Damian Nisenson est un saxophoniste et compositeur montréalais d’origine argentine. Ceux et celles qui fréquentent les scènes où l’on peut entendre de la fusion world/jazz, comme les Maisons de la Cultures, le Centre des Musiciens du Monde, ou plusieurs autres espaces du genre, l’auront déjà vu et entendu dans de multiples groupes ou encore sous son propre nom. Nisenson est un musicien aguerri.
La sortie de Lento coïncide avec le 20e anniversaire du label Malasartes, fondé par Nisenson, et grâce auquel on a pu, au fil des années, connaître des ensembles comme Kleyn Kabaret, Solawa, Cordâme… Une cinquantaine d’albums, des centaines de concerts soutenus par la division diffusion, etc. Le but général est la valorisation de visions originales, parfois étonnantes, en musiques du monde imprégnées de jazz et de musique classique.
Avec Lento, Nisenson ne fait pas dissension. Dans un format chambriste raffiné qui ne néglige pas les rythmes de bonne allure ici et là, au son des percus, il offre une belle dizaine de jolis portraits musicaux, qui sont autant de construction délicates et méticuleuses, fièrement métissées d’une multitude de sources d’inspiration. Mais c’est la cohérence finale de l’ensemble qui est particulièrement satisfaisante. Une cohérence qui témoigne de la solidité de la vision de Nisenson, tout en sachant laisser suffisamment d’espace pour créer des atmosphères parfois fortement contrastées.
Lento y largo lance le programme dans une trame ombragé, habitée d’un groove bluesy et de guitares morriconiennes. Luzauza enchaîne dans caractère engagé, avec un texte narré, façon spoken word, qui nous dit que tout brûle, mais que ce qui ne brûle pas a vraiment très soif. Vengo me yendo présente une cadence posée et souriante, sous une mélodie attachante, et de beaux solos de saxophone. No Tsures est flottante, hypnotique et méditative alors que dans Qué suerte, une orgue B3 se décline comme dans une scène intimiste d’un film de Claude Lelouch, avec des échos musico-spirituels de Francis Lai.
El Vago ressemble à une bossa traversée de son ou de mambo cubain, tandis que SpN est un blues distillé, avec des efflorescences de guitares atmosphériques (Morricone, encore une fois). Flamingo transpire lui aussi une vibe bluesy, mais plus sombre, et qui semble déambuler frondeusement dans une urbanité de ruelles nocturnes, mais en gardant un éclairage projetant tentativement des rayons latinos et jazz. Romantikk suit des détours de classicisme arabe en habillant une poésie sensuelle.
Les musiciens qui entourent Nisenson sont en grande partie les mêmes qui fréquentent les projets de Cordâme. C’est donc un même esprit oécuménique qui soutient l’ensemble du voyage musical et esthétique de l’artiste montréalais, et qui assure en même temps le même type de plaisir général ressenti à son écoute.
Damian Nisenson : composition, direction, voix et saxophones
Bernard Falaise : guitare
Sheila Hannigan : violoncelle
Miranda Nisenson : violon et voix
Chantal Bergeron : violon et mandoline
Alexis Dumais : Rhodes et Hammond B3
Daniel Serale : vibraphone
Jean Félix Mailloux : contrebasse
Pierre Tanguay : batterie et percussions






















