Igloofest 2026, week-end 3 | BitterCaress ralentit le rythme en Espagne pour mieux l’accélérer sur scène

Entrevue réalisée par Léa Dieghi

Il est 5 heures du matin dans l’antre du club Nowhere, au cœur du Chinatown montréalais. Derrière les platines, une silhouette ne lâche pas le public du regard. Alors que la ville commence doucement à frémir sous le froid, BitterCaress étire le temps.

Ce soir-là, elle ne joue pas seulement un set ; elle livre une narration de trois heures et demie, naviguant entre la techno mentale et des envolées trance inattendues. À la fin du set, une clubbeuse lui tend un papier griffonné d’impressions prises sur le vif, orné d’un dessin d’escargot. Un souvenir tangible, rare, à l’image de cette artiste qui refuse les barrières de la scène « Instagrammable » pour lui préférer l’authenticité de la sueur et du partage.

Entre gestion marketing le jour et techno trippy la nuit, l’ancienne protagoniste du collectif Octov entame maintenant un nouveau chapitre en Europe, après des années d’apprentissage et de partage à Montréal.

Rencontre avec une artiste qui transforme le burn-out en moteur créatif et les dancefloors en espaces de connexion. BitterCaress sera aux platines pour Igloofest ce vendredi 30 janvier 2026. Un rendez-vous sous le signe de la techno et de l’hypnose sonore.


PAN M 360: On sent chez toi une approche très structurée de la musique. D’où vient cette relation avec le son ?
BitterCaress:
Mes parents sont de grands aficionados de musique classique et de jazz, mon père faisait de la flûte traversière. Alors mon frère et moi avons été au conservatoire assez tôt. De mes 4 à 15 ans, j’ai fait du solfège, du chant, du piano… J’ai toujours eu une approche très scolaire, presque classico-classique. J’aimais déchiffrer des partitions, les interpréter comme on lirait un recueil de poèmes. Je ne composais pas, mais je prenais un plaisir immense à jouer.

Avant de dompter les logiciels de production, c’est sur les ivoires d’un piano et dans les partitions classiques que Camille a fait ses armes. Un héritage familial qui a forgé sa rigueur et qui la sert bien dans l’univers numérique.

PAN M 360: Comment passe-t-on du piano de conservatoire au DJing techno ?
BitterCaress:
Avec le DJing, j’ai découvert une autre dimension de l’interprétation. Ce n’est pas seulement mixer deux tracks, c’est créer un son complètement différent en mêlant les fréquences. Il y a un côté créatif que beaucoup de gens ignorent, pensant que c’est juste du « press and play ». »
Camille a déjà été l’une des têtes chercheuses de l’un des collectifs les plus respectés de Montréal : Octov. C’est là, dans l’effervescence des entrepôts industriels, qu’elle a appris les rouages de la culture club.
PAN M 360: Ton parcours est indissociable d’Octov. Comment ce collectif a-t-il façonné l’artiste que tu es aujourd’hui ?
BitterCaress:
J’ai rejoint Octov fin 2017, au moment où le collectif se professionnalisait. Je m’occupais des partenariats et de la communication. C’est là que j’ai compris l’envers du décor : la mécanique du budgeting, la réalité du marché, comment transformer une salle nue en temple de la techno. Ce sont des passionnés qui m’ont transmis tout leur savoir. Après mes études à Concordia, j’ai commencé à mixer et ils m’ont proposé de devenir résidente. C’était une famille. »
PAN M 360: Tu joues d’ailleurs pour eux à Igloofest. Qu’est-ce que cela représente pour toi ?
BitterCaress:
C’est un retour aux sources. J’ai quitté le collectif fin 2023 pour prendre mon projet en main, pour être ma propre entité, mais on est resté en super bons termes. Jouer sur la scène Octov à Igloofest, c’est boucler la boucle.
BitterCaress ne fait pas de la techno pour le simple plaisir du bruit. Son son est une exploration méticuleuse, souvent comparée aux scènes scandinaves les plus pointues.
PANM360: Comment décrirais-tu l’évolution de ton identité sonore ?
BitterCaress:
Ma direction artistique s’est affinée. Je joue une techno qui se rapproche de ce qui se fait à Copenhague ou en Suède : une fast techno un peu trippy, trancy, mais très texturée. Le sound-design est au cœur de tout. J’aime quand les sons sont sculptés, qu’on y entend presque des bruits de la nature, des intros très longues et atmosphériques avant que le kick ne s’installe. C’est hypnotique.

Durant la pandémie, Camille lance son propre label. Un projet qui, loin d’être une simple plateforme de sortie, devient un outil philanthropique au service de causes qui lui tiennent à cœur.
PAN M 360: Ton label avait une mission très précise. Pourquoi avoir choisi ce modèle caritatif ?
BitterCaress:
C’était un besoin de donner du sens. Tous les bénéfices allaient à des associations, que ce soit pour la cause animale ou humaine. Pour nos événements, j’ajoutais systématiquement un dollar au prix du billet pour ces causes. C’est gratifiant, mais c’est aussi épuisant. On était seulement deux avec mon partenaire à tout gérer. Aujourd’hui, le label est en pause car je veux réfléchir à un format qui ait plus d’impact.
Le passage à la production n’a pas été un long fleuve tranquille. C’est paradoxalement au plus bas que Camille a trouvé sa véritable voix créative.
PAN M 360: Tu as traversé un burn-out l’an dernier. C’est à ce moment-là que tu as réellement « dompté » le logiciel ?
BitterCaress:
Exactement. Avant, j’essayais mais rien ne venait. J’étais brûlée par le travail et la vie. Le seul truc qui me faisait du bien, c’était d’ouvrir Ableton. C’est devenu ma béquille. Aujourd’hui, je n’utilise aucun instrument externe. Pas de synthés, pas de drum machines… ça m’ennuie dès qu’il y a des branchements ! Je veux exploiter 100% du logiciel avec ma souris, ma tête et mes oreilles. C’est devenu un automatisme, une hygiène de vie.
PAN M 360: La track Exit The Loop est l’acte de naissance de Bittercaress en tant que productrice. Construite durant sa convalescence créative, elle incarne cette techno mentale et galopante.
BitterCaress:
C’est une track qui me ressemble, née du besoin de sortir d’un cycle épuisant pour retrouver l’essentiel : le mouvement.
Immigrée au Canada à 18 ans, Camille a récemment choisi l’Espagne pour entamer une nouvelle décennie. Un exil motivé par le besoin de ralentir et de se reconnecter à ses racines européennes.
PAN M 360: Qu’est-ce que Madrid t’apporte que Montréal ne pouvait plus t’offrir ?
BitterCaress:
Je voulais profiter de l’Europe et me rapprocher de ma famille. À Madrid, le rythme est « lent délibérément ». On ne grinde pas pour le plaisir de grinder. Il y a un art de vivre, un respect du temps pour soi qui est vital pour un artiste. L’Espagne a une économie dynamique en ce moment, mais les gens savent encore s’arrêter pour profiter. C’est ce climat de sérénité qui me permet aujourd’hui de me consacrer pleinement à ma musique. »
PAN M 360: Comment vois-tu ton avenir en Espagne ?
BitterCaress:
La voie est libre, je n’ai pas de projet d’enfant immédiat, pas de job qui me retient. Je veux voir comment la scène locale fonctionne, créer des connexions. J’ai plein de tracks qui « font dodo » sur mon ordi et qui sont prêtes à être sorties. Madrid, c’est mon nouveau cocon pour les faire éclore.

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