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Gros week-end Bozzini! Le quatuor montréalais se produit à deux reprises en collaboration avec Le Vivier. Samedi et dimanche à l’Espace Orange du Wilder, on a droit à deux programmes chargés, ce qui prolonge les activités 25e anniversaire du quatuor jusqu’au crépuscule de l’année 2025. La violoncelliste Isabelle Bozzini et la violoniste Alissa Cheung nous aident ici à décortiquer cette matière mise de l’avant dans les deux concerts.
PAN M 360 : Alors, dans un premier temps, le 18 octobre, à l’espace orange du Wilder, à 19h30, c’est le concert Brook, Di Castri, Miller, évidemment, les trois compositeur.trices canadien.nes qui sont au programme. Leurs œuvres sont cette année 2025 : Vinetan Songs par Taylor Brook, Delve par Zosha Di Castri, Three Songs par Cassandra Miller. Alors, mesdames, expliquez-nous les fondements de ce programme.
Isabelle Bozzini : Ce sont trois artistes qu’on connaît depuis longtemps. Ce sont trois artistes ayant vécu à Montréal, qui ont étudié à Montréal, ayant travaillé à Montréal. Dans le cas de Cassandra, on a travaillé ensemble, même au bureau Bozzini. On les connaît depuis le milieu des années 2000, une bonne vingtaine d’années. En émergence à l’époque, ils sont maintenant des compositeurs établis, on peut dire.
Avec Cassandra Miller, particulièrement, on a une relation de longue date. On a travaillé avec elle au Composers Kitchen en 2009, puis un autre quatuor en 2011, un autre en 2016. Et là, c’est le quatrième. Et on a un disque avec sa musique. C’est vraiment une collaboratrice qu’on apprécie beaucoup, qui est très proche aussi dans le travail.
PAN M 360 : Comment avez-vous travaillé dans le cadre de cette œuvre en particulier?
Isabelle Bozzini : Pour Three Songs, elle nous a fait chanter. On est ensemble dans le même studio où on est pour cette interview. On était avec Cassandra et elle nous demandait de chanter des chansons de notre jeunesse, ou d’autres qu’on chantait à nos enfants. Souvent, elle nous arrive avec des questions du genre qu’est-ce qu’on aime de la musique? Quel est le premier concert de notre vie qui nous a impressionnés? Ces questions se tournent vers l’intime, ça fait des partages. Je pense que ça se reflète aussi dans sa musique.
PAN M 360 : Comment abordez-vous cette pièce en tant qu’interprète? Quels sont les défis? Des exemples?
Alissa Cheung : Dans le premier mouvement (Ange), le violon 2 dialogue avec les trois autres instruments. C’est le violon 2 qui est un peu le soliste. PAN M 360 : Dans ce cas, qui est le second violon?
Alissa Cheung : C’est moi. Dans le deuxième mouvement (Claire), c’est plutôt le violoncelle et l’alto qui jouent la mélodie.
PAN M 360 : Vous variez les rôles d’une œuvre à l’autre, n’est-ce pas?
Isabelle Bozzini : Oui. Dans le Brook, c’est Clemens (Merkel) qui est le 1. Dans DiCastri c’est Alissa. C’est de la musique très folky, ça part de chansons. C’est dans le style de Cassandra : elle traite le matériau d’une manière un peu folk mais la forme est traitée d’une manière classique contemporaine. C’est intéressant, où elle va avec ça.
Ce sont souvent des œuvres qui demandent un peu de patience et de développement. Pour nous, donc, le défi consiste à rendre cette musique vivante, dans ce calme ou dans la longueur qu’elle nous impose.
Alissa Cheung : Moi, je trouve la musique de Cassandra très accessible parce que les matériaux sont très mélodiques, très lyriques. La façon dont elle travaille le matériau est quand même très claire, on peut l’entendre. Alors, il n’y a rien de caché, rien de mystérieux dans ses constructions. Dans le troisième mouvement, par exemple, les deux violons et l’alto sont en canon. Puis le violoncelle devient comme la guitare lead, tout en pizzicato.
PAN M 360 : Passons à l’oeuvre de Taylor Brook
Isabelle Bozzini : Taylor Brook, c’est aussi quelqu’un qui a fait le Composers Kitchen vers 2010, je ne me rappelle plus exactement. En tout cas, dans les mêmes eaux que Cassandra. Mais c’est un peu un hasard qu’il écrive lui aussi une suite de chansons, Vinetan Songs. Lui, il trippe un peu science-fiction, ses œuvres évoluent dans des univers imaginés. Cette fois , il est parti de cette espèce de mythologie de Vineta, une ville sous-marine dans la mer du Nord, quelque chose comme ça. Et puis, il nous a écrit une série de chansons qui s’inspire de ce monde imaginaire.
PAN M 360 : Et pour Zosha Di Castri?
Isabelle Bozzini : Nous n’avions pas commandé de chansons à quiconque, c’est une coïncidence. Dans le cas de Zosha Di Castri, c’était une série de tableaux où elle joue avec les timbres de différentes sourdines. C’est voilé, étouffé puis ça revient très ouvert à la fin. En quelque sorte, c’est comme une série de tableaux, c’est aussi comme une série de 5 mouvements – quatre avec sourdines et une sans sourdine.
Alissa Cheung : Mais il y a aussi des différents matériaux utilisés dans chaque mouvement, alors c’est difficile de dire combien de sections exactement. C’est donc moins segmenté de prime abord.Avec Zosha, c’est notre première commande. On voulait travailler avec elle depuis des années, ce n’était jamais le bon moment. Et puis elle est devenue professeure à l’université Columbia, son travail est diffusé partout à travers le monde, surtout ses pièces pour orchestre. On trouve qu’elle a comme une voix vraiment unique. Et elle a une façon de travailler qui est très collaborative. Et pour moi personnellement, on vient de la même ville – Edmonton.
PAN M 360 : Pourquoi encore intituler ce programme spécifique 25e anniversaire alors que tous vos programmes de 2025 le sont?
Isabelle Bozzini : Parce que le tout premier premier concert qu’on a donné dans une série montréalaise, c’était le 20 octobre 2000. Alors, puisque nos programmes sont présentés le 18 et le 19 octobre, on s’est dit, bon c’est une occasion de le souligner. 25e, oui, à cause du 20 octobre, mais aussi parce que c’est quand même trois commandes d’importance qu’on a fait en co-commande avec Le Vivier et des partenaires internationaux – Darmstädter Ferienkurse, Time:Spans, Earle Brown Music Foundation, Soundstreams, Huddersfield Contemporary Music Festival et Gaudeamus. Avec le Bozzini on est sept à avoir commandé ces mêmes œuvres.
PAN M 360 : C’est donc un pool d’organisations qui finance conjointement les commandes de ces œuvres.
Isabelle Bozzini : Oui, tout à fait. La pièce de Miller, on l’a créée à Darmstadt. Ensuite, on a fait la création des trois, la première création officielle à New York au mois d’août, puis on l’a repris en Zosha Di Castri à Gaudeamus. Alors c’est la troisième fois qu’on joue Cassandra et Zosha, et c’est la deuxième fois qu’on joue Taylor. Ce sont donc les premières canadiennes. Ces œuvres ont juste trois mois d’existence. Ça bouillonne!
PAN M 360 : Il y a quand même un risque pour les résultats! Même si on aime les compositeurs en question, ce n’est pas une garantie absolue de succès. Isabelle Bozzini : C’est vrai, mais on est chanceux, ces compositions sont vraiment intéressantes, aussi très variées, ça fait un programme équilibré. Les premières exécutions ont très bien marché, en tout cas.

PAN M 360 : Le dimanche 19 octobre, 19h30, Espace Orange du Wilder Building, vous présentez le programme Composers Kitchen.Au programme, des œuvres de Julia Mermelstein / Brush, Nikolaus Schroeder / Freeze Piece, Lucie Nerzi / Pour Quatuor Bozzini, et Corie Rose Sumah / We, To Be So Transformed. Rappelons que Composers Kitchen est un tremplin pour des jeunes compositeurs et compositrices, en voilà une autre fournée!
Isabelle Bozzini : Oui, c’est la 20e fournée. Alors, on fait 25 ans QB, mais on fait aussi 20 ans du Composers Kitchen, puis on fait 5 ans de QMP (Québec Musiques Parallèles) cette année, alors on est dans les multiples de 5! Puis bon, c’est en échange avec Gaudeamus, dans ce cas-ci. Depuis maintenant plus de 12 ans, on fait un échange international autour du Composers Kitchen. Donc, deux Canadiens et deux autres du pays hôte. Cette année les deux compositeurs vivent à LaHaye aux Pays-Bas, même s’ils ne sont pas de nationalité hollandaise – Nikolaus Schroeder est américain et Lucie Nezri est française. C’est toujours un des moments forts de notre saison. Toujours des découvertes stimulantes pour nous.
PAN M 360 : Alors d’abord Nikolaus Schroeder .
Alissa Cheung : Il écrit beaucoup de pièces multimédia. Alors, cette pièce est un autre exemple de son œuvre. Dans ce cas-ci, il y a une bande et une vidéo. Il voulait faire un commentaire sur l’historique des quatuors à cordes. Alors, il a utilisé des images et des citations des musiques classiques pour quatuors à cordes dans son œuvre.
Isabelle Bozzini: Julien Mermelstein, c’est quelqu’un avec qui on avait déjà travaillé au Bozzini Lab il y a une dizaine d’années. Elle vient des Maritimes, elle a vécu très longtemps à Toronto, elle habite maintenant à Sutton. C’est une compositrice vraiment dans l’exploration sonore. Et elle a une certaine expérience, ça fait quand même 12-15 ans qu’elle écrit des choses pour plusieurs ensembles au Canada. Je ne sais pas comment décrire, mais moi, j’aime beaucoup son approche. Il y a un certain calme dans sa façon de travailler, mais je sens qu’il y a une maturité.
Alissa Cheung : Absolument! Comme le titre suggère, Brush in Air and in Resin, c’est vraiment une exploration de textures, de sons fins. Et le quatuor va être amplifié, en fait, pour faire sortir quelques sons qui sont très faibles et doux. Alors, c’était ça son approche, parce que le premier quatuor qu’elle avait écrit pour nous était plus conventionnel.Depuis, elle n’a pas écrit énormément de musique de chambre .Elle faisait plus de compositions pour orchestre, alors elle voulait revenir à la musique de chambre, soit avec un ensemble comme le nôtre qui aime travailler avec les sons, qui aime la recherche artistique. Alors, c’est pourquoi elle a appliqué à Composer Kitchen.
PAN M 360 : Passons à Lucie Nezri.
Alissa Cheung : Sa pièce est basée sur un mode arabo-andalou. C’est sa musique natale. Ça fait partie de ses souvenirs. Lorsqu’elle nous a présenté ses esquisses, c’étaient des fragments mélodiques évoquant les échelles modales arabo-andalouses.
Isabelle Bozzini : Ces fragments deviennent des échos lointains, du Nubat. C’est assez flottant, microtonal. Ça laisse beaucoup de communication entre nous, c’est une pièce assez ouverte, on peu y ajouter quelque chose de notre cru.
Alissa Cheung : Aussi, c’est une pièce très mélodique.
PAN M 360 : Et il y a la pièce de Corie Rose, We, to be so transformed.
Alissa Cheung : C’est basé sur le livre Le mur invisible (Die Wand) de Marlen Haushofer. Je ne sais pas jusqu’à quel point ce livre l’a inspirée. Peut-être qu’on va en découvrir davantage pendant la causerie pré-concert dimanche. Corie Rose est une compositrice avec qui je voulais travailler depuis des années. Le quatuor numéro 2 qu’elle a écrit à la fin de son bac était tellement fort. Il y avait une conscience des matériaux utilisés. Il y avait de la lucidité dans ses idées. Alors, on était tellement excités et c’est cette année qu’on travaille avec elle.
PAN M 360 : Vous travaillerez fort en fin de semaine!
Isabelle Bozzini : Oui on va travailler fort, mais c’est comme des reprises pour nous. C’est déjà en marche. Ça devient très agréable à jouer, car on maîtrise les pièces même si c’est encore nouveau, encore frais. En même temps, il y a de l’espace pour mûrir un peu. Pour se lancer.























