aussi claires cette fois-ci.
Marie-Bernadette Charrier : Il s’est inspiré du poète mexicain Octavio Paz quand il dit « la musique invente le silence, et l’architecture invente l’espace » Et c’est vraiment ça, c’est-à-dire qu’il te permet des choses : dans ta diffusion tu vas provoquer l’espace qui va être un peu différent d’une salle à l’autre, d’une acoustique à l’autre.
Christophe Havel : Le contexte n’est jamais le même et donc le paysage sonore n’est jamais le même non plus.
PAN M 360 : Quel est le background de vos instrumentistes?
Marie-Bernadette Charrier : On est tous classiques. Le cursus normal des instrumentistes de haut niveau. Après, il y a des sensibilités propres à chacun. Certains pratiquent l’improvisation mais pas forcément jazz. C’est plus dans des formes ouvertes, pas forcément écrites mais des mélanges d’époques musicales, ou encore dans la combinaison de l’interprétation et de la composition pour certains.
Christophe Havel : Marie-Bé et moi-même somme de la vieille génération de Proxima Centauri, nous sommes les membres fondateurs. L’ensemble s’est renouvelé, nous avons une pianiste et un percussionniste trentenaires, qui ont d’abord un parcours artistique mais qui ont des parcours différents. Chose sûre, nous travaillons tous à travailler sur la création, avec les compositeurs.
Marie-Bernadette : Et aussi en admettant l’électronique qui n’existait pas en musique de chambre lorsque nous avons débuté. Nous avions envie de monter un ensemble stable comme un groupe de rock. Pendant longtemps, nous avons travaillé avec les mêmes musiciens. Ça va faire bientôt 35 ans qu’on existe, certains ont ressenti une certaine fatigue au bout de 30 ans de métier. Mais nous avons fonctionné ensemble pendant très longtemps ensemble ce qui n’est pas anodin.
ARTISTES
PROXIMA CENTAURI
(saxophone)
(flûte)
(percussion)
(piano)
(électronique)
























