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Florent Vollant est sans conteste l’artiste autochtone ayant le plus marqué les francophones d’Amérique, toutes époques confondues. Cette année 2025 est celle de la récolte des honneurs pour l’auteur compositeur et interprète innu : Innu, un film documentaire sur sa vie et son œuvre à travers la transhumance forcée de sa nation, le tout coiffé de son intronisation au Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens – ce lundi 17 novembre à L’Espace Saint-Denis. Il rejoint ainsi le groupe sélect des plus grands créateurs de chansons au pays, de Gilles Vigneault à Leonard Cohen. Jamais un autochtone du Québec n’a obtenu une telle reconnaissance.
PAN M 360 : Bonjour Florent, toutes mes félicitations ! Être intronisé au Panthéon des auteurs-compositeurs canadien, soit aux côtés de Anne Murray, de Bruce Cockburn, de Claude Dubois, de Claude Léveillé, de Félix Leclerc, de Gilles Vigneault, Harmonium, Jean-Pierre Ferland, Joni Mitchell, Leonard Cohen, Luc Plamondon, Michel Rivard, Neil Young, Robbie Robertson, Oscar Peterson.
Florent Vollant : Il y en a beaucoup?
PAN M 360 : Un peu plus d’une soixantaine, toutes époques confondues. Enfin, ce qui est sûr, c’est que pour nous, les francophones d’Amérique, c’est toi, l’artiste autochtone qui a eu le plus d’impact sur notre vie, il n’y a personne d’autre que toi. Dans le Canada anglais, ce pourrait être Robbie Robertson (The Band) dont la mère était issue des nations Cayuga et Mohawk, soit dans la Réserve Six Nations de Grand River. Mais auprès des francophones, l’artiste autochtone qui a eu le plus d’impact, c’est toi.
Florent Vollant : Oui. Merci. J’en suis conscient mais je ne sais pas comment l’expliquer.
PAN M 360 : Cette explication n’est pas une préoccupation, j’imagine.
Florent Vollant : Non, je ne pense pas à ça tant que ça. Je n’essaie pas de démystifier l’affaire, c’est juste qu’on m’a choisi, on me dit que je suis talentueux dans ce domaine-là. Je dis OK. Mais j’ai dit oui, moi je vais y aller.
PAN M 360 : Qui sera là pour t’accueillir?
Florent Vollant : Je ne sais pas… enfin… je sais qu’il y en a un dans la gang, c’est Richard Séguin.
PAN M 360 : Ça ne m’étonne pas, Richard Séguin a été parmi les premiers à reconnaître ton importance, à saisir parfaitement qui tu étais et ce que tu as accompli.
Florent Vollant : Autrement, si tout ça me permet de jaser avec des gens comme toi avec qui je ne parle pas si souvent, tant mieux, il me faut y aller. En tout cas, il y a une reconnaissance, je l’accepte.
PAN M 360 : Disons que tu n’étais pas en manque d’honneurs, tu es plutôt d’un naturel humble!
Florent Vollant: J’apprends à accepter tranquillement, pas vite, ça va bien.
PAN M 360 : C’est quand même beau que tu puisses accepter. Tu as vécu de dures épreuves les dernières années avec ton AVC et ses séquelles. On dirait que tu reprends toujours du mieux. Ton débit est très clair, tes idées sont claires.
Florent Vollant : Oui. J’ai des amis autour de moi, ma famille évidemment, qui m’incitent à continuer. Alors je ne reste pas là à rien faire! Il ne faut pas que je reste assis à ne rien faire. Il faut que je m’occupe d’améliorer ma condition, il faut que je bouge, il faut que je chante, sinon je me détériore.
PAN M 360 : Tu es encore capable de chanter, on veut encore t’écouter, on veut savoir ta création. Dans l’état dans lequel tu te trouves, il y a encore une place pour toi dans la création. On a encore besoin de toi!
Florent Vollant : Je suis lent de nature, vraiment lent. Et donc avec la paralysie de ma jambe et de mon bras, je suis encore plus lent. Ça fait quasiment mon affaire, haha!
PAN M 360 : Mais ta condition s’améliore quand même! Et lorsqu’on atteint la fin de la soixantaine, on vieillit très vite si on n’est plus actif. On se met à penser mou.
Florent Vollant : Oui, c’est ça, j’en m’en suis aperçu. Si je ne bouge pas, je régresse. Je ne veux pas aller là.
PAN M 360 : On connaît ta trajectoire depuis Kashtin dans les années 80, on connaît des albums solos, on sait que tu as fait un des plus beaux albums de Noël de notre histoire discographique. Mais on a peu parlé avec toi des valeurs autochtones, de ce qui constitue ta pensée et ta sensibilité. Personnellement, je crois qu’il faille tirer de grandes leçons de la pensée et de la sensibilité autochtones. Et aussi de l’avenir vu par les autochtones.
Florent Vollant : On me questionne là-dessus pour que je trouve des réponses. Mais je ne suis pas un philosophe ou un politologue… Ce qui m’intéresse, c’est que les peuples puissent s’émanciper. Vérité & réconciliation, ça ne fait pas chez depuis le début de la semaine! J’ai appris il y a plus de 30 ans. Toute ma vie professionnelle, j’ai vécu avec cette idée de réconciliation. Je l’ai souhaitée et je la souhaite encore. J’ai des amis partout à l’extérieur de la nation innue, j’apprends encore, j’échange et je reste ouvert.
PAN M 360 : L’émancipation des Premiers Peuples demeure fondamental. Au Québec on parle du peuple inuit des Abénaquis, Algonquins, Attikameks, Cris, Wendat, Innus, Inuit, Wolastoqiyik (Malécites), Micmacs, Mohawks (Kanien’kehà:ka), Naskapis. Où te situes-tu à ce titre?
Florent Vollant : On me montre des choses, on m’envoie encore des informations politiques sur les autochtones. Oui, on est différents et nous sommes fiers de cette différence, mais je ne pense pas qu’on soit plus fort que n’importe qui. La différence nous fait grandir. J’apprends de mes amis québécois, j’apprends de mon ami Richard Séguin et mes amis apprennent de moi et mes semblables autochtones. On n’a pas de temps à perdre avec les guerres, il y en a beaucoup trop.
PAN M 360 : Je crois sincèrement que l’on doive reconnaître à parts égales les trois peuples fondateurs du Canada : les Premiers Peuples, les Anglos et les Francos. Ces trois nations doivent s’écouter et accepter le droit de chaque nation à l’autodétermination.
Florent Vollant : Oui. S’écouter et vivre ensemble. Ne pas empêcher l’autre de vivre. Aider l’autre à grandir. Je pense que c’est comme ça qu’on aura un avenir pour nos enfants.
PAN M 360 : S’il y a un respect mutuel et une reconnaissance de l’autonomie de chacun, le mélange et la fusion égalitaire des peuples est envisageable. Plus c’est égal, plus c’est harmonieux, plus ça finit par se mélanger.
Florent Vollant : Et plus ça se complète. Ma musique, par exemple, a été chantée en innu par des Québécois. Des francophones qui chantent en Innu, des filles, des gars, des groupes, j’apprécie. Ça me touche. La musique permet ces expériences.
PAN M 360 : Absolument. Ça change de l’ancienne dynamique. Si les droits d’un peuple sont bafoués, comme ça a été pour les peuples indigènes depuis la colonisation européenne, ça ne peut pas marcher.
Florent Vollant : Si un peuple grandit en nuisant à ses voisins, ce peuple grandit mal. On ne peut détruire les autres pour qu’on puisse grandir. Il y a quelque chose qui ne va pas. Il me semble qu’on devrait passer à autre chose. En tout cas, il ne faut pas oublier ça et faire de la place à ceux qui suivent. Moi, je suis conscient de la nouvelle génération qui s’en vient, plus ouverte aux communications, plus ouverte à Internet. Les jeunes ont un téléphone au bout de leurs mains, ce changement les rend plus mondiaux.
PAN M 360 : Exactement. Les plus jeunes sont beaucoup plus proches de la planète entière que d’un seul territoire dans lequel ils ont grandi.
Florent Vollant : C’est ce que j’ai découvert et c’est ce que je découvre. Ça fait-il en sorte que nous sommes devenus des humains meilleurs ? Je ne sais pas. Mais les jeunes qui s’en viennent posent de bonnes questions. Ils connaissent leur culture, ils savent ce qu’est un Atikamekw, ils peuvent même en apprendre à leurs parents.
PAN M 360 : On observe aujourd’hui une diversité très impressionnante d’artistes autochtones dans tous les genres musicaux, de la soprano innue Élisabeth St-Gelais au chanteur et compositeur visionnaire Jeremy Dutcher. On le voit aussi à Maliotenam, où vous avez aussi du hip-hop.
Florent Vollant : Oui, la musique a changé beaucoup. Maintenant, on a accès à toutes sortes de musiques, on le voit chez les jeunes. Ce n’est qu’un début, tout est possible.
PAN M 360 : Si on revient à ta musique, tu roules toujours sur ton dernier album sorti en 2024, Tshitatau?
Florent Vollant: Oui, c’est ça.
PAN M 360 : Es-tu en train d’en préparer un autre ?
Florent Vollant : Non, pas encore, j’avais des choses à finir. Je vais finir tranquillement ce que j’ai à faire, puis je me mettrai sur un autre projet. J’y vais un par un, il faut y aller tranquillement. Un de mes bras ne peut pas jouer de la guitare comme je souhaiterais qu’il joue. Il me reste la voix, quand même. Il faut juste trouver quelqu’un à la guitare, à côté de moi. J’ai des amis, de bons amis qui sont prêts à travailler avec moi, comme Éric Poirier.
PAN M 360 : Il y avait aussi Réjean Bouchard qui était un acolyte précieux, et qui est mort prématurément.
Florent Vollant : C’est vraiment triste. Il était un excellent musicien et une excellente personne. Il venait travailler au studio Makusham, chez moi. C’était un pilier. Quand il est parti, ça a été un gros coup.C’est lui qui joue la basse sur mon dernier album. On a voyagé ensemble. On est allés dans le Sud, dans le Nord, dans l’Ouest. On est allés partout ensemble.
PAN M 360 : Tu travailles plus avec ton fils Mathieu McKenzie et votre entourage de Maliotenam?
Florent Vollant : On a construit le studio Makusham y a plus de 25 ans, les murs insonorisés, le plancher, tout ça. On a rajouté des espaces avec les années. On a eu toutes sortes de projets pour les adultes, pour les aînés, pour les filles, pour les enfants. Vraiment, c’est un endroit pour créer. J’y suis souvent et des fois je n’y dis pas un mot, je suis là pour observer en silence. Des fois, on me demande ce que je fais là. Je réponds que je suis là pour applaudir! (rires)
PAN M 360 : Tu nourris de ce qui s’y passe !
Florent Vollant : Des fois j’applaudis, des fois je n’applaudis pas pantoute. Des fois, je ne m’en mêle pas, des fois je m’en mêle. Des fois on me demande, des fois on ne me demande pas, des fois c’est correct. Quand c’est mon tour, je prends plus de place. Je peux chanter, je peux bouger, je peux écouter. J’ai encore de bonnes oreilles.
PAN M 360 : Je te crois sur parole! Il te faut continuer.
Florent Vollant : On vient me voir et on me dit « Hey, toi, tu n’as pas le droit d’arrêter.»
PAN M 360 : Ils ont raison! Pas question pour toi d’arrêter. On n’arrête pas. Des gens comme toi ne doivent arrêter que lorsqu’ils meurent.
Florent Vollant : C’est exactement ce qu’ils m’ont fait comprendre. Si je veux vivre encore un bout, je dois travailler et c’est le travail que je connais. C’est ce que je sais faire, c’est ce je dois faire.























