électroacoustique / électronique / expérimental / contemporain

Akousma | Hamelin, Présences imaginées, Uppender

par Laurent Bellemare

Crépuscule science-fictif, arthropodes biomécaniques, paysage urbain, film d’horreur, souvenirs canins, fascination naturaliste… toutes ces associations étaient susceptibles d’être faites lors de cette soirée de clôture d’Akousma, vendredi soir à l’Usine C.

Le fil conducteur de la soirée de vendredi semblait être une pensée compositionnelle empruntant beaucoup à la musique à l’image… un cinéma pour l’oreille, comme dirait le compositeur et professeur Michel Tétreault. 

Ce qu’on gagne en immersion, on le perd toutefois en sens du développement musical. Dans un monde assailli d’écrans, il ne faut sûrement pas s’en étonner. À moins que ce soit nous, le public, qui soit aujourd’hui incapable de dissocier notre écoute de ces images…

Quoi qu’il en soit, Akousma réussit chaque année à offrir un bel échantillon de l’état des lieux en musique numérique. On constate que même si les musiques électroacoustiques appartiennent toujours au monde académique, elles font aujourd’hui foisonner des esthétiques de plus en plus diverses, et c’est tant mieux. Voici donc le dernier droit d’Akousma, le dernier des 6 blocs au programme.

Julien Racine

Hamelin

Julien Racine a bâti sa pièce Hamelin avec des textures très denses, mais tout de même harmoniques. L’élément le plus frappant de l’œuvre, c’était les sonorités renvoyant à aux dysfonctionnements technologiques. Notamment, de nombreuses voix filtrées, granulées ou passées au pitchshifter semblaient tout droit sorties d’un vieil appareil de communication dont on tenterait d’écouter une transmission perdue.

Après cette section fort réussie, la pièce a évolué vers quelque chose de plus dissonant. D’abord, une texture aux hauteurs en ascension constante semblait nous tourner au-dessus de la tête. Puis, ce tableau a pris des tournures cauchemardesques en faisant résonner de lointains cris, rires et plaintes. Sans note de programme, il n’était pas aisé de mettre de l’ordre dans cette chaîne d’événements. Surtout en ce qui concerne les aboiements entendus vers les trois quarts de l’œuvre !

Olivier Alary

Présences imaginées

Dans Présences imaginées d’Olivier Alary, on avait aussi un peu cette impression de conception sonore cauchemardesque. On y entendait des voix, des cris, dans l’épaisseur de la masse sonore. Mais outre ces éléments reconnaissables, il y avait une abstraction marquante durant la presque totalité de la pièce. Une texture se métamorphosait en une autre et on passait aisément d’extrême densité à granules éparses.

Il n’y a qu’à la fin que des chants d’oiseaux sont soudainement venus transformer cette scène absconse en une affaire beaucoup plus mondaine. Ça et les sons de vagues enfouis sous la texture durant les premières minutes de l’œuvre. L’immersion était encore une fois très réussie, mais la cohérence compositionnelle l’était un peu moins à mon sens.

Felisha Ledesma

Uppender

Après un problème technique rapidement résolu, l’Américano-Suédoise Felisha Ledesma a diffusé sa pièce ‘Uppender’, une trame très ambiante et beaucoup plus feutrée que les autres. Le travail d’égalisation rendait les couches sonores douces et chaleureuses, des traits par ailleurs amplifiés par la réverbération utilisée abondamment. L’œuvre est aussi graduellement devenue plus harmonique, accentuant son aspect envoûtant.

S’il y a bien eu quelques moments où des sons saccadés étouffés ont fait interruption, la pièce conservait presque toujours sa légèreté, comme si tout y était en apesanteur. Là aussi, le développement formel décevait, chose qu’un petit sommet d’intensité vers la fin n’a pas pu rescaper.

crédit photo : Caroline Campeau

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