Entrevue « À coucher dehors » avec Jeannot Bournival

Entrevue réalisée par Marilyn Bouchard

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Le 24 août aura lieu à l’Amphithéâtre Cogeco de Trois-Rivières le spectacle-expérience À coucher dehors, réunissant une brochette d’artistes de tous horizons pour donner une voie au phénomène grandissant de l’itinérance et participer à conscientiser le public sur cette réalité. Imaginé et dirigé par Jeannot Bournival, la deuxième édition verra Guylaine Tanguay, Lynda Lemay, Koriass, Tire Le Coyote et Stéphan Archambault fouler ses planches en plus de présenter des témoignages, des projections et des photographies pour rendre la soirée plus immersive et sensorielle. On a attrapé Jeannot entre deux répétitions pour lui poser quelques questions sur ce projet plus que pertinent.

PAN M 360: Le spectacle À coucher dehors en est à sa deuxième édition, d’où t’est venue l’idée de donner une voix à l’itinérance sur scène?

Jeannot Bournival : C’est une idée collective et évolutive. C’est parti au départ d’un projet de poésie, porté par Point de Rue, pour lequel plusieurs artistes avaient produit des textes (Philippe Brach, Gaudreault, moi, etc) qui allaient être mélangés à ceux des personnes en situation d’itinérance dans un recueil. Et ce projet-là a vraiment aidé à sensibiliser et à rapprocher les gens, avec des thématiques qui étaient en lien avec cette réalité. Et ça ça m’a marqué parce que moi j’ai pas grandi dans une famille riche, on mangeait ce qu’on nous donnait, et ça m’a laissé cette envie-là de prendre soin si on veut. Ensuite, quelques années plus tard, j’aidais un ami à organiser « Noël dans l’parc » et il mouillait cette soirée-là quelque chose de terrible alors tout le monde était détrempé et le parc s’était vidé….sauf pour les gens en situation d’itinérance qui eux étaient restés. Et j’ai passé la soirée avec eux, j’étais dans une passe un peu difficile, et ça a été une soirée merveilleuse vraiment inclusive et quand je suis rentré à l’hôtel, j’avais envie d’en emmener avec moi tsé alors c’est là que j’me suis dit que je voulais aider, participer à améliorer cette situation. Donc c’est à partir de ce moment-là que j’ai contacté mon ami chez Point de Rue pour m’asseoir avec lui et proposer quelques pistes pour aider (reportage-photo, documentaire, etc) et c’est là qu’il m’a confié qu’il y a une dizaine d’Années, ils avaient organisé un petit show pour venir en aide et ça avait quand même bien marché. J’ai décidé de reprendre ce concept-là en y ajoutant les autres médiums artistiques et en invitant d’autres artistes à se joindre à la cause. C’est là qu’est né À coucher dehors.

PAN M 360 : Il y a d’ailleurs des personnes en situation d’itinérance qui sont employés dans le cadre du spectacle ?

Jeannot Bournival : Oui complètement! J’ai de gens qui viennent à moi, qui me contactent, pour me dire qu’ils ont envie de s’impliquer. Par exemple, j’ai tenu une émission de radio qui s‘appelait « Les nouvelles de la rue » où j’apportais leurs mots, et aussi parfois des extraits de conversations à l’auditoire et un matin j’arrive et il y avait quelqu’un qui m’attendait à Radio-Canada pour me parler. L’itinérance c’est large, c’est tentaculaire. Y’a le suicide, la dépression, les dépendances, les maladies mentales, toutes les ruptures sociales…et c’est là que l’organisme aussi devient un beau soutien pour aider à les intégrer de la bonne manière ou d’un façon qui leur convient. Et en plus, les gens ont la possibilité d’acheter un billet pour faire passer une soirée VIP à une personne vulnérable et on est rendus à 545 billets en ce moment juste pour eux alors ça c’est merveilleux.

PAN M 360 : Est-ce que, par le biais du projet, vous avez pu apporter des améliorations et/ou des changements positifs dans la qualité de vie de certaines personnes au prise avec des défis d’intégration sociale?

Jeannot Bournival : Oui complètement! Ce projet-là les valorise au bout et pour certains d’entre eux, c’est la première fois qu’ils ont le sentiment d’être valides. Je me suis fait beaucoup d’amis dans le cadre de cette initiative et il y en a beaucoup qui gardent contact avec moi, qui m’écrivent, me disent qu’ils ont arrêté de consommer ou qui me font des promesses et les tiennent. Et même pas seulement des gens de la rue, il y a une intervenante sociale qui est venue voir le spectacle avec ses parents qui n’avait jamais cautionné son choix de  carrière et quand ils sont ressortis de la salle, ils avaient compris le travail de leur fille et en était fiers. Il y a des dirigeants qui sont sortis du spectacle en disant « Je pourrai plus diriger de la même façon ». C’est à tous les niveaux que ce spectacle-là permet de se rapprocher les uns des autres.


PAN M 360 : Vous proposez plus que des performances musicales : musique, poésie, photographie et témoignages sont également au rendez-vous, rendant le spectacle plus immersif et sensoriel. J’imagine que les différents médiums aident à rendre palpable cette réalité qui ne leur est pas toujours connu/familière?

Jeannot Bournival : Complètement, c’est tous des médiums de valorisation. Avec la photographie on fige une émotion ou un contexte de manière graphique, ensuite les extraits vidéos et les témoignages viennent expliquer et sensibiliser sur leurs réalités, les poèmes écrits par eux qui se retrouvent dans la bouche d’artistes reconnus leur donnent une voie ans les exposer au stress de la performance…c’est un tout qui agit comme catalyseur de conscientisation et de valorisation.

PAN M 360 : Il est rare de pouvoir apprécier autant d’artistes québécois aux styles différents lors d’un même évènement : Guylaine Tanguay, Tire Le Coyote, Lynda Lemay, Koriass et Stéphane Archambault. Comment as-tu élaboré ce pot-pourri diversifié?

Jeannot Bournival : Je fonctionne par collage comme ça depuis la création de l’évènement, en essayant d’être le plus inclusif possible. Comme ça fait longtemps que je fais de la musique, j’ai été artiste de soutien beaucoup et ça m’A fait rencontrer beaucoup de monde donc ensuite quand vient le temps de penser à des gens pour rejoindre cette belle cause-là, ça se fait un peu naturellement. Guylaine je la connaissais déjà avec son grand cœur, Koriass est un excellent porteur de parole qui ne l’a pas eu facile non plus, Stéphane Archambault j’avais travaillé avec lui par le biais de Mes Aieux, Lynda je l’avais rencontré il y a 15-20 ans en Suisse à parler d’humanisme et Tire Le Coyote je le voulais pas vraiment (rires) mais c’est un bon ami alors j’avais pas le choix de l’inviter haha! En plus ça fait un soirée qui peut rejoindre n’importe quelle génération, n’importe quel style : on passe du folk-country au rap keb donc tout le monde y trouve son compte! Et ça nous donne l’opportunité de créer de belles rencontres artistiques qui nous surprennent! (Cette année on a un duo improbable magnifique entre Guylaine Tanguay et Koriass par exemple)


PAN M 360 : Qui sont les artistes visuels photos et/ou de projections qui sont impliqués dans le spectacle?

Jeannot Bournival : Au niveau des projections, c’est un graphiste-dessinateur de Québec qui s’appelle Simon Giguère qui s‘est occupé des animations. Pour les vidéos des gens de la rue, ça a été capté par Yoan Robert et les photographies sont de moi.

PAN M 360 : Est-ce qu’on peut s‘attendre à une troisième édition en 2026? À voir le concept se promener au Québec?

Jeannot Bournival : Il y aura définitivement une troisième édition et on aimerait ça commencer peut-être à bouger le spectacle chaque année. Peut-être que l’an prochain ce serait dans une autre ville que Trois-Rivières mais ça prend quand même une grosse année de concevoir le show, de parler et de connecter avec tous les gens donc on s’en tient à un show annuel, mais qui bougera dans un futur proche!

https://www.amphitheatrecogeco.com/spectacles/a-coucher-dehors-2025

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