ArtChoral et Ménestrel | Chants anciens au 9e… de 5 à 6 !

Entrevue réalisée par Alain Brunet
Genres et styles : chant lyrique / musique ancienne

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Boucler un après-midi de semaine avec des chants anciens entonnés par deux spécialistes de ce répertoire qui s’accompagnent au luth et au violon, pourquoi pas ? Parce que!

Dans la série des concerts présentés à la salle Le 9e, ArtChoral présente le duo Ménestrel, qui se présentera au dernier étage du Centre Eaton ce mardi, 17h, avec un nouvel album homonyme sous label Leaf Music.

Ménestrel a été cofondé par Janelle Lucyk et Kerry Bursey, qui mêlent répertoire ancien et traditions folkloriques orales du Canada. Au-delà des lieux traditionnels, Ménestrel s’engage à apporter la magie transformatrice de la musique dans des endroits inattendus.

Chanteuse à la voix « angélique », violoniste et productrice, Janelle Lucyk fait partie d’une nouvelle génération d’artistes spécialisés dans ce répertoire. Janelle est la directrice artistique de Ménestrel qui produit de la musique tirée du répertoire ancien et des traditions folkloriques oralement transmises. Elle est directrice artistique de Musique Royale (est. 1985), qui présente des spectacles dans des espaces historiques à travers la Nouvelle-Écosse. Dans le cas qui nous occupe, Janelle est aussi directrice de la nouvelle série ArtChoral à la salle Art éco Le 9e Grande Salle, récemment rouverte pour le plus grand plaisir des citoyens de MTL et plus encore.

Kerry Bursey est un ténor et un instrumentiste à cordes pincées, dont la voix est appréciée pour sa “qualité lumineuse”. Il est l’un des rares ténors de ce type à s’auto-accompagner au luth. À la veille du concert de Ménestrel présenté au 9e, Kerry et Janelle répondent aux questions de PAN M 360.

BILLETS ET INFOS ICI

PAN M 360 : Parlez-nous des fondements du projet, vos motivations originelles. Le programme comprend des extraits de l’album Ménestrel, enregistré avec Leaf Music.

Kerry Bursey: Avec Ménestrel, on s’amuse à faire revivre toutes sortes de chansons, parfois certaines qui font déjà parti du canon classique (les lute songs de John Dowland, les monodies de Monteverdi et Frescobaldi, chansons de Josquin Desprez), parfois certaines qui ont été oubliées suite à leur parution d’époque et puis déterrées dans des recueils poussiéreux (chansons de Binchois, airs de cour de Guédron, Ballard), des chansons folkloriques anciennes devenue banales mais qu’on revisite et recontextualise (À la claire fontaine, En montant la rivière – collection Ernest Gagnon) et d’autres inconnues du grand public mais qui semblent à la première écoute avoir été avec nous depuis tout ce temps (The Outlandish Knight, Fear An Bhata, Robin Hood & the Peddler – collection Helen Creighton).

On ne fait pas de discrimination entre ce qui est savant et ce qui est populaire. Notre but est de rendre accessible cette musique et de faire oublier à notre auditoire dans quelle époque on se trouve. En fouillant dans le passé, on retrouve une sagesse incroyable et intemporelle et ça nous tient à cœur de garder certaines chansons littéralement en vie.

PAN M 360: Comment avez-vous choisi ce répertoire constitué de chant lyrique classique (baroque ou musique ancienne) et de chants traditionnels francophones ou anglophones?

Kerry Bursey : C’est venu assez naturellement pour nous que de combiner ces deux univers, classique et traditionnel. Ce qu’on appelle la musique ancienne, pour nous, ce n’est pas uniquement de la musique écrite mais également de la musique transmise oralement. Beaucoup de mélodies de nos chants traditionnels canadiens proviennent de ce répertoire plus classique dans la vieille Europe, parfois tirés carrément de recueil d’airs de cour baroque.

C’est intéressant de voir comment les mélodies survivent et mutent au fil des siècles. Et quand l’écrit finit par devenir oral comme nos airs québécois, ça finit par se transformer, sorte de téléphone arabe. Parfois, par exemple, une mélodie folklorique finit par être réécrite par un compositeur qui compose un thème et variation au-dessus d’une basse répétée.

Niveau folklore, on s’intéresse surtout au Québec et à la Nouvelle-Écosse, donc évidemment cela nous amène à la musique classique de la France et de l’Angleterre, là où le luth a brillé. Il faut dire que le luth s’est également rendu au Canada, même s’il n’a pas survécu aussi longtemps. En fait, on s’intéresse à ces sons dignes d’intérêt qui ont été oubliés.

PAN M 360: Comment l’enregistrement a-t-il été conçu? Racontez les séances d’enregistrement, le son recherché

Kerry Bursey : L’enregistrement a eu lieu à Lunenburg en Nouvelle-Écosse, site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, dans la 2e plus vieille église protestante au Canada (St John’s Anglican Church). Lunenburg et cette église sont des lieux phares pour ce duo car c’est là que Ménestrel a donné son tout premier concert en 2019 et continue d’y en donner plusieurs fois par année, dont un Messie de Haendel annuel en décembre, en formule réduite (chœur de 12 voix, 1 par partie chez les instruments).

C’est également le siège de Musique Royale (dirigée par Janelle), qui propose chaque année un programme musical très riche. Cette église est un lieu très spécial, un pilier culturel et spirituel pour de nombreux Néo-Écossais.

L’enregistrement a été réalisé par Jeremy van Slyke de Leaf Music. Il y a un aspect presque ‘’live’’ à l’enregistrement qui réussit à aller chercher la spontanéité de Ménestrel en concert. Cet album est un peu comme une sélection de ce qu’on considère comme les ‘’tubes’’ de notre répertoire, un survol des différents styles qu’on a abordé au fil des années.

PAN M 360 : Comment avez-vous conçu la transposition sur scène par rapport à l’enregistrement?

Kerry Bursey: Se produire en concert est ce à quoi Ménestrel a l’habitude de faire. Beaucoup d’artistes font des albums et ensuite se produisent sur scène. Pour Ménestrel, c’est plutôt l’inverse. On a donné beaucoup de concerts depuis 2019, on a fait le tour du Canada plusieurs fois (en 2024 seulement, on a joué dans chaque province et territoire, quand même!) et donné des concerts en Europe.

PAN M 360: Parlez-nous de votre relation professionnelle et artistique

Kerry Bursey: Nous nous sommes rencontrés en Nouvelle-Écosse en 2019 et nous n’avons jamais cessé de faire de la musique ensemble depuis, pas seulement dans le contexte de Ménestrel mais également avec plusieurs groupes importants de la scène de musique ancienne au Canada, en passant par pas mal tous les festivals et séries spécialisées. Une cohésion musicale s’est rapidement créée entre nous et nous avons pu développer un répertoire qui est à la base était surtout du domaine plus savant et écrit (chansons baroques et de la renaissance avec luth) mais graduellement notre intérêt vers la musique ancienne s’est aussi porté à la tradition orale et les musiques folkloriques anciennes.

Tous deux à la base des instrumentistes classiques s’étant intéressés à la voix, notamment par le chant choral et d’ensemble, cela a contribué à développer notre son et à nous distinguer des projets vocaux plus lyriques du milieu classique.

Notre façon de chanter ne s’ancre pas seulement dans le bel canto opératique. Un autre élément unique du luth (et des cordes pincées en général), c’est la faculté de s’accompagner en chantant, pratique qui s’est perdue dans le milieu classique mais qui était bien importante, même à l’époque baroque mais qui dans le milieu de la musique traditionnelle est resté bien en vie.

Janelle Lucyk :  Kerry et moi nous sommes rencontrés en 2019 et depuis, nous avons beaucoup collaboré ensemble, avec Ménestrel et avec de nombreux autres groupes. Nous parvenons à trouver un équilibre délicat entre la recherche d’un son similaire et suffisamment de divergences et de priorités différentes pour nous compléter artistiquement. Une fois que vous aurez entendu la magnifique voix de Kerry Bursey, vous aurez vous aussi envie de collaborer avec lui !

PAN M 360 : Comment vous présentez-vous sur scène? Vous vous accompagnez vous-même?

Kerry Bursey: Nous sommes tous deux chanteur.euse.s et instrumentistes donc on assurera nous même cela. Même quand je chante, je joue du luth. Janelle intervient souvent au violon pour harmoniser ou faire des introductions/interludes lorsqu’elle ne chante pas. Je crois que ça vient un peu avec l’image qu’on se fait du ménestrel, c’est qu’il ne pas seulement chanteur, il joue un instrument aussi, souvent le luth, qui fut quand même l’instrument par excellence pendant près de 400 ans pour accompagner la chanson.

PAN M 360 : Comment doit-on évoquer le rôle du ménestrel en 2026? Évocation historique ou encore redéfinition d’un rôle encore pertinent dans l’imaginaire musical?

Janelle Lucyk : Alors que le monde a évolué, nous continuons à nous tourner vers la musique pour nous divertir et nous réconforter. Le rôle du ménestrel demeure, et la musique continue de combler un besoin émotionnel, social et spirituel qu’aucune autre forme d’art ne peut satisfaire. Mais seulement si la tentative est sincère. Nous continuons à rechercher des expériences authentiques, à travers les voyages, la gastronomie, la musique… Tout ce qui élargit notre palette variée pour découvrir quelque chose de nouveau, mais la musique peut certainement combler un vide immense sans avoir à voyager loin. Bref. Mais pourquoi cette musique ? Eh bien, ces chansons anciennes ne resteront vivantes que tant qu’elles nous parleront et auront de la valeur à nos yeux. Mais nos sentiments humains n’ont pas beaucoup changé en 400 ans, même si notre langue a évolué. L’essence de ces chansons a donc un grand pouvoir émotionnel, si nous parvenons à faire le pont entre les siècles passés. Pour l’instant, nous sommes là pour les jouer.

Kerry Bursey:  Au sens large, je crois que le terme ménestrel convient bien à notre approche. On y va surtout avec la connotation imagée qu’on se fait aujourd’hui d’un ménestrel, un musicien ambulant et polyvalent, qui voyage de cour en cour et de village en village pour y partager des mélodies et des histoires, peu importe le style ou l’instrument utilisé. Il y a quelque chose de libre dans l’approche du ménestrel, une dualité de l’aspect savant mais aussi de divertissement, puisant dans l’écrit et l’oral. On veut aller chercher le meilleur de ces deux mondes et explorer la jonction qui peut unir ces deux approches – un heureux mélange de classique et de populaire – même si on évolue dans un créneau ancien qui respecte la tradition. On essaie de récréer l’expérience d’une chanson – sans être trop à cheval sur la musicologie – en se dissociant des tendances musicales d’aujourd’hui tout en rendant cette musique accessible pour offrir un son intemporel.

PAN M 360 : Quelle sera la suite des choses pour Ménestrel?

Kerry Bursey: La suite sera pour nous de continuer à creuser dans notre répertoire et peaufiner notre son et notre mission. Pour quelque chose d’un peu différent, nous avons notamment une tournée en trio avec Vincent Lauzer dans le cadre de Prairie Debut qui nous mènera dans l’Ouest canadien avec un programme bien ludique d’arrangements anciens de chansons modernes. Nous avons aussi des concerts en duo un peu partout au Canada prévus pour les prochaines années. Allez jeter un coup d’œil à notre agenda en ligne !

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