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Le dimanche 1er novembre, le Festival Monde Arabe de Montréal présente une rencontre croisée entre les musiques arabe et occidentale. Le spectacle MaqaMorphose (jonction de maqam, le nom donné à des modes musicaux arabes, et métamorphose) offrira une relecture des chansons de Mohammed Abdelwahab (1902-1991), qui a façonné et défini le style de la chanson classique dans le monde arabe. Cela dit, le concert sera entièrement instrumental et porté par des arrangements en format chambriste mixte (arabe et classique européen). Un quintette de formation originale donnera vie aux différents titres d’Abdelwahab : un piano, un violoncelle, un qanun (instrument à cordes pincées), un ney (flûte traditionnelle en roseau) et des percussions. J’ai rencontré le duo à l’origine de ce projet, Chaima Gaddour (qanun) et Samih Souissi (violoncelle).
PanM360 : Bonjour. Parlez-moi de vous deux, rapidement…
Chaima Gaddour : Je suis joueuse de qanun. Je vis ici à Montréal depuis maintenant trois ans et je suis enseignante de musique. Je fais aussi un doctorat en musique à l’UQAM. En même temps, je dirige l’orchestre arabe de Montréal.
Samih Souissi : Moi je suis violoncelliste de formation classique, et je possède également un diplôme de musique arabe. J’ai rencontré Chaima en faisant des concerts à Montréal, et en faisant des tournées un peu partout dans le monde. J’habite à Paris principalement, mais je viens souvent à Montréal.
PanM360 : Avant tout, vous formez ensemble un duo qui s’appelle Convergence. Un duo qanun/violoncelle. Comment ce partenariat s’est-il créé?
Chaima Gaddour : Quand j’ai croisé Samih et quand on a tourné ensemble, il s’est avéré qu’humainement et artistiquement, nous avions beaucoup de points en commun. C’est pour ça que notre duo s’appelle Convergence. C’est parce qu’on a trouvé que nos deux univers instrumentaux se complètent bien. Le qanun est un instrument plutôt aigu, à cordes pincées, alors que le violoncelle est plus grave, joué avec des cordes frottées, qui créent des sons liés et longs. On s’est dit qu’il fallait qu’on fasse un truc propre à nous, très ouvert. Convergence est né comme ça.
Samih Souissi : Oui. On y a mis toutes nos influences, de la musique classique à la musique latine, la musique irlandaise, japonaise, que sais-je, et on a fait converger tout ça vers de la musique orientale, arabe. Ça, c’est le duo Convergence. Avec MaqaMorphose, on change le paradigme. D’abord, il s’agit d’un quintette. Puis, la source est inverse, c’est-à-dire que nous partons de la musique arabe, plutôt que voyager vers elle à partir d’autres musiques. Nous souhaitons faire ressortir toute la richesse mélodique et harmonique de ce répertoire. Nous faisons donc des arrangements de grands classiques de la chanson arabe, écrite pour voix et, souvent, assez grand orchestre, et nous les ramenons à un format de chambre à l’européenne, mais avec le qanun et le ney.
Chaima Gaddour : Nous avons aussi à cœur de jeter la lumière sur la musique instrumentale. Ce n’est pas aussi, disons, populaire dans la culture arabe, qui apprécie grandement le chant et les textes. Là, c’est un moyen de faire apprécier la musique strictement instrumentale en ayant des repères mélodiques qui capteront l’attention des spectateurs.
Samih Souissi : Et puis on en profite pour s’amuser avec les combinaisons et les possibilités timbrales. Il y a des duos qanun/piano, violoncelle/ney, qanun/ney, piano/violoncelle/percussions, etc.
PanM360 : Parlez-moi du répertoire. Ce ne sont pas vos compositions, mais bien des arrangements de chansons célèbres de l’un des plus grands artistes du monde arabe au 20e siècle, Mohammed Abdelwahab.
Chaima Gaddour : Tout à fait. C’est un compositeur qui a révolutionné la musique arabe parce que c’est quelqu’un qui a voyagé, qui a fait des métissages avec plusieurs styles.
Samih Souissi : C’est quelqu’un qui a su faire évoluer la musique arabe de l’intérieur. Il ne l’a pas déformé. Il n’a pas collé une approche classique européenne à de la musique orientale, même s’il a été parfois inspiré par Beethoven, Bizet, etc.. Il a apporté sa propre sensibilité à cette tradition musicale. Il n’a pas abandonné les fondamentaux du maqam, de la mélodie, etc. Il était aussi un génie de la mélodie.
Chaima Gaddour : Il y a de ses chansons, on les écoute une fois et on se répète la mélodie. Ça, ce sont des choses qui nous intéressent. Avec toute l’humilité du monde, on essaie de s’inspirer un peu de ce qu’il a fait et de proposer ça à notre sauce en petite formation.
PanM360 : Ce sont donc toutes des chansons arrangées pour votre ensemble?
Chaima Gaddour : Non, il a également composé des musiques de films, et des pièces instrumentales, qu’il appelait des symphonies instrumentales. Il a aussi écrit des chansons non pas pour lui-même, mais de grandes divas arabes, comme Oum Kalthoum. .
Samih Souissi : on a bâti le concert sur un certain nombre de medley. Par exemple, à la fin du concert, ‘’spoiler alert’’, il y aura un long medley de chansons écrites pour Oum Kalthoum. Ça montre toute la richesse de l’aspect mélodique et rythmique.
On dépossède un peu ces chansons de leurs paroles. On veut mettre en exergue la beauté de la mélodie qui les porte. Autour de ça, il y aura des improvisations. Tous les instruments sur scène, ils vont improviser. Les improvisations vont permettre de créer des liens entre les chansons ou bien introduire des chansons avec des impros..
Chaima Gaddour : Surtout que les improvisations, généralement dans la musique arabe, elles font le tour du maqam. Ça devient une pierre fondamentale de la musique arabe.
Samih Souissi : Et on ne veut surtout pas refaire ce qui a déjà été fait. Il y a des pièces qui ont été faites par des orchestres. Mais nous on va prendre, disons, l’essence de ces pièces et mettre de l’avant leur mélodie, les étoffer avec des contrechants. Parce qu’ ici, on s’intéresse plus au compositeur qu’au chanteur ou à l’instrumentiste (Abdelwahab).
PanM360 : On peut certainement anticiper que plusieurs spectateurs chanteront sur les mélodies, car ces chansons, on répète, sont très très célèbres dans le monde arabe.
Samih Souissi : Justement, ce qui est bien avec ce concept, c’est que ça vise autant les gens qui connaissent le répertoire que ceux qui ne le connaissent pas. Les personnes qui viennent découvrir pourront aussi saisir la subtilité un peu cachée derrière le chant ou derrière la parole.
PanM360 : Et puis, vous faites tout cela en mélangeant des instruments de traditions très différentes.
Chaima Gaddour : Oui. Le piano, par exemple, apporte une dimension rythmique et une dimension harmonique.
Samih Souissi : Mais pour la dimension harmonique, quand il y a des micro tonalités, disons, on va changer les accords pour qu’on ne touche pas ces notes-là. Ça crée des tensions, ça entraîne par la suite des résolutions, etc. En même temps, le piano va se retrouver dans certaines mélodies où ce sera, lui, le chanteur. C’est la MaqaMorphose!
PanM360 : Tous les musiciens sont basés à Montréal?
Chaima Gaddour : Tous sauf lui… (lol)
Samih Souissi : Mea culpa… 🙂
PanM360 : Quel impact souhaitez-vous que ce spectacle ait sur le public?
Samih Souissi : Moi, je dirais deux choses. D’abord, découvrir cette musique, et ce compositeur qui est emblématique pour la musique arabe. Il y a un avant Mohamed Abdelwahab et un après Mohamed Abdelwahab. Il a réalisé une révolution artistique. La deuxième chose, c’est de donner plus de valeur à la musique de chambre arabe instrumentale. En musique classique (européenne), on a le réflexe d’aller écouter un orchestre de chambre, d’aller écouter un concertiste. Mais pour la musique arabe, ce n’est pas le cas.
PanM360 : Ce sont des chansons connues dans la nouvelle génération?
Chaima Gaddour : Pour ma génération, ce n’est pas une évidence, non.. Mais généralement, quand tu es au conservatoire et que tes parents écoutent ces musiques, et que tu joues un instrument arabe, forcément, tu vas passer par Mohamed Abdelwahab. Sinon, tu reconais des chansons, comme celle qui est généralement chantée à la Fête des mères. À ce moment, on écoute tous Abdelwahab!
Samih Souissi : Spoiler : elle sera au concert!
MaqaMorphose :
Chaima Gaddour, qanun
Samih Souissi, violoncelle
Arden Arapyan, piano
Mohsen Achour, percussions
Aymen Trabelsi, ney























