Flux accueillait le 4 octobre un programme double, concentrons-nous ici sur le set donné par 5ilience, nouveau quintette à anches : Thomas Gauthier-Lang, saxophones, Alex Eastley, basson, Marianne Pellerin, clarinette en si bémol, Gwénaëlle Ratouit, clarinette basse, Léanne Teran-Paul, hautbois.
Letters to a Friend (2017) de Theresa Wong, inspirée par la perte d’une amie, décédée du cancer. La trame compositionnelle se construit sur la transposition en notes des phrases écrites en code morse pour illustrer ces Letters to a Friend, ce qui n’est pavents une garantie de succès en soi. Saccadée, hachée, arythmique comme le suggère la mécanique du code morse, cette œuvre s’avère un exercice intéressant, de surcroît exigeant sur le plan technique.
La pièce suivante est fort différente : le compositeur Abraham Gomez s’est inspiré d’un tableau de la peintre Remedios Varo, nommée Astro Errante (2021), représentation anthropomorphique d’un astre errant. L’esthétique très moderne du discours musical implique encore des enjeux rythmiques et contrapuntiques de haut niveau pour l’exécution, les interprètes ne chôment pas on vous l’assure. Il en ressort un élan, une émotion, objectif premier à atteindre en ce qui me concerne.
Des chansons folk tirées d’un recueil auraient inspiré Nico Muhly pour la pièce Look for me. Parmi les compositeurs les mieux connus de sa générations notamment parce qu’il fut associé à plusieurs arrangements destinés à la scène indie des deux dernières décennies (Grizzly Bear, notamment), l’œuvre la plus soft au programme exploitent le contraste entre belles mélodies folks et thèmes sombres, contraste récurrent dans les vieilles chansons folkloriques anglaises. Le résultat n’est pas sans rappeler la patte des arrangements de Nico Muhly, dont les aménagements contemporains cohabitent toujours avec les formes populaires ou ancestrales. Dans ce cas-ci, l’œuvre pour quintette à anches se rapproche davantage d’une forme chanson au service d’un discours instrumental un plus anguleux, plus dissonant, plus contemporain, en rien chaotique.
Via Devinim, Ufuk Biçak a mis au point un système harmonique fondé sur les mutations de la nature en proie aux changements climatique us. La structure circulaire de l’œuvre se fonde sur la répétition (à différents tempos) et sur le décalage de motifs aux échelles mélodiques particulières et aux accords fondés sur ce système harmonique mis de l’avant par le compositeur. Intéressant, pas grand-chose à dire de plus, sauf la rigueur apparente de l’interprétation.
L’ensemble conclura sa prestation par Firing Squad de la compositrice Niloufar Nourbakhsh, inspirée d’une scène du grand roman Cent ans de solitude, lorsqu’un condamné se remémore son existence devant le peloton d’exécution. La vie défile en sons, cette vrille de souvenirs évoqués s’avérera succincte et singulière.
Bref, on sort content d’avoir fait connaissance avec 5ilience.






















